CG2-4479.md

identifiantCG2-4479.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1799/06/28 00:00
titreNapoléon au Directoire exécutif
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 4479. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p lang="fr-FR" style="text-align: center"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Le Caire, 10 messidor an VII [28 juin 1799]</h2><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">Vous trouverez ci-joint plusieurs imprimés qui vous mettront au fait des événements qui se sont succédé depuis plusieurs mois.</p><p lang="fr-FR">La peste a commencé à Alexandrie, il y a six mois[^1], avec des symptômes très prononcés. À Damiette, elle a été plus bénigne. À Gaza et à Jaffa, elle a fait plus de ravages. Elle n’a été ni au Caire, ni à Suez, ni dans la Haute-Égypte.</p><p lang="fr-FR">Il résulte de l’état joint à cette lettre que l’armée française, depuis son arrivée en Égypte jusqu’au 10 messidor an VII, a perdu 5 344 hommes[^2]. Vous voyez qu’il nous faudrait 500 hommes pour la cavalerie, 5 000 pour l’infanterie, 500 pour l’artillerie, pour mettre l’armée dans l’état où elle était lors du débarquement.</p><p lang="fr-FR">La campagne de Syrie a eu un grand résultat ; nous sommes maîtres de tout le désert, et nous avons déconcerté pour cette année les projets de nos ennemis. Nous avons perdu des hommes distingués. Le général Bon est mort de ses blessures ; Caffarelli est mort ; mon aide de camp Croizier est mort ; beaucoup de monde a été blessé.</p><p lang="fr-FR">Notre situation est très rassurante. Alexandrie, Rosette, Damiette, El-Arich, Katieh, Salheyeh se fortifient à force ; mais, si vous voulez que nous nous soutenions, il nous faut, d’ici à pluviôse, 6 000 hommes de renfort.</p><p lang="fr-FR">Si vous nous en faites passer en outre 15 000, nous pourrons aller partout, même à Constantinople.</p><p lang="fr-FR">Il nous faudrait alors 2 000 hommes de cavalerie pour incorporer dans nos régiments, avec des carabines, selles à la hussarde et sabres ; 600 hussards ou chasseurs ; 6 000 de troupes pour incorporer dans nos corps et les recruter ; 500 canonniers de ligne ; 500 ouvriers, maçons, armuriers, charpentiers, mineurs, sapeurs ; cinq demi-brigades à 2 000 hommes chacune ; 20 000 fusils ; 40 000 baïonnettes ; 3 000 sabres ; 6 000 paires de pistolets, 10 000 outils de pionniers.</p><p lang="fr-FR">S’il vous était impossible de nous faire passer tous ces secours, il faudrait faire la paix, car il faut calculer que d’ici au mois de messidor nous perdrons encore 6 000 hommes.</p><p lang="fr-FR">Nous serons à la saison prochaine réduits à 15 000 hommes effectifs, desquels ôtant 2 000 hommes aux hôpitaux, 500 vétérans, 500 ouvriers qui ne se battent pas, il nous restera 12 000 hommes, compris cavalerie, artillerie, sapeurs, officiers d’état-major, et nous ne pourrons pas résister à un débarquement combiné avec une attaque par le désert.</p><p lang="fr-FR">Si vous nous faisiez passer 4 ou 5 000 Napolitains, cela serait bon pour recruter nos troupes.</p><p lang="fr-FR">Il nous faudrait 18 à 20 médecins, et 60 à 80 chirurgiens ; il en est mort beaucoup. Toutes les maladies de ce pays-ci ont des caractères qui demandent à être étudiés. Par là, on peut les regarder toutes comme inconnues ; mais toutes les années elles seront plus connues et moins dangereuses.</p><p lang="fr-FR">Je n’ai point reçu de lettres de France depuis l’arrivée de Mourveau[^3], qui m’a apporté des nouvelles du 5 nivôse, et de Belleville, du 20 pluviôse. J’espère que nous ne tarderons pas à en avoir.</p><p lang="fr-FR">Nos sollicitudes sont toutes en France. Si les rois l’attaquaient, vous trouveriez dans nos bonnes frontières, dans le génie guerrier de la nation et dans vos généraux, des moyens pour leur rendre funeste leur audace. Le plus beau jour pour nous sera celui où nous apprendrons la formation de la première république en Allemagne.</p><p lang="fr-FR">Je vous enverrai incessamment le nivellement du canal de Suez, les cartes de toute l’Égypte, de ses canaux, et de la Syrie.</p><p lang="fr-FR">Nous avons de fréquentes relations avec la Mecque et Moka. J’ai écrit plusieurs fois aux Indes, à l’île de France ; j’en attends les réponses sous peu de jours. C’est le chérif de la Mecque qui est l’entremetteur de notre correspondance.</p><p lang="fr-FR">Le contre-amiral Perrée est sorti d’Alexandrie le 19 germinal avec trois frégates et deux bricks ; il est arrivé devant Jaffa le 24, s’est mis en croisière, a pris deux bâtiments du convoi turc, chargés de 300 hommes, 100 mineurs et bombardiers, est revenu devant Tantourah pour prendre nos blessés ; mais il a été chassé par la croisière anglaise, et a disparu ; il sera arrivé en Europe[^4].</p><p lang="fr-FR">Je lui avais remis des instructions pour son retour : personne n’est plus à même que cet officier de nous faire passer des nouvelles et des secours ; depuis la bouche d’Om-Fareg, Damiette, Burlos, Rosette, Alexandrie, il peut choisir dans ce moment-ci, et depuis le 15 ventôse il n’y a point de croisière devant Alexandrie ni Damiette ; cela nous a été utile pour l’approvisionnement d’Alexandrie.</p><p lang="fr-FR">J’ai été très satisfait de la conduite du contre-amiral Perrée dans toute cette croisière ; je vous prie de le lui faire connaître.[^5]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3><p lang="fr-FR"><br/> </p> [^1]: Les premiers cas ont été détectés le 15 décembre 1798. [^2]: Au moment de la capitulation, deux ans plus tard, on dénombrera 9 000 morts dans l’armée de Terre, auxquels il faudra ajouter environ 4 500 morts de la Marine (à Aboukir puis dans les engagements suivants, y compris à terre). [^3]: Emissaire du Directoire parvenu à Acre le 25 mars. [^4]: Perrée et sa division de frégates ont été capturés par l’escadre de l’amiral Keith le 19 juin. [^5]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 4225, d’après la collection Napoléon.</body>
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