| identifiant | CG3-5048.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1800/03/05 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Masséna, commandant en chef l’armée d’Italie |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG3</i> - 5048. - </b>Au général Masséna, commandant en chef l’armée d’Italie</h1><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 14 ventôse an VIII [5 mars
1800]</h2><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">J’ai
reçu, citoyen général, vos lettres du 5 ventôse. Toutes les
décades[^1]
l’on fait partir 800 000 francs pour votre armée ; cette
décade, il en partira 1 300 000.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Je réunis
à Dijon une armée de Réserve, dont je me réserve le commandement
directement[^2].
Je vous enverrai d’ici à huit ou dix jours un de mes aides de
camp[^3]
avec le plan de toutes les opérations pour la campagne prochaine, où
vous verrez que votre rôle sera beau et ne dépassera pas les moyens
qui sont à votre disposition.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Cependant,
si vous craigniez que l’ennemi n’ouvrît la campagne avant nous,
je ne vois pas d’inconvénients que vous rappeliez 2 000
hommes des 6 000 qui sont aux Alpes. Les neiges couvrent le
Dauphiné, et d’ailleurs l’armée que je vais rassembler à Dijon
sera toujours à même d’y accourir.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Si
l’ennemi réunit des forces du côté de La Spezia, pour vous
attaquer en même temps de ce côté-là, par Novi et par Montenotte,
ne laissez qu’un corps très léger au col de Tende : pour deux
mois, les neiges le défendent suffisamment, et d’ailleurs l’ennemi
ne peut rien entreprendre sur Nice.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">À votre
place, pendant ventôse et tout le mois de germinal, j’aurais à
Gênes les quatre cinquièmes de mes forces. Ainsi, si la totalité
se monte à 50 000 hommes, j’en aurais 40 000 dans les
positions qui ont pour appui Gênes ; 2 500 dans toutes les
Alpes ; 1 500 dans Sospello et le col de Tende ; 2 500
pour garnison d’Antibes, château de Nice, château de Vintimille,
garnison de Savone ; 1 500 pour le Tanaro, Ormea, et le
reste sur les points de la circonférence, à deux journées de
Gênes. Dans cette situation, je ne craindrais point que l’ennemi
m’enlevât Gênes.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Quant aux
mois de floréal et de prairial, ce serait une autre chose ;
nous aurions pris l’initiative de la campagne, et les instructions
que je vous enverrai dans dix jours vous traceront votre conduite.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Le fort de
Savone doit être bien approvisionné, et tous vos dépôts doivent
pouvoir se replier dedans.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">L’armée
du Rhin est magnifique, elle a beaucoup gagné depuis votre départ ;
elle a actuellement 120 000 combattants sous les armes, que l’on
réunira sur le même champ de bataille. Ainsi, voyez, quand vous
aurez 40 000 hommes à Gênes, nous, occupant le Saint-Gothard
et le Saint-Bernard, si l’ennemi peut tenter une expédition sur
les Alpes.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Si
l’ennemi fait la gaucherie de réunir 12 000 hommes dans la
Rivière, entre La Spezia et Gênes, tombez sur lui avec toutes vos
forces et massacrez-le.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Enfin, je
vous le répète, en votre place je trouve votre position belle ;
tirez-en parti. Ne vous effrayez pas si l’ennemi tend à se mettre
sur vos derrières. Abandonnez de suite toutes les positions qu’il
veut attaquer, pour vous trouver vous-même avec toutes vos forces
sur une de ses ailes.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">La Vendée
est parfaitement pacifiée.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Souwarow[^4]
et les Russes sont déjà à quinze marches de Prague. Dieu merci,
les voilà en Pologne.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Quels que
soient les événements, mettez une bonne garnison dans Gavi, des
approvisionnements, un brave homme ; recommandez-lui de ne pas
se décourager ; car, dans tous les cas, nous le dégagerons,
fût-ce même par Trente[^5].</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Dans les
positions que nous occupons, on n’est jamais battu lorsqu’on veut
fortement vaincre. Souvenez-vous de nos belles journées ! Tombez sur
l’ennemi avec toutes vos forces dès qu’il fera quelque
mouvement.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">Si vous
avez bien battu ce qui se présentera par la Rivière du Levant, ce
qui viendra ensuite par Montenotte sur Savone le sera également.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">L’ennemi,
à la manière autrichienne, fera trois attaques ; par le
Levant, par Novi et par Montenotte : refusez-lui deux de ces
attaques, et trouvez-vous avec toutes vos forces sur la troisième.</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in">J’imagine
que les forts de Vintimille et de San Remo sont approvisionnés et
armés de manière à pouvoir tenir contre de l’artillerie de
campagne et des troupes légères. Au reste, je ne verrais pas de
grands inconvénients à ce que vous fassiez sauter le fort de
Vintimille[^6].[^7]</p><p lang="fr-FR" style="margin-bottom: 0in"><br/>
</p>
[^1]: Semaine de dix jours officialisée par le calendrier républicain.
[^2]: Voir la note 4 de la pièce n° 5037.
[^3]: La mission sera confiée à Reille. Voir pièce n° 5094.
[^4]: Souvarov, battu à Zurich par Masséna.
[^5]: L’idée d’opérer par la haute vallée du Rhin et même par le Tyrol est encore présente ici.
[^6]: Bonaparte met les formes pour faire passer auprès de Masséna sa leçon de tactique.
[^7]: Minute, Archives nationales, AF IV 861, ventôse an VIII, n° 34.</body> |
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