| identifiant | CG2-4441.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1799/06/23 00:00 |
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| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 4441. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p lang="fr-FR" style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Le Caire, 5
messidor an VII [23 juin 1799]</h2><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">Citoyens Directeurs, après la
bataille des Pyramides, les Mamelouks se divisèrent. Ibrahim-Beys se
retira dans le Charkieh, passa le désert, séjourna à Gaza et à
Damas. Affaibli par les pertes qu’il a essuyées pendant mon
incursion en Syrie, il est aujourd’hui dans la plus profonde
misère.</p><p lang="fr-FR">Mourad-Bey remonta le Nil avec une
nombreuse flottille et se rendra dans la Haute-Égypte ; battu à
Sédiman, il était toujours maître des provinces supérieures et
dans une position menaçante.</p><p lang="fr-FR">Le 20 frimaire, le général Desaix,
ayant été renforcé de la plus grande partie de la cavalerie de
l’armée, se mit en marche et arriva le 9 nivôse à Girgeh.</p><p lang="fr-FR">À deux journées plus haut,
Mourad-Bey l’attendait réuni à Hassan-Bey[^1],
à 2 000 Arabes d’Yambo[^2]
qui venaient de débarquer à Kosseir, et à une grande quantité de
paysans qu’il avait soulevés.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">COMBATS DE SAOUAQI ET DE TAHTAH.</p><p lang="fr-FR">Le général Desaix, ayant appris que
plusieurs rassemblements armés occupaient les rives du Nil et
s’opposaient à la marche de la flottille qui portait ses munitions
de guerre et ses vivres, envoya le général Davout avec la
cavalerie. Il trouva et dissipa, les 14 et 19 nivôse[^3],
des rassemblements de paysans à Saouaqi et à Tahtah ; il massacra,
dans ces deux affaires, plus de 2 000 hommes. Les chefs de
brigade Pinon[^4],
à la tête du 15<sup>e</sup>, et Boussart[^5],
à la tête du 20<sup>e</sup> de dragons, se sont particulièrement
distingués.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">AFFAIRE DE SAMHOUD[^6].</p><p lang="fr-FR">Ayant été rejoint par sa cavalerie
et sa flottille, le général Desaix marcha à l’ennemi, qu’il
rencontra le 3 pluviôse au village de Samhoud. Il prit l’ordre de
bataille accoutumé, en plaçant son infanterie en carré sur ses
ailes ; sa cavalerie en carré, au centre. La droite était commandée
par le général Friant, la gauche par le général Belliard et le
centre par le général Davout. L’ennemi investit avec un
tourbillon de cavalerie notre petite armée ; mais, ayant été
vigoureusement repoussé par la mitraille et la mousqueterie, il fit
un mouvement en arrière. Notre cavalerie se déploya alors et le
poursuivit : une centaine d’Arabes et de paysans furent massacrés,
le reste s’éparpilla et fuit dans le désert. Le citoyen Rapp,
aide de camp du général Desaix, officier d’une grande bravoure, a
été blessé d’un coup de sabre.</p><p lang="fr-FR">Le drapeau de la République flotta
sur les cataractes[^7]
; toute la flottille de Mourad-Bey se trouva prise, et dès ce moment
la Haute-Égypte fut conquise. Le général Desaix plaça sa division
en cantonnement le long du Nil et commença l’organisation des
provinces.</p><p lang="fr-FR">Le reste des Mamelouks et des Arabes
d’Yambo ne pouvait vivre dans le désert : la nécessité de se
procurer de l’eau du Nil et des vivres engagea différents combats,
qui, politiquement, ne pouvaient plus être dangereux : l’ennemi
n’ayant plus ni artillerie ni flottille, le succès d’un combat
n’avait pour but que le pillage ; mais les bonnes dispositions du
général Desaix et la bravoure des troupes ne lui donnèrent pas
même cette consolation.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">COMBAT DE KENEH.</p><p lang="fr-FR">Le chef de brigade Conroux, avec la
61<sup>e</sup> de ligne, fut attaqué à Keneh, le 22 pluviôse, par
5 ou 600 Arabes ; il joncha le champ de bataille de morts[^8].</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">COMBAT DE SAMATAH[^9].</p><p lang="fr-FR">Le général Friant marcha, le 24
pluviôse, à Samatah, où il savait que se réunissaient les Arabes
d’Yambo ; il leur tua 200 hommes.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">COMBAT DE THÈBES[^10].</p><p lang="fr-FR">Sur les ruines de Thèbes, 200 hommes
du 22<sup>e</sup> de chasseurs et du 15<sup>e</sup> de dragons
chargèrent, le 23 pluviôse, 200 Mamelouks qu’ils dispersèrent.
Ils regagnèrent le désert après avoir laissé une partie de leur
monde sur le champ de bataille. Le chef de brigade Lasalle, du 22<sup>e</sup>
de chasseurs, s’est conduit avec son intrépidité ordinaire.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">COMBAT D’ESNEH.</p><p lang="fr-FR">Le 7 ventôse, Mourad-Bey se porta à
Esneh ; le citoyen Clément[^11],
aide de camp du général Desaix, le dispersa et l’obligea de
regagner le désert.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">COMBAT D’ABNOUD[^12].</p><p lang="fr-FR">Instruits que j’avais quitté
l’Égypte, que j’avais passé le désert pour aller en Syrie, les
Mamelouks crurent le général Desaix affaibli, et dès lors le
moment favorable pour l’attaquer. Ils redoublèrent d’efforts,
accoururent de tous les points du désert sur plusieurs points du Nil
; ils s’emparèrent d’une de nos djermes[^13],
en égorgèrent l’équipage, prirent huit pièces de canon, et,
renforcés par 1 500 hommes qui venaient de débarquer à
Kosseir, ils se réunirent à Abnoud, où ils se retranchèrent. Le
général Belliard marcha à eux le 20 ventôse, les attaqua, tua la
moitié de leur monde et dispersa le reste ; c’est le combat où
l’ennemi a montré le plus d’opiniâtreté[^14].</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">COMBAT DE BIR-EL-BAR.</p><p lang="fr-FR">Le 13 germinal, le général Desaix,
instruit que Hassan-Bey[^15]
avait le projet de se porter sur Keneh, marcha dans le désert pour
le chercher ; le 7<sup>e</sup> [bis] de hussards et le 18<sup>e</sup>
de dragons découvrirent l’ennemi, le chargèrent, le dispersèrent
après un combat très opiniâtre. Le citoyen Duplessis, commandant
le 7<sup>e</sup> de hussards, fut tué en chargeant à la tête de
son régiment.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">COMBAT DE GIRGEH.</p><p lang="fr-FR">Le 16 germinal[^16],
le chef de brigade Morand, attaqué dans le village de Girgeh, fut
secouru par les habitants et mit en fuite les Arabes et les paysans,
après leur avoir tué plus de 100 hommes.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">COMBAT DE GEHYNEH.</p><p lang="fr-FR">Le chef de brigade Lasalle marcha à
Gehyneh pendant la nuit du 20 germinal[^17],
surprit un rassemblement qui s’y trouvait, tua une cinquantaine
d’hommes et le dispersa.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">COMBAT DE BENI-ADIN[^18].</p><p lang="fr-FR">Les Mamelouks, voyant la Haute-Égypte
garnie de troupes, filèrent par le désert dans la Basse-Égypte. Le
général Desaix envoya le général Davout à leur suite. Il les
rencontra au village de Beni-Adin, les attaqua, les dispersa après
leur avoir tué un millier d’hommes. Nous avons eu 3 hommes tués
et 30 blessés ; mais parmi les tués se trouve le chef de brigade
Pinon[^19],
du 15<sup>e</sup> de dragons, officier du plus rare mérite.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">PRISE DE KOSSEIR.</p><p lang="fr-FR">Le 10 prairial, le général Belliard
et l’adjudant général Donzelot sont entrés à Kosseir et ont
pris possession de ce poste important. On s’occupe à le mettre
dans le meilleur état de défense.</p><p lang="fr-FR">Cette occupation, celle de Suez et
d’El-Arich ferment absolument l’entrée de l’Égypte du côté
de la mer Rouge et de la Syrie ; tout comme les fortifications de
Damiette, Rosette et Alexandrie rendent impraticable une attaque par
mer, et assurent à jamais à la République la possession de cette
belle partie du monde, dont la civilisation aura tant d’influence
sur la grandeur nationale et les destinées futures des plus
anciennes parties de l’univers.</p><p lang="fr-FR">Mourad-Bey est retiré avec peu de
monde dans les oasis, d’où il va être encore chassé. Hassan-Bey[^20]
est à plus de quinze jours au-dessus des cataractes. La plupart des
tribus arabes sont soumises et ont donné des otages. Les paysans
s’éclairent et reviennent tous les jours des insinuations de nos
ennemis ; des forts nombreux, établis de distance en distance, les
retiennent d’ailleurs, s’ils étaient mal intentionnés. Les
Arabes d’Yambo ont péri pour la plupart.</p><p lang="fr-FR">L’état-major vous enverra les noms
des officiers auxquels j’ai accordé de l’avancement.</p><p lang="fr-FR">J’ai nommé au commandement du 15<sup>e</sup>
de dragons le citoyen Barthélemy[^21],
chef d’escadron des guides à cheval, ancien officier de cavalerie,
distingué par ses connaissances.</p><p lang="fr-FR">Je vous demande le grade de général
de brigade pour le citoyen Donzelot[^22],
adjudant général du général Desaix.[^23]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3><p lang="fr-FR"><br/>
</p>
[^1]: Hassan-Bey-el-Djeddaoui.
[^2]: Arabes du Hedjaz, également appelés Mecquains.
[^3]: Plus exactement, les 14 et 21 nivôse (3 et 10 janvier), d’après le rapport de Davout.
[^4]: <span></span> Pinon, Michel (1757-1799), engagé en 1771, brigadier en 1784, il est maréchal des logis chef en 1792, puis successivement lieutenant, capitaine et chef d’escadron lors du seul mois de février 1794. Chef de brigade en décembre 1796, il commande le 15<sup>e</sup> régiment de dragons de l’armée d’Orient. Il est tué au combat de Beni-Adin, le 3 février 1799.
[^5]: Boussart, André Joseph (1758-1813).
[^6]: Livré par Desaix le 22 janvier aux 15 000 hommes de Mourad-Bey.
[^7]: La première cataracte d’Assouan (Syène).
[^8]: Contrairement aux habitudes des musulmans, cette attaque a eu lieu de nuit entre le 24 et le 25 pluviôse (nuit du 12 au 13 février) et non à la date du 22 pluviôse.
[^9]: Il s’agit peut-être ici du combat d’Aboumanah, livré par Friant (29 pluviôse-17 février).
[^10]: Sanglant combat de Redecieh (rebaptisé ici par Bonaparte), livré par la cavalerie de Davout aux Mamelouks (environ 40 morts et 50 blessés du côté français).
[^11]: Clément, Jacques Valère (1768-1839), capitaine puis chef d’escadron à l’armée d’Orient, aide de camp du général Desaix avec qui il rentrera en France en mai 1800.
[^12]: Combat de Benout et non d’Abnoud.
[^13]: <span></span> La djerme <i>L’Italie </i>a explosé, les barques d’escorte ont été capturées par la bande de Mecquains et les prisonniers massacrés (environ 500 victimes).
[^14]: Dans cette sanglante affaire les pertes françaises furent, au moins, de 35 morts et 134 blessés.
[^15]: Hassan-Bey-el-Djeddaoui.
[^16]: En réalité le 15 germinal (4 avril).
[^17]: <span></span> En réalité le 21 germinal et non le 20, selon le rapport de Desaix. D’après La Jonquière, le nom de <i>Gehyneh </i>pourrait être une altération de Nezlet-el-Hémeh, village près de Tahtah sur le Nil.
[^18]: Le 18 avril.
[^19]: <span></span> Pinon, Michel (1757-1799), engagé en 1771, brigadier en 1784, il est maréchal des logis chef en 1792, puis successivement lieutenant, capitaine et chef d’escadron lors du seul mois de février 1794. Chef de brigade en décembre 1796, il commande le 15<sup>e</sup> régiment de dragons de l’armée d’Orient. Il est tué au combat de Beni-Adin, le 3 février 1799.
[^20]: Hassan-Bey-el-Djeddaoui.
[^21]: <span></span> Barthélemy, Nicolas Martin (1765-1835), chef d’escadrons des guides à l’armée d’Orient, il nommé chef de brigade du 15<sup>e</sup> régiment de dragons le 21 juin 1799.
[^22]: Donzelot, François-Xavier (1764-1843).
[^23]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 4205, d’après le dépôt de la Guerre.</body> |
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