| identifiant | CG2-4659.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1799/07/28 00:00 |
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| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 4659. - </b>Au Directoire exécutif[^1]</h1><p lang="fr-FR" style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Alexandrie, 10
thermidor an VII [28 juillet 1799]</h2><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">Citoyens Directeurs, je vous ai annoncé, par ma
dépêche du 21 floréal, que la saison des débarquements m’avait
décidé à quitter la Syrie.</p><p lang="fr-FR">Le débarquement a effectivement eu lieu le 23
messidor ; 100 voiles, dont plusieurs de guerre, se présentèrent
devant Alexandrie et mouillèrent à Aboukir. Le 27, l’ennemi
débarque, prend d’assaut et avec une intrépidité singulière [la
redoute et le fort d’Aboukir][^2],
met à terre son artillerie de campagne, et, renforcé par 50 voiles,
prend position, sa droite appuyée à la mer, sa gauche au lac
Madieh, sur de très belles collines.</p><p lang="fr-FR">Je pars de mon camp des Pyramides le 27 ; j’arrive
le 1<sup>er</sup> thermidor à El-Rahmânieh, je marche sur
Berket-Gitas, qui devient le centre de mes opérations, d’où [je
me porte en présence de l’ennemi le 7 thermidor, à six heures du
matin][^3].</p><p lang="fr-FR">Le général Murat commande l’avant-garde ; il fait
attaquer la droite de l’ennemi par le général Destaing ; le
général de division Lannes [attaque la gauche][^4]
; le général Lanusse soutient l’avant-garde. Une belle plaine de
400 toises séparait les ailes de l’armée ennemie ; la cavalerie y
pénètre ; elle se porte avec la plus grande rapidité sur les
derrières de la droite et de la gauche : l’une et l’autre se
trouvent coupées de la seconde ligne. Les ennemis se jettent à
l’eau pour tâcher de gagner les barques qui étaient à trois
quarts de lieue en mer ; ils se noient tous, spectacle le plus
horrible que j’aie vu[^5].</p><p lang="fr-FR">Nous attaquons alors la seconde ligne, qui occupait
une position formidable, un village crénelé en avant, une redoute
au centre et des retranchements qui la liaient à la mer ; plus de 30
chaloupes canonnières la flanquaient. Le général Murat force le
village ; le général Lannes attaque la gauche en longeant la mer ;
le général Fugière se porte, en colonnes serrées, sur la droite
de l’ennemi. L’attaque et la défense deviennent vives. La
cavalerie décide encore la victoire ; elle charge l’ennemi, se
porte rapidement sur le derrière de la droite et en fait une
horrible boucherie. Le chef de bataillon de la 69<sup>e</sup>,
Bernard[^6],
et le citoyen Baille[^7],
capitaine des grenadiers de cette demi-brigade, [se sont couverts de
gloire][^8].
La redoute est prise, et, les hussards s’étant encore placés
entre le fort d’Aboukir et cette seconde ligne, l’ennemi est
obligé de se jeter à l’eau, poursuivi par notre cavalerie : tout
se noya. Nous investissons alors le fort, où était la réserve
renforcée par les fuyards les plus lestes ; ne voulant point perdre
de monde, je fais placer six mortiers pour les bombarder. Le rivage,
où les courants ont porté l’année dernière les cadavres anglais
et français, est couvert de cadavres ennemis ; on en a déjà compté
plus de 6 000 ; 3 000 ont été enterrés sur le champ de
bataille. Ainsi, pas un seul homme de cette armée ne se sera échappé
lorsque le fort se sera rendu, ce qui ne peut tarder.</p><p lang="fr-FR">Deux cents drapeaux, les bagages, les tentes,
quarante pièces de campagne, Hussein Moustafa, pacha d’Anatolie[^9],
cousin germain de l’ambassadeur turc à Paris[^10],
commandant en chef l’expédition, prisonnier avec tous ses
officiers : voilà les fruits de la victoire.</p><p lang="fr-FR">Nous avons eu 100 hommes tués, 500 blessés ; parmi
les premiers, l’adjudant général Leturcq, le chef de brigade
Duvivier, le chef de brigade Crétin, mon aide de camp Guibert ;
les deux premiers étaient deux excellents officiers de cavalerie,
d’une bravoure à toute épreuve, que le sort de la guerre avait
longtemps respectés ; le troisième était l’officier du génie
que j’aie connu qui possédait le mieux cette science difficile et
dans laquelle les moindres bévues ont tant d’influence sur le
résultat des campagnes et les destinées d’un État[^11]
; j’avais beaucoup d’amitié pour le quatrième. Les généraux
Murat et Fugière, le chef de brigade Morangiès ont été blessés.</p><p lang="fr-FR">Le gain de cette bataille, qui aura tant d’influence
sur la gloire de la République, est dû principalement au général
Murat[^12].
Je vous demande pour ce général le grade de général de division ;
sa brigade de cavalerie a fait l’impossible.</p><p lang="fr-FR">Le chef de brigade Bessières, à la tête des
guides, a soutenu la réputation de son corps. L’adjudant général
de cavalerie Roize[^13]
a manœuvré avec le plus grand sang-froid. Le général Junot a eu
son habit criblé de balles.</p><p lang="fr-FR">Je vous enverrai, dans quelques jours, de plus grands
détails, avec l’état des officiers qui se sont distingués.</p><p lang="fr-FR">J’ai fait présent au général Berthier, de la
part du Directoire, d’un poignard d’un beau travail[^14],
pour marque de satisfaction des services qu’il n’a cessé de
rendre pendant la campagne.[^15]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3>
[^1]: Cette lettre de Bonaparte a été imprimée par l’Imprimerie nationale du Caire avec quelques variantes signalées.
[^2]: Le texte imprimé au Caire, porte : « […] la redoute palissadée d’Aboukir ; le fort capitule. »
[^3]: Le texte imprimé au Caire, porte : « Le 7 thermidor, à 7 heures du matin, je me trouve en présence de l’ennemi. »
[^4]: Le texte imprimé au Caire, porte : « […] marche le long du lac et se range en bataille vis à vis la gauche de l’ennemi. ».
[^5]: Le texte imprimé au Caire, porte : « Si c’eût été une armée européenne, nous eussions fait 3 000 prisonniers ; ici, ce furent 3 000 hommes morts. ».
[^6]: <span></span> Bernard, Fortuné (1769-1802), chef de bataillon à la 69<sup>e</sup> demi-brigade de ligne (mars 1799), se distingue et est blessé à la bataille terrestre d’Aboukir, promu chef de brigade le 1<sup>er</sup> août 1799.
[^7]: <span></span> Louis Paul Baille (1768-1821), capitaine puis chef de bataillon à la 69<sup>e</sup> demi-brigade de ligne de l’armée d’Orient.
[^8]: <span></span> Le texte imprimé au Caire porte que ces deux officiers « entrent les premiers dans la redoute ». À la suite de cette publication, Magnier, chef de brigade de la 22<sup>e</sup> légère, adresse une vive protestation à Bonaparte et prend à témoin le général Lannes pour démontrer que c’est à un capitaine de la 22<sup>e</sup> légère qu’il revient cet honneur.
[^9]: Hussein Seid Mustapha-Pacha est pacha de Roumélie, et non d’Anatolie.
[^10]: Ali Effendi, (mort en 1809), ambassadeur de la Sublime Porte à Paris de 1797 à 1802.
[^11]: On pourrait voir dans cette remarque une subtile dénonciation de la conduite de Caffarelli au siège d’Acre.
[^12]: L’une des plus belles charges de Murat, en effet. Il faut aussi attribuer une part de mérite à l’adjudant général Roize qui, voyant les Turcs abandonner leurs retranchements pour couper la tête des morts et blessés français, souffle au chef de la cavalerie de saisir cette occasion d’une charge décisive.
[^13]: <span></span> César Antoine Roize (1761-1801), chef d’escadrons au 20<sup>e</sup> de dragons, promu adjudant-général en Égypte et chef d’état-major de Murat (février 1799), s’illustre à la bataille terrestre d’Aboukir. Promu général de brigade provisoire par Kléber (avril 1800), commande en chef la cavalerie à la bataille de Canope (Aboukir). Contraint de charger les lignes anglaises par Menou il les enfonce mais périt avec une grande partie de ses dragons
[^14]: Il s’agit probablement du poignard de Mustapha-Pacha.
[^15]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 4323, d’après le dépôt de la Guerre.</body> |
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