CG3-5317.md

identifiantCG3-5317.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1800/05/15 00:00
titreNapoléon à Talleyrand, ministre des Relations extérieures
texte en markdown<body><h1 align="justify" lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG3</i> - 5317. - </b>À Talleyrand, ministre des Relations extérieures</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Lausanne, 25 floréal an VIII [15 mai 1800]</h2><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">J’ai reçu de Toulon, citoyen ministre, beaucoup de lettres de généraux, et, entre autres, du général Menou[^1]. Il paraît que la capitulation est désapprouvée par tous les gens éclairés et plusieurs hommes de cœur de l’armée. L’ordonnateur en chef de cette armée[^2] ayant envoyé l’état exact des troupes qui la composent, je le renvoie aux consuls pour qu’ils le fassent mettre dans le <i>Moniteur.</i> Lorsque cet article paraîtra, je désire que vous en fassiez faire plusieurs, dont le but serait de faire sentir que, si je fusse resté en Égypte, cette superbe colonie serait encore à nous ; comme, si je fusse resté en France, nous n’aurions pas perdu l’Italie.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Il est bon, à cette occasion, de rappeler qu’à Aboukir 4 000 Français battirent 20 000 Turcs et prirent le pacha[^3] ; qu’à Damiette[^4] le général Verdier, avec 800 hommes, battit 4 000 janissaires ; et que le grand vizir n’avait pas certainement au-delà de 30 000 hommes, ramassis de tous les pays, que 8 000 Français auraient mis en déroute ; qu’il est d’autant plus malheureux que l’on évacue l’Égypte, que, par les précautions prises, la peste n’avait fait cette année aucun ravage, et que, depuis la fin de la guerre de la Vendée, l’escadre de Brest, qui portait 6 000 hommes et beaucoup de munitions, serait parvenue à jeter, un mois plus tôt ou plus tard, du secours en Égypte ; que la cour de Londres n’a donné l’ordre de laisser passer l’armée que sur les observations de M. Smith[^5], qui a prouvé la faiblesse de l’armée du grand vizir et la force de l’armée française ; elle est telle, que le grand vizir, avec son camp à Belbeis, n’ose pas s’avancer au Caire, et a poussé la condescendance jusqu’à payer trois millions pour satisfaire l’armée française ; et si l’armée d’Égypte a connu que l’Angleterre s’oppose à son retour en France, il n’est aucun doute qu’elle n’ait battu le grand vizir forcé à repasser le désert, et reconquis l’Égypte[^6].</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Vous sentez que tout cela est nécessaire à dire, spécialement pour ôter jusqu’à l’ombre du soupçon, dont les ennemis du gouvernement paraissent vouloir se targuer.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in"><i>Salut et amitiés.</i>[^7]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> <i>Bonaparte</i></h3> [^1]: Menou est en Égypte. Il condamne les négociations entamées par Kléber, général en chef, pour ramener le corps expéditionnaire en France (convention d’El-Arich, janvier 1800). [^2]: Daure, ordonnateur en chef de l’armée d’Orient. [^3]: Mustapha-Pacha, commandant en chef l’armée ottomane. [^4]: Plus exactement à Lesbé (parfois Lesbeh). [^5]: Sidney Smith. [^6]: Vision prophétique car la convention d’El-Arich est un échec. Le 20 mars 1800, Kléber met en déroute l’armée ottomane à Héliopolis. Le lendemain, il fait capituler Belbeis et reconquiert peu à peu l’Égypte, puis la ville du Caire (insurgée en l’absence de l’armée française). Fin avril, la situation est stable et s’est même améliorée avec le ralliement de Mourad-Bey. [^7]: Expédition, Archives du ministère des Affaires étrangères, M.D., France, vol. 1771, fol. 75-77.</body>