| identifiant | CG2-4235.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1799/02/10 00:00 |
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| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 4235. - </b>Au Directoire exécutif[^1]</h1><p lang="fr-FR"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Le Caire, 22
pluviôse an VII [10 février 1799]</h2><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">Citoyens Directeurs, un bâtiment ragusin est entré
le 7 pluviôse dans le port d’Alexandrie ; il avait à bord les
citoyens Hamelin et Livron, propriétaires du chargement, consistant
en vin, vinaigre, draps, eau-de-vie, etc. Il m’a apporté une
lettre d’Ancône, du consul, en date du 11 brumaire ; elle ne me
donne point d’autres nouvelles que de me faire connaître que tout
était tranquille en Europe et en France. Il m’envoie la série des
journaux de Lugano, depuis le n<sup>o </sup>36 (3 septembre) jusqu’au
n<sup>o </sup>43 (22 octobre), et la série du <i>Courrier de l’armée
d’Italie,</i> qui s’imprime à Milan, depuis le n<sup>o </sup>219
(14 vendémiaire) jusqu’au n<sup>o</sup>230 (6 brumaire).</p><p lang="fr-FR">Le citoyen Hamelin est parti de Trieste le 24
octobre, a relâché à Ancône le 3 novembre, et est arrivé à
Navarin, en Morée[^2],
d’où il est parti le 28 nivôse. J’ai interrogé moi-même le
citoyen Hamelin, et il a déposé les faits ci-joints[^3].
Les nouvelles sont assez contradictoires. Depuis le 6 juillet je n’ai
pas reçu de nouvelles d’Europe.</p><p lang="fr-FR">Le 1<sup>er</sup> novembre, mon frère[^4]
est parti sur un aviso ; je lui avais donné ordre de se rendre à
Crotone[^5]
ou dans le golfe de Tarente ; j’imagine qu’il est arrivé.</p><p lang="fr-FR">L’ordonnateur Sucy est parti le 26 frimaire.</p><p lang="fr-FR">Je vous ai expédié plus de 60 bâtiments de toutes
les nations, et par toutes les voies ; ainsi vous devez être bien au
fait de notre position ici.</p><p lang="fr-FR">Nous avons appris par Suez que six frégates
françaises, qui croisaient à l’embouchure de la mer Rouge,
avaient fait pour plus de 20 millions de prises aux Anglais.</p><p lang="fr-FR">Je fais construire dans ce moment-ci une corvette à
Suez, et j’ai une flottille de quatre avisos qui navigue dans la
mer Rouge[^6].</p><p lang="fr-FR">Les Anglais ont obtenu de la Porte que Djezzar-Pacha
aurait, outre son pachalik d’Acre, celui de Damas. Ibrahim-Pacha,
Abd-Allah-Pacha et d’autres pachas sont à Gaza, et menacent
l’Égypte d’une invasion. Je pars dans une heure pour aller les
trouver. Il faut passer neuf jours de désert sans eau ni herbe. J’ai
ramassé une quantité assez considérable de chameaux, et j’espère
que je ne manquerai de rien. Quand vous lirez cette lettre, il serait
possible que je fusse sur les ruines de la ville de Salomon[^7].</p><p lang="fr-FR">Djezzar-Pacha, vieillard de soixante et dix ans[^8],
est un homme féroce qui a contre les Français une haine démesurée.
Il a répondu avec dédain aux ouvertures amicales que je lui ai fait
faire plusieurs fois.</p><p lang="fr-FR">J’ai, dans l’opération que j’entreprends,
trois buts :</p><p lang="fr-FR">1<sup>o</sup> Assurer la conquête de l’Égypte en
construisant une place forte au-delà du désert, et, dès lors,
éloigner tellement les armées, de quelque nation que ce soit, de
l’Égypte, qu’elles ne puissent rien combiner avec une armée
européenne qui viendrait débarquer sur les côtes ;</p><p lang="fr-FR">2<sup>o</sup> Obliger la Porte à s’expliquer, et,
par-là, appuyer les négociations que vous avez sans doute entamées,
et l’envoi que je fais à Constantinople, sur la caravelle turque,
du consul Beauchamp ;</p><p lang="fr-FR">3<sup>o</sup> Enfin ôter à la croisière anglaise
les subsistances qu’elle tire de Syrie, en employant les deux mois
d’hiver qui me restent à me rendre, par la guerre et par des
négociations, toute cette côte amie.</p><p lang="fr-FR">Je me fais accompagner, dans cette course, du mollah,
qui est, après le mufti de Constantinople, l’homme le plus révéré
de l’empire musulman ; des cheiks des quatre principales sectes, de
l’émir-hadji ou prince des pèlerins[^9].</p><p lang="fr-FR">Le Ramazân, qui a commencé hier, a été célébré
de ma part avec la plus grande pompe ; j’ai rempli les mêmes
fonctions que remplissait autrefois le pacha.</p><p lang="fr-FR">Le général Desaix est à plus de 160 lieues du
Caire, près des Cataractes ; il fait des fouilles sur les ruines de
Thèbes. J’attends à chaque instant les détails officiels d’un
combat qu’il aurait eu contre les Mamelouks, où Mourad-Bey aurait
été tué et cinq à six beys prisonniers[^10].</p><p lang="fr-FR">L’adjudant général Boyer a découvert dans le
désert, du côté du Fayoum, des ruines qu’aucun Européen n’avait
encore vues[^11].</p><p lang="fr-FR">Le général Andréossy et le citoyen Berthollet sont
de retour de la tournée qu’ils ont faite aux lacs de natron et aux
couvents coptes[^12].
Ils ont fait des découvertes extrêmement intéressantes. Ils ont
découvert d’excellent natron, que l’ignorance des exploitants
empêchait de découvrir. Cette branche de commerce de l’Égypte
deviendra par là encore plus importante.</p><p lang="fr-FR">Par le premier courrier, je vous enverrai le
nivellement du canal de Suez, dont les vestiges se sont parfaitement
conservés.</p><p lang="fr-FR">Il est nécessaire que vous fassiez passer des armes,
et que vos opérations militaires et diplomatiques soient combinées
de manière que nous recevions des secours. Les événements de la
guerre et les événements naturels font mourir du monde.</p><p lang="fr-FR">Une maladie contagieuse[^13]
s’est déclarée depuis deux mois à Alexandrie ; 200 hommes en ont
été victimes. Nous avons pris des mesures pour qu’elle ne
s’étende point ; nous la vaincrons.</p><p lang="fr-FR">Nous avons eu bien des ennemis à vaincre dans cette
expédition : désert, habitants du pays, Arabes, Mamelouks, Russes,
Turcs, Anglais.</p><p lang="fr-FR">Si, dans le courant de mars, le rapport du citoyen
Hamelin se confirme et que la France soit en armes contre les rois,
je passerai en France[^14].</p><p lang="fr-FR">Je ne me permets, dans cette lettre, aucune réflexion
sur la position des affaires de la République, puisque, depuis dix
mois, je n’ai plus aucune nouvelle. Nous avons tous une confiance
entière dans la sagesse et la vigueur des déterminations que vous
prendrez.[^15]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3>
[^1]: <span></span> Cette dépêche et celle du 5 février au Directoire sera acheminée en France par le courrier Dufillon. Parti du Caire le 22 février, il sortira d’Alexandrie le 6 mars sur la bombarde <i>le</i><i>Saint-Jean-Baptiste</i> et arrivera à Paris le 12 avril.
[^2]: Péloponnèse.
[^3]: <span></span> Les questions de Bonaparte et les réponses d’Hamelin ont été publiées dans la<i> Correspondance</i>, sous le n<sup>o</sup> 3944<i>.</i>
[^4]: Louis.
[^5]: Au sud de l’Italie.
[^6]: Il n’en a plus que trois, celui transportant Collot ayant explosé devant Kosseir.
[^7]: Megido.
[^8]: Il est né en 1735.
[^9]: Mustapha-Bey.
[^10]: Le 22 janvier, Desaix a bien battu Mourad à Samhoud, mais le chef mamelouk n’a pas été tué.
[^11]: <span></span> Peut-être les ruines de Karanis, cité datant du III<sup>e</sup> siècle avant Jésus-Christ.
[^12]: Les couvents coptes dits des Grecs, des Syriens, d’Amba-Bichoï et de Saint-Macaire.
[^13]: Bonaparte hésite-t-il a utiliser le mot « peste » ?
[^14]: Cette phrase et quelques autres étaient chiffrées.
[^15]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 3952, d’après le dépôt de la Guerre.</body> |
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