CG2-4234.md

identifiantCG2-4234.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1799/02/10 00:00
titreNapoléon au général Desaix, commandant l’expédition en Haute-Égypte
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 4234. - </b>Au général Desaix, commandant l’expédition en Haute-Égypte</h1><p lang="fr-FR" style="text-align: center"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Le Caire, 22 pluviôse an VII [10 février 1799]</h2><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">Je suis fort impatient de recevoir de vos nouvelles, quoique la voix publique nous apprenne que vous avez battu les Mamelouks et que vous en avez détruit un grand nombre[^1].</p><p lang="fr-FR">Les généraux Kléber et Reynier sont à El-Arich[^2] ; je pars à l’instant même pour m’y rendre. Mon projet est de pousser Ibrahim-Bey au delà des confins de l’Égypte et de dissiper les rassemblements de pachas qui se sont faits à Gaza.</p><p lang="fr-FR">Écrivez-moi par le Caire et en m’envoyant des Arabes droit à El-Arich.</p><p lang="fr-FR">Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti le 12 de ce mois, avec un très bon vent, de Suez, avec quatre chaloupes canonnières portant 80 hommes de débarquement, pour se rendre à Kosseir[^3] ; on m’écrit de Suez qu’à en juger par le temps qu’il a fait il doit y être arrivé le 16. Écrivez-lui par des Arabes et procurez-vous tous les secours que vous pourrez.</p><p lang="fr-FR">Les citoyens Hamelin et Livron[^4] sont arrivés le 7 pluviôse à Alexandrie. Ils étaient partis le 24 octobre de Trieste, le 3 novembre[^5] d’Ancône, et le 28 nivôse de Navarin, en Morée, où ils sont restés mouillés fort longtemps. Ils sont venus sur un bâtiment chargé de vin, d’eau-de-vie et de draps. À leur départ d’Europe, tout était parfaitement tranquille en France. Le congrès de Rastadt durait toujours. Le corps législatif paraissait avoir repris un peu plus de dignité et de considération, et avoir dans les affaires un peu plus d’influence que lorsque nous sommes partis. On avait fait une loi pour le recrutement de l’armée. Tous les jeunes gens, depuis dix-huit à trente ans, avaient été divisés en cinq conscriptions militaires.</p><p lang="fr-FR">Voulant activer les négociations de Rastadt, on avait envoyé Jourdan commander l’armée du Rhin, Joubert celle d’Italie, et on avait demandé dans la première conscription 200 000 hommes ; cela paraissait s’effectuer.</p><p lang="fr-FR">Presque tous les avisos que j’avais envoyés en France étaient arrivés[^6].</p><p lang="fr-FR">On avait appris en Europe la prise d’Alexandrie un mois avant la bataille des Pyramides, et la bataille des Pyramides dix jours avant le combat d’Aboukir.</p><p lang="fr-FR">Le vaisseau <i>Le Généreux,</i> qui s’était retiré à Corfou, a pris, en différentes occasions, deux frégates anglaises et le vaisseau <i>Le Leander,</i> de 64 ; ce dernier s’est battu quatre heures[^7].</p><p lang="fr-FR">Au 3 novembre, <i>La Cisalpine</i> et deux autres avisos que j’avais expédiés étaient en rade à Ancône, attendant à chaque instant le retour de leur courrier, pour remettre à la voile et revenir ici.</p><p lang="fr-FR">Une escadre russe bloquait Corfou. Les habitants s’étaient réunis à la garnison, forte de 4 000 hommes. Le blocus n’a pas empêché la frégate <i>La Brune</i> d’y entrer le 20 novembre. L’ancien ministre Pleville est à Corfou, où il cherche à réunir les restes de notre marine. Descorches est parti, le 15 octobre (sic), pour Constantinople, comme ambassadeur extraordinaire.</p><p lang="fr-FR">Dès l’instant que l’on a su à Londres que toute notre armée avait débarqué en Égypte, il y a eu en Angleterre une espèce de délire.</p><p lang="fr-FR">Nos dignes alliés les Espagnols avaient 24 vaisseaux dans le port de Cadix ; ils se laissaient bloquer par 16 vaisseaux.</p><p lang="fr-FR">L’Angleterre a déclaré la guerre à toutes les républiques italiennes.</p><p lang="fr-FR">Le général Humbert, que vous connaissez bien, a eu la bonté de doubler l’Écosse et de débarquer avec 2 ou 300 hommes en Irlande. Après avoir obtenu quelques avantages, il s’est laissé investir et a été fait prisonnier. L’adjudant général Sarrazin[^8] était avec lui. Il me fâche de voir dans une opération aussi ridicule le brave 3<sup>e</sup> régiment de chasseurs. L’escadre de Brest était très belle.</p><p lang="fr-FR">Les Anglais bloquent Malte ; mais plusieurs bâtiments chargés de vivres y étaient déjà entrés.</p><p lang="fr-FR">On était très indisposé à Paris contre le roi de Naples[^9].</p><p lang="fr-FR">Ne donnez pas de relâche aux Mamelouks ; détruisez-en le plus que vous pourrez et par tous les moyens possibles.</p><p lang="fr-FR">Faites construire un petit fort capable de contenir 2 ou 300 hommes, et un plus grand nombre dans l’occasion, dans l’endroit le plus favorable que vous pourrez. Il faut le choisir près de pays fertiles.</p><p lang="fr-FR">Le but de ce fort serait de pouvoir réunir là nos magasins et nos bâtiments armés, afin que, dans le mois de mai ou juin, votre division devenant nécessaire ailleurs, on puisse laisser un général avec quatre ou cinq djermes armées, qui, de là, tiendra en respect une partie de la Haute-Égypte. Il y aura des fours et des magasins, de sorte que quelques bataillons de renfort le mettraient dans le cas de soumettre les villages qui se seraient révoltés, ou de chasser les Mamelouks qui seraient revenus. Sans cela, vous sentez que, si votre division est nécessaire ailleurs, 100 Mamelouks peuvent revenir et s’emparer de toute la Haute-Égypte ; ce qui n’arrivera pas si les habitants voient toujours des troupes françaises, et dès lors peuvent penser que votre division n’est absente que momentanément. Je désirerais, si cela est possible, que ce fort fût à même de pouvoir correspondre facilement avec Kosseir.</p><p lang="fr-FR">Je fais construire, dans ce moment-ci, deux corvettes à Suez, qui porteront chacune douze pièces de canon de 6.</p><p lang="fr-FR">Mettez la main le plus tôt possible à la construction de votre fort ; prenez sur vos barques armées le nombre de pièces de canon nécessaire pour armer ce fort. Je désire, si cela est possible, qu’il soit construit en pierre.[^10]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3> [^1]: Bataille de Samhoud et combats de moindre importance qui l’ont précédée ou suivie. [^2]: Kléber est toujours à Katieh et y restera jusqu’au 11 février. Reynier n’a pu quitter Katieh que le 6 février (au lieu du 5) ; son avant-garde a atteint El-Arich dans la nuit du 9 au 10 février. [^3]: Au moment où Bonaparte écrit cette lettre, l’expédition de Collot s’est soldée par un échec. [^4]: Livron, Pierre Gaston Henry (1770-1831). [^5]: Remarquons que Bonaparte utilise tantôt le calendrier révolutionnaire, tantôt le calendrier grégorien. [^6]: <span></span> Exagération : sur une soixantaine de bateaux envoyés, seuls le corsaire <i>La Cisalpine</i>, deux tartanes livournaises, l’aviso <i>Le Vif</i> (avec à son bord Louis Bonaparte) et la tartane <i>L</i><i>a Nativité</i> ont réussi à percer le blocus. [^7]: <span></span><i>Le</i><i> Généreux</i>, séparé du reste de la division de Villeneuve a fait voile pour les îles Ioniennes. Il n’a pris en route (18 août) qu’un seul navire anglais, <i>Le Leander</i>. [^8]: Jean Sarrazin (1770-1848) a servi en Italie sous Bonaparte. [^9]: Ces nouvelles d’Europe sont comparables à celles données à Kléber, le 5 février (n° 4208). [^10]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 3953, d’après expédition communiquée par M Pauthier.</body>