CG2-4294.md

identifiantCG2-4294.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1799/03/13 00:00
titreNapoléon au Directoire exécutif
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 4294. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p lang="fr-FR" style="text-align: center"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Jaffa, 23 ventôse an VII [13 mars 1799]</h2><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">Citoyens Directeurs, le 5 fructidor, j’envoyai un officier[^1] à Djezzar, pacha d’Acre ; il l’accueillit mal, il ne me répondit pas.</p><p lang="fr-FR">Le 29 brumaire, je lui écrivis une autre lettre ; il fit couper la tête au porteur.</p><p lang="fr-FR">Les Français étaient arrêtés à Acre et traités cruellement.</p><p lang="fr-FR">Les provinces de l’Égypte étaient inondées de firmans dans lesquels Djezzar ne dissimulait pas ses intentions hostiles et annonçait son arrivée.</p><p lang="fr-FR">Il fit plus, il envahit les provinces de Jaffa, Ramleh et Gaza ; son avant-garde prit position à El-Arich, où il y a quelques bons puits et un fort situé dans le désert, à dix lieues sur le territoire de l’Égypte.</p><p lang="fr-FR">Je n’avais donc plus de choix ; j’étais provoqué à la guerre ; je crus ne devoir pas tarder à la lui porter moi-même.</p><p lang="fr-FR">Le général Reynier rejoignit, le 16 pluviôse, son avant-garde, qui, sous les ordres de l’infatigable général Lagrange, était à Katieh, situé à trois journées dans le désert, où j’avais réuni des magasins considérables.</p><p lang="fr-FR">Le général Kléber arriva le 18 pluviôse de Damiette, par le lac Menzaleh, sur lequel on avait construit plusieurs barques canonnières, débarqua à Peluse et se rendit à Katieh.</p><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">COMBAT D’EL-ARICH.</p><p lang="fr-FR">Le général Reynier partit le 18 pluviôse de Katieh, avec sa division, pour se rendre à El-Arich. Il fallait marcher plusieurs jours à travers le désert sans trouver de l’eau. Des difficultés de toute espèce furent vaincues. L’ennemi fut attaqué, forcé, le village d’El-Arich enlevé, et toute l’avant-garde ennemie bloquée dans le fort d’El-Arich.</p><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">ATTAQUE DE NUIT.</p><p lang="fr-FR">Cependant la cavalerie de Djezzar, soutenue par un corps d’infanterie, avait pris position sur nos derrières à une lieue, et bloquait l’armée assiégeante.</p><p lang="fr-FR">Le général Kléber fit faire un mouvement au général Reynier. À minuit, le camp ennemi fut cerné, attaqué et enlevé ; un des beys tué ; effets, armes, bagages, tout fut pris. La plupart des hommes eurent le temps de se sauver. Plusieurs kâchefs d’Ibrahim-Bey furent faits prisonniers.</p><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">SIÈGE DU FORT D’EL-ARICH.</p><p lang="fr-FR">La tranchée fut ouverte devant le fort d’El-Arich ; une de nos mines avait été éventée et nos mineurs délogés. Le 28 pluviôse, une batterie de brèche fut construite, et deux batteries d’approche. On canonna toute la journée du 29. Le 30, à midi, la brèche était praticable ; je sommai le commandant de se rendre : il le fit.</p><p lang="fr-FR">Nous avons trouvé à El-Arich 300 chevaux, beaucoup de biscuit, du riz, 500 Albanais, 500 Moghrebins, 200 hommes de l’Anatolie et de la Caramanie. Les Moghrebins ont pris service avec nous ; j’en ai fait un corps auxiliaire.</p><p lang="fr-FR">Nous partîmes d’El-Arich le 4 du mois de ventôse ; l’avant garde[^2] s’égara dans les déserts et souffrit beaucoup du manque d’eau ; nous manquions de vivres ; nous fûmes obligés de manger des chevaux, des mulets et des chameaux.</p><p lang="fr-FR">Nous étions, le 5, aux colonnes placées sur les limites de l’Afrique et de l’Asie[^3].</p><p lang="fr-FR">Nous couchâmes en Asie le 6 ; le jour suivant nous étions en marche sur Gaza ; à dix heures du matin nous découvrîmes 3 à 4 000 hommes de cavalerie qui marchaient à nous.</p><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">COMBAT DE GAZA.</p><p lang="fr-FR">Le général Murat, commandant la cavalerie, fit passer différents torrents en présence de l’ennemi, par des mouvements exécutés avec précision.</p><p lang="fr-FR">Le général Kléber se porta par la gauche sur Gaza ; le général Lannes, avec son infanterie légère, appuyait les mouvements de la cavalerie, qui était rangée sur deux lignes ; chaque ligne avait derrière elle un escadron de réserve. Nous chargeâmes l’ennemi près de la hauteur qui regarde Hébron, et où Samson porta les portes de Gaza. L’ennemi ne reçut pas la charge et se replia ; il eut quelques hommes de tués, entre autres le kiaya du pacha[^4].</p><p lang="fr-FR">La 22<sup>e</sup> d’infanterie légère s’est fort bien conduite ; elle suivait les chevaux au pas de course ; il y avait cependant bien des jours qu’elle n’avait fait un bon repas et bu de l’eau à son aise.</p><p lang="fr-FR">Nous entrâmes dans Gaza ; nous y trouvâmes quinze milliers de poudre, beaucoup de munitions de guerre, des bombes, des outils, plus de 200 000 rations de biscuit et six pièces de canon.</p><p lang="fr-FR">Le temps devint affreux ; beaucoup de tonnerre et de pluie ; depuis notre départ de France, nous n’avions point eu d’orage.</p><p lang="fr-FR">Nous couchâmes le 10 à Esdoud, l’ancienne Azoth. Nous couchâmes le 11 à Ramleh ; l’ennemi l’avait évacué avec tant de précipitation, qu’il nous laissa 100 000 rations de biscuit, beaucoup plus d’orge et 1 500 outres que Djezzar avait préparées pour passer le désert.</p><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">SIÈGE DE JAFFA.</p><p lang="fr-FR">La division Kléber investit d’abord Jaffa, et se porta ensuite sur la rivière d’El-Ougeh, pour couvrir le siège. La division Bon investit les fronts droits de la ville, et la division Lannes, les fronts gauches.</p><p lang="fr-FR">L’ennemi démasqua une quarantaine de pièces de canon de tous les points de l’enceinte, desquels il fit un feu vif et soutenu.</p><p lang="fr-FR">Le 16, deux batteries d’approche, la batterie de brèche, une de mortiers, étaient en état de tirer. La garnison fit une sortie ; on vit alors une foule d’hommes diversement costumés, et de toutes les couleurs, se porter sur la batterie de brèche ; c’étaient des Moghrebins, des Albanais, des Kurdes, des Anatoliens, des Caramaniens, des Damasquins, des Alépins, des noirs de Takrour[^5] ; ils furent vivement repoussés et rentrèrent plus vite qu’ils n’auraient voulu. Mon aide de camp Duroc, officier en qui j’ai grande confiance, s’est particulièrement distingué.</p><p lang="fr-FR">À la pointe du jour, le 17, je fis sommer le gouverneur : il fit couper la tête à mon envoyé, et ne répondit point. À sept heures, le feu commença ; à une heure, je jugeai la brèche praticable. Le général Lannes fit les dispositions pour l’assaut ; l’adjoint aux adjudants généraux Netherwood[^6], avec dix carabiniers, y monta le premier, et fut suivi de trois compagnies de grenadiers de la 13<sup>e</sup> et de la 69<sup>e</sup> demi-brigade de ligne, commandées par l’adjudant général Rambeaud[^7], pour lequel je vous demande le grade de général de brigade.</p><p lang="fr-FR">À cinq heures, nous étions maîtres de la ville, qui, pendant vingt-quatre heures, fut livrée au pillage et à toutes les horreurs de la guerre, qui jamais ne m’a paru aussi hideuse.</p><p lang="fr-FR">4 000 hommes des troupes de Djezzar ont été passés au fil de l’épée ; il y avait 800 canonniers. Une partie des habitants a été massacrée[^8].</p><p lang="fr-FR">Les jours suivants, plusieurs bâtiments sont venus de Saint-Jean d’Acre, avec des munitions de guerre et de bouche ; ils ont été pris dans le port ; ils ont été étonnés de voir la ville en notre pouvoir ; l’opinion était qu’elle nous arrêterait six mois.</p><p lang="fr-FR">Abd-Allah, général de Djezzar, a eu l’adresse de se cacher parmi les gens d’Égypte[^9] et de venir se jeter à mes pieds.</p><p lang="fr-FR">J’ai [r]envoyé à Damas et à Alep plus de 500 personnes de ces deux villes, ainsi que 4 à 500 personnes d’Égypte.</p><p lang="fr-FR">J’ai pardonné aux Mamelouks et aux kâchefs que j’ai pris à El-Arich ; j’ai pardonné à Omar-Makram, cheik du Caire[^10] ; j’ai été clément envers les Égyptiens, autant que je l’ai été envers le peuple de Jaffa, mais sévère envers la garnison, qui s’est laissé prendre les armes à la main.</p><p lang="fr-FR">Nous avons trouvé à Jaffa cinquante pièces de canon, dont trente formant l’équipage de campagne, de modèle européen, et des munitions ; plus de 400 000 rations de biscuit, 200 000 quintaux de riz et quelques magasins de savon.</p><p lang="fr-FR">Les corps du génie et de l’artillerie se sont distingués.</p><p lang="fr-FR">Le général Caffarelli, qui a dirigé ces sièges, qui a fait fortifier les différentes places de l’Égypte, est un officier recommandable par une activité, un courage et des talents rares.</p><p lang="fr-FR">Le chef de brigade du génie Sanson a commandé l’avant-garde qui a pris possession de Katieh, et a rendu, dans toutes les occasions, les plus grands services.</p><p lang="fr-FR">Le capitaine du génie Sabatier a été blessé au siège d’El-Arich.</p><p lang="fr-FR">Le citoyen Aymé[^11] est entré le premier dans Jaffa, par un vaste souterrain qui conduit dans l’intérieur de la place.</p><p lang="fr-FR">Le chef de brigade Songis, directeur du parc d’artillerie, n’est parvenu à conduire les pièces qu’avec de grandes peines, il a commandé la principale attaque de Jaffa.</p><p lang="fr-FR">Nous avons perdu le citoyen Lejeune, chef de la 22<sup>e</sup> d’infanterie légère, qui a été tué à la brèche. Cet officier a été vivement regretté de l’armée ; les soldats de son corps l’ont pleuré comme leur père. J’ai nommé à sa place le chef de bataillon Magny[^12], qui a été grièvement blessé. Ces différentes affaires nous ont coûté 50 hommes tués et 200 blessés.</p><p lang="fr-FR">L’armée de la République est maîtresse de toute la Palestine.[^13]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3> [^1]: Beauvoisins. [^2]: La division Kléber et la brigade de cavalerie Murat. [^3]: Khan-Younès. [^4]: Abdallah Aga, commandant en second du commandant de la place. [^5]: Darfour. [^6]: <span></span><a class="sdfootnotesym" href="#sdfootnote5126anc" name="sdfootnote5126sym">0</a> Netherwood, (mort en 1803), chef de bataillon d’origine suédoise, adjoint à l’État-Major général de l’armée d’Orient, il s’illustre à la prise de Jaffa et est nommé chef de brigade. Il sera premier aide de camp de Menou, général en chef. [^7]: Rambeaud [ou Rambaud], François, (1754-1799), adjudant général puis général de brigade à l’armée d’Orient, il est tué devant Saint-Jean d’Acre. [^8]: On remarque qu’ici, Bonaparte n’écrit pas que c’est lui qui a donné l’ordre (n° 4225), laissant entendre que l’exécution des prisonniers est liée au pillage de la ville. [^9]: Avant de faire exécuter les prisonniers de Jaffa, Bonaparte avait fait grâce à tous les égyptiens. [^10]: Syndic des chérifs, il s’était enfui avec Ibrahim-Bey après la bataille des Pyramides. [^11]: Aymé, Charles Jean Louis (1770-1852), capitaine puis chef de bataillon du génie à l’armée d’Orient, grièvement blessé au siège de Saint-Jean d’Acre. [^12]: Magnier. [^13]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 4035, d’après la collection Napoléon.</body>
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