| identifiant | CG2-4321.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1799/04/14 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Marmont |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 4321. - </b>Au général Marmont[^1]</h1><p lang="fr-FR" style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, devant Acre, 25
germinal an VII [14 avril 1799]</h2><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">J’imagine qu’à l’heure qu’il
est, citoyen général, vous aurez approvisionné le <u>fort de
Rachid</u>[^2]
de mortiers avec de bonnes pièces, avec 500 coups au moins.</p><p lang="fr-FR">J’ai reçu votre lettre du 8
germinal, et j’ai appris avec plaisir que <i>Le Pluvier</i> s’était
sauvé à Alexandrie[^3]
: il doit avoir 1 500 quintaux de riz à son bord ; vous pouvez
vous en servir pour augmenter vos approvisionnements.</p><p lang="fr-FR">Recrutez et complétez les quatre
bataillons qui sont sous vos ordres, ainsi que la légion nautique.
Les recrues que vous nous avez envoyées d’Alexandrie se sont
sauvées à la première affaire, ont tenu bon à la seconde, et se
battent aujourd’hui tous les jours à la tranchée avec le plus
grand courage.</p><p lang="fr-FR">Le général Junot s’est couvert de
gloire le 19 au combat de Nazareth[^4]
; avec 300 hommes de la 2<sup>e</sup> d’infanterie légère, il a
battu 4 000 hommes de cavalerie ; il a pris cinq drapeaux et tué
ou blessé près de 600 hommes ; c’est une des affaires brillantes
de la guerre.</p><p lang="fr-FR">Notre siège avance : nous avons une
galerie de mine qui déjà dépasse la contrescarpe, chemine sous le
fossé à 30 pieds sous terre, et n’est plus qu’à 18 pieds du
rempart.</p><p lang="fr-FR">Sur le front d’attaque, nous avons
deux batteries à 60 toises, et quatre à 100 toises, pour
contrebattre les flancs. Depuis quinze jours, nous ne tirons pas un
seul boulet ; l’ennemi tire comme un enragé ; nous nous contentons
de ramasser humblement ses boulets, de les payer vingt sous et de les
entasser au parc, où il y en a déjà près de 4 000. Vous
voyez qu’il y a de quoi faire un beau feu pendant vingt-quatre
heures, et faire une bonne brèche. J’attends, pour donner le
signal, que le mineur puisse faire sauter la contrescarpe à
l’extrémité d’une double sape, qui marche droit à une tour ;
nous sommes encore à 8 toises de la contrescarpe ; c’est
l’histoire de deux nuits. L’ennemi nous a tiré 3 ou 4 000
bombes. Il y a dans la place beaucoup d’Anglais et d’émigrés
français[^5]
; vous sentez que nous brûlons tous d’y entrer ; il y a à parier
que ce sera le 1<sup>er</sup> floréal. Le siège, à défaut
d’artillerie et vu l’immense quantité de celle de l’ennemi,
est une des opérations qui caractérisent le plus la constance et la
bravoure de nos troupes. L’ennemi tire ses bombes avec une grande
précision. Jusqu’à cette heure le siège nous coûte 60 hommes
tués et 30 blessés. L’adjoint <u>Mailly</u>[^6]<u>,
les adjudants généraux Escale</u>[^7]<u>
et Laugier</u>[^8]
sont au nombre des premiers.</p><p lang="fr-FR">Le général Caffarelli, mon aide de
camp Duroc, Eugène[^9],
l’adjudant général Valentin, les officiers du génie Sanson, <u>Say
et Souhait</u>, sont au nombre des blessés ; on a été obligé
d’amputer le bras du général Caffarelli ; sa blessure va bien[^10].</p><p lang="fr-FR">Damas n’attend que la nouvelle de
la prise d’Acre pour se soumettre.</p><p lang="fr-FR">Je serai dans le courant de mai de
retour en Égypte. Profitez des bâtiments de transport qui
partiraient, ou expédiez-en un pour donner de nos nouvelles en
France. Vous avez dû recevoir la relation de Jaffa, qui a été
imprimée.</p><p lang="fr-FR">Approvisionnez-vous, et que vos soins
ne se bornent pas à Alexandrie ; songez que cela n’est rien si le
fort de Rachid n’est pas en état de faire une bonne résistance ;
il faut qu’il y ait un bon massif de terre, des mortiers, des
obusiers, des canons approvisionnés à 600 coups par pièce. Après
avoir fortifié votre arrondissement, vous aurez la gloire de le
défendre cet été. Je vous répète ce que je vous ai dit dans ma
lettre du 21 pluviôse, de me faire une bonne carte de votre
arrondissement, en y comprenant une partie du <u>lac Burlos</u> ;
vous savez combien cela est nécessaire dans les opérations
militaires.</p><p lang="fr-FR">Faites connaître dans votre
arrondissement que j’ai revêtu le fils de <u>Daher</u>[^11],
et que je l’ai reconnu cheik de Safed et du pachalik d’Acre.</p><p lang="fr-FR">Nous pourrions bien aujourd’hui
donner un million, si nous avions ici les pièces de siège
embarquées à Alexandrie.</p><p lang="fr-FR">Si les Anglais laissent la sortie un
peu libre, vous pourriez envoyer un petit bâtiment à Jaffa pour me
porter de vos nouvelles et pour en recevoir des nôtres ; il faudrait
qu’il fût assez petit pour pouvoir aller à Damiette ou sur le lac
Burlos.[^12]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3><p lang="fr-FR"><br/>
</p>
[^1]: Commandant à Alexandrie.
[^2]: Fort situé à Rosette, appelé également fort Jullien du nom de l’aide de camp tué au début de la campagne.
[^3]: Il s’agit de l’un des trois navires rescapés de la flottille de Standelet.
[^4]: Combat de Loubia.
[^5]: Parmi eux, Phéllipeaux, ancien compagnon de Bonaparte à Brienne, et Charles Frotté, demi-frère du général.
[^6]: Mailly de Châteaurenaud, Eugène (mort en 1799), fils d’un Conventionnel, capitaine adjoint à l’État-Major général de l’armée d’Orient, il est chargé de porter une dépêche à Djezzar qui le fait jeter en prison puis mettre à mort, le 30 mars 1799, après un assaut sur Acre au cours duquel son frère cadet Minerve est lui aussi tué.
[^7]: Escale, Louis Annibal (1737-1799), adjudant général à l’armée d’Orient, probablement un des doyens de l’expédition d’Égypte, gravement blessé à la prise d’Alexandrie, il commande ensuite le fort d’Aboukir. Il est tué devant Saint-Jean d’Acre.
[^8]: Laugier, Jean Balthazar (mort en 1799), chef de brigade puis adjudant général (20 septembre 1798) à l’armée d’Orient, chef d’état-major de la division Kléber (sous Dugua), il est tué devant Saint-Jean d’Acre, le 28 mars 1799.
[^9]: Eugène de Beauharnais, blessé à la tête par un éclat d’obus.
[^10]: Caffarelli – qui était déjà unijambiste – mourra quelques jours plus tard.
[^11]: Abbas-Daher [Abbas Daher-el-Zaydani], fils de Omar Daher-el-Zaydani (assassiné en 1775 et remplacé à la tête de la Palestine par Djezzar), il se joint à l’armée d’Orient pendant la campagne de Syrie ce qui lui vaut d’être nommé cheik de Safed et du pachalik d'Acre.
[^12]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 4091, d’après la collection Napoléon.</body> |
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