| identifiant | CG2-4405.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1799/06/19 00:00 |
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| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 4405. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p lang="fr-FR" style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Le Caire, 1<sup>er</sup>
messidor an VII [19 juin 1799]</h2><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">Citoyens Directeurs, pendant mon
invasion en Syrie, il s’est passé dans la Basse-Égypte des
événements militaires que je dois vous faire connaître[^1].</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">RÉVOLTE DE BENI-SOUEF.</p><p lang="fr-FR">Le 12 pluviôse[^2],
une partie de la province de Beni-Souef se révolta. Le général
Veaux marcha avec un bataillon de la 22<sup>e</sup> légère ; il
remplit de cadavres ennemis quatre lieues de pays. Tout rentra dans
l’ordre. Il n’eut que 3 hommes tués et 20 blessés.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">BOMBARDEMENT D’ALEXANDRIE.</p><p lang="fr-FR">Le 15 pluviôse, la croisière
anglaise[^3]
devant Alexandrie se renforça, et, peu de temps après, elle
commença à bombarder le port. Les Anglais jetèrent 15 à 1 600
bombes, ne tuèrent personne ; ils firent écrouler deux mauvaises
maisons et coulèrent une mauvaise barque[^4].</p><p lang="fr-FR">Le 16 ventôse, la croisière
disparut ; on ne l’a plus revue.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">FLOTTILLE DE LÀ MER ROUGE.</p><p lang="fr-FR">Quatre chaloupes canonnières[^5]
partirent le 13 pluviôse de Suez, arrivèrent le 18 devant Kosseir,
où elles trouvèrent plusieurs bâtiments chargés des trésors des
Mamelouks[^6]
que le général Desaix avait défaits dans la Haute-Égypte. Au
premier coup de canon, la chaloupe canonnière <i>Le Tagliamento</i>
prit feu et sauta en l’air.</p><p lang="fr-FR">La République n’aura jamais de
marine tant que l’on ne refera pas toutes les lois maritimes : un
hamac mal placé, une gargousse négligée perdent toute une escadre.
Il faut proscrire les jurys, les conseils, les assemblées ; à bord
d’un vaisseau il ne doit y avoir qu’une autorité, celle du
capitaine, qui doit être plus absolue que celle des consuls dans les
armées romaines.</p><p lang="fr-FR">Si nous n’avons pas eu un succès
sur mer, ce n’est ni faute d’hommes capables, ni de matériel, ni
d’argent, mais faute de bonnes lois. Si l’on continue à laisser
subsister la même organisation maritime, mieux vaut-il fermer nos
ports ; c’est jeter notre argent.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">CHARKIEH.</p><p lang="fr-FR">Le citoyen Duranteau, chef du 3<sup>e</sup>
bataillon de la 32<sup>e </sup>de ligne, se porta le 24 ventôse dans
la province de Charkieh. Le village de Bordein[^7],
qui s’était révolté, fut brûlé, et ses habitants passés au
fil de l’épée.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">ARABES DU GRAND DÉSERT À GIZEH[^8].</p><p lang="fr-FR">Le 15 ventôse, le général Dugua,
instruit qu’une nouvelle tribu du fond de l’Afrique arrivait sur
les confins de la province de Gizeh, fit marcher le général
Lanusse, qui surprit leur camp, leur tendit plusieurs embuscades et
leur prit une grande quantité de chameaux, après leur avoir tué
plusieurs centaines d’hommes. Le fils du général Leclerc[^9],
jeune homme distingué, fut blessé.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">RÉVOLTE DE L’ÉMIR-HADJI[^10].</p><p lang="fr-FR">L’émir-hadji, homme d’un
caractère faible et irrésolu, que j’avais comblé de bienfaits,
n’a pu résister aux intrigues dont il était environné ; il s’est
inscrit lui-même au nombre de nos ennemis. Réuni à plusieurs
tribus d’Arabes et à quelques Mamelouks, il s’est présenté
dans l’arène. Chassé, poursuivi, il perdit dans un jour les biens
que je lui avais donnés, les trésors et une partie de sa famille
qui était encore au Caire, et la réputation d’homme d’honneur
qu’il avait eue jusqu’alors.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">L’ANGE EL-MAHDI.</p><p lang="fr-FR">Au commencement de floréal, une
scène, la première de ce genre que nous ayons encore vue, mit en
révolte la province de Bahireh. Un homme, venu du fond de l’Afrique,
débarqué à Derne, arrive, réunit les Arabes, et se dit l’ange
El-Mahdi, annoncé dans le Coran par le Prophète ; 200 Moghrebins
arrivent quelques jours après, comme par hasard, et viennent se
ranger sous ses ordres. L’ange El-Mahdi doit descendre du ciel ;
cet imposteur prétend être descendu du ciel au milieu du désert ;
lui qui est nu prodigue l’or, qu’il a l’art de tenir caché.
Tous les jours il trempe ses doigts dans une jatte de lait, se les
passe sur les lèvres ; c’est la seule nourriture qu’il prend. Il
se porte sur Damanhour, surprend 60 hommes de la légion nautique[^11],
que l’on avait eu l’imprudence d’y laisser au lieu de les
placer dans la redoute d’El-Rahmânieh, et les égorge. Encouragé
par ce succès, il exalte l’imagination de ses disciples, et doit,
en jetant un peu de poussière contre nos canons, empêcher la poudre
de prendre et faire tomber devant les vrais croyants les balles de
nos fusils : un grand nombre d’hommes attestent cent miracles de
cette nature qu’il fait tous les jours.</p><p lang="fr-FR">Le chef de brigade Lefebvre partit
d’El-Rahmânieh avec 400 hommes pour marcher contre l’ange ;
mais, voyant à chaque instant le nombre des ennemis s’accroître,
il voit l’impossibilité de mettre à la raison une si grande
quantité d’hommes fanatisés. Il se range en bataillon carré et
tue toute la journée ces insensés, qui se précipitent sur nos
canons, ne pouvant revenir de leur prestige. Ce n’est que la nuit
que ces fanatiques, comptant leurs morts (il y en avait plus de 1
000) et leurs blessés, comprennent que Dieu ne fait plus de
miracles.</p><p lang="fr-FR">Le 19 floréal, le général Lanusse,
qui s’est porté avec la plus grande activité partout où il y a
eu des ennemis à combattre, arrive à Damanhour, passe 1 500
hommes au fil de l’épée, un monceau de cendres indique la place
où fut Damanhour. L’ange El-Mahdi, blessé de plusieurs coups,
sent lui-même son zèle se refroidir ; il se cache dans le fond des
déserts, environné encore de partisans ; car, dans des têtes
fanatisées, il n’y a point d’organes par où la raison puisse
pénétrer.</p><p lang="fr-FR">Cependant la nature de cette révolte
contribua à accélérer mon retour en Égypte.</p><p lang="fr-FR">Cette scène bizarre était concertée
et devait avoir lieu au même instant où la flotte turque, qui a
débarqué l’armée que j’ai détruite sous Acre, devait arriver
devant Alexandrie.</p><p lang="fr-FR">L’armement de cette flotte, dont
les Mamelouks de la Haute-Égypte avaient été instruits par des
dromadaires, leur fit faire un mouvement sur la Basse-Égypte ; mais,
battus plusieurs fois par le chef de brigade Detrès, officier d’une
bravoure distinguée, ils descendirent dans le Charkieh. Le général
Dugua ordonna au général Davout de s’y porter. Le 19 floréal, il
attaqua Elfi-Bey[^12]
et les Bily ; quelques coups de canon ayant tué trois des principaux
kâchefs d’Elfi, il fuit épouvanté dans les déserts.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">CANONNADE DE SUEZ.</p><p lang="fr-FR">Un vaisseau et une frégate anglais
sont arrivés à Suez vers le 15 floréal ; une canonnade s’est
engagée ; mais les Anglais ont cessé dès l’instant qu’ils ont
reconnu Suez muni d’une artillerie nombreuse en état de les
recevoir : les deux bâtiments ont disparu.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">COMBAT SUR LE CANAL DE MOUIS.</p><p lang="fr-FR">Le général Lanusse, après avoir
délivré la province de Bahireh, atteignit, le 17 prairial, au
village de Kafr-Fournig[^13]
dans le Charkieh, les Moghrebins et les hommes échappés du Bahireh[^14]
; il leur tua 150 hommes et brûla le village.</p><p lang="fr-FR">Le 15 prairial, j’arrivai à
El-Arich, de retour de Syrie. La chaleur du sable du désert a fait
monter le thermomètre à 44 degrés ; l’atmosphère était à 34
degrés. Il fallait faire onze lieues par jour pour arriver aux puits
où se trouve un peu d’eau salée, sulfureuse et chaude, que l’on
boit avec plus d’avidité que chez nos restaurateurs une bonne
bouteille de vin de Champagne.</p><p lang="fr-FR">Mon entrée au Caire s’est faite le
26 prairial, environné d’un peuple immense qui avait garni les
rues, de tous les muftis montés sur des mules, parce que le Prophète
montait de préférence ces animaux, de tous les corps de
janissaires, des odjaqs, des agas de la police de jour et de nuit, de
descendants d’Abou-Bekr, de Fatyme et des fils de plusieurs saints
révérés par les vrais croyants ; les chefs des marchands
marchaient devant, ainsi que le patriarche copte ; la marche était
fermée par les troupes auxiliaires grecques.</p><p lang="fr-FR">Je dois témoigner ma satisfaction au
général Dugua, au général Lanusse et au chef de bataillon
Duranteau.</p><p lang="fr-FR">Les cheiks El-Bekri[^15],
El-Cherkaoui[^16],
El-Sadat, El-Mohdi[^17],
El-Sawi se sont comportés aussi bien que je le pouvais désirer ;
ils prêchent tous les jours dans les mosquées pour nous ; leurs
firmans font la plus grande impression dans les provinces. Ils
descendent pour la plupart des premiers califes et sont dans une
singulière vénération parmi le peuple.[^18]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3><p lang="fr-FR"><br/>
</p>
[^1]: Version sommaire du long rapport établi par Dugua sur ses trois mois de commandement en Égypte.
[^2]: Veaux était intervenu le 18 et non le 12.
[^3]: Sour les ordres de Troubridge.
[^4]: Un brick génois dans le Port-Vieux.
[^5]: Sous les ordres du lieutenant de vaisseau Collot.
[^6]: Il s’agit en réalité de simples barques armées, sans trésor à bord.
[^7]: <span></span> Les éditeurs de la<i> Correspondance</i> ont écrit Horbeyt au lieu de Bordein.
[^8]: Tribu des Oulad-Ali.
[^9]: François Leclerc d’Ostein, (1776-1857), fils et aide de camp du général, lieutenant puis capitaine à l’armée d’Orient, il se distingue dans de nombreux combats et reçoit une blessure à celui de Kafr-Dahoud (11 mars 1799).
[^10]: Mustapha-Bey.
[^11]: Cent dix-sept hommes de la légion nautique ont été tués.
[^12]: Elfi-Bey [Mohammed-Bey-el-Elfi], chef mamelouk, adjoint de Mourad-Bey. Sa belle résidence, place Esbekieh devient celle de Bonaparte.
[^13]: Il s’agit en réalité du village de Koufour-Negoum près de Mit-Gamar.
[^14]: <span></span> Cette bande avait attaqué à Mit-Gamar le navire <i>la Génoise</i> et égorgé les quatorze matelots de l’équipage.
[^15]: <span></span><a class="sdfootnotesym" href="#sdfootnote5510anc" name="sdfootnote5510sym">0</a> El-Bekri [Al-Bakrî al-siddiqi], Khalil, cheick égyptien, membre du divan du Caire investi par Bonaparte de la fonction de syndic des chérifs d’Égypte. Au retour des Ottomans, il laissera mettre à mort sa fille compromise avec les Français.
[^16]: El-Cherkaoui [Al-Sharqawi], Abdallah (1737-1812), président du divan du Caire et du divan général réuni par Bonaparte en octobre 1798.
[^17]: El-Mohdi [Al-Mahdi], Mohamad (vers 1735-1810), Copte converti, membre et secrétaire général du divan du Caire.
[^18]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 4188, d’après le dépôt de la Guerre.</body> |
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