CG3-5360.md

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fait partie decorrespondance
est validéoui
date1800/05/24 00:00
titreNapoléon au général Brune, commandant de la 18e division militaire et les dépôts de l’armée de Réserve
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG3</i> - 5360. - </b>Au général Brune, commandant de la 18<sup>e</sup> division militaire et les dépôts de l’armée de Réserve[^1]</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Aoste, 4 prairial an VIII [24 mai 1800]</h2><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Vous trouverez ci-joint, citoyen général, le bulletin de l’armée[^2].</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">L’ennemi paraît très étonné de notre mouvement. Il ne sait où il en est. Il y croit encore à peine. Vous pourrez en juger. Voici la situation de l’ennemi au 28 floréal : 12 000 hommes à Nice, 6 000 hommes sur Savone et dans la Rivière de Gênes, 25 000 devant Gênes, 8 000 à Suse, Pignerol, etc., 3 000 dans la vallée d’Aoste, 8 000 vis-à-vis le Simplon et le Saint-Gothard ; tout cela, infanterie ; deux régiments de hussards à Gênes et à Nice, quatre régiments près de Turin ; le reste, cantonné du côté d’Acqui et dans l’intérieur de la Lombardie.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Il est resté dans cette position jusqu’au moment où nous sommes arrivés à Ivrée.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Les 3 000 hommes qui étaient dans la vallée ont été battus et éparpillés. Tout le corps qui était du côté de Suse et de Pignerol s’est porté entre Turin et Ivrée. Nice doit probablement être évacuée à l’heure qu’il est. On m’écrit même d’Ivrée que Melas doit être arrivé à Turin ; mais cela n’est pas sûr.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le 6 ou le 7, je compte avoir à Ivrée toute l’armée réunie, formant à peu près 33 000 hommes. Je serai maître de tout le pays depuis la Dora-Baltea[^3] jusqu’à la Sesia.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le même jour, Moncey passera le Saint-Gothard avec 15 000 hommes.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Suchet et Masséna, qui sont prévenus du mouvement, suivront l’ennemi quand ils le verront s’affaiblir devant eux.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le château et la ville d’Ivrée sont à nous, ainsi que le bas fort de Bard[^4]. Le capitaine hongrois, avec 400 Croates[^5], s’est retiré dans un donjon où il a une douzaine de pièces de canon qui défendent le chemin ; nous allons le canonner.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Si nous avons des succès, ils ne seront qu’un commencement. Vous allez vous organiser un bon corps d’armée, avec lequel, dans le commencement de juillet, vous aurez un beau rôle à remplir.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Occupez-vous sans relâche à armer et à habiller les conscrits qui vous arrivent. L’ordonnateur de l’armée[^6] vient de recevoir un million de Paris. Je lui ordonne de vous envoyer 400 000 francs pour niveler la solde, et vous procurer un surcroît d’armement et d’habillement auquel, cependant, le ministre de la Guerre[^7] doit avoir pourvu.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Vous allez vous trouver commander l’armée de Réserve, dès l’instant que celle-ci aura fait sa jonction avec l’armée d’Italie.[^8]</p> [^1]: À Dijon. [^2]: <span></span> Pièce n<sup>o</sup> 4846, à la date du 24 mai, publié dans la <i>Correspondance</i><i>. </i>Ce bulletin est le premier de la campagne. D’après Thibaudeau, c’est vers cette époque que de mauvais plaisants inventèrent le proverbe : « Menteur comme un bulletin. », ce en quoi ils n’avaient pas tout à fait raison car les initiés savaient lire entre les lignes et décrypter ces morceaux de propagande, de même qu’aujourd’hui nous savons décrypter la « langue de bois ». [^3]: Vallée de la Doire barrée par le fort de Bard. [^4]: Village au pied du fort constitué de quelques maisons de part et d’autre de la chaussée. [^5]: <span></span> La garnison est commandée par le capitaine Stokart von Bernkopf, Josef, comte (né en 1766), capitaine autrichien, commandant la garnison du fort de Bard, sa résistance met en péril le franchissement du Grand Saint-Bernard par les dizaines de milliers d’hommes de l’armée de réserve et bloque notamment le passage de l’artillerie. Assiégé par le général Chabran, le fort ne se rend que le 1<sup>er</sup> juin 1800. [^6]: Dubreton. [^7]: Carnot. [^8]: Minute, Archives nationales, AF IV 861, prairial an VIII, n° 9.</body>