| identifiant | CG2-4230.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1799/02/09 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Dugua |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 4230. - </b>Au général Dugua[^1]</h1><p lang="fr-FR"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Le Caire, 21
pluviôse an VII [9 février 1799]</h2><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">Vous prendrez, citoyen général, le commandement de
la province du Caire[^2].</p><p lang="fr-FR">Les dépôts des divisions Bon et Reynier gardent la
citadelle avec deux compagnies de vétérans.</p><p lang="fr-FR">Il y a à la citadelle des approvisionnements de
réserve pour nourrir cinq à six mois la garnison et l’hôpital
qui s’y trouvent.</p><p lang="fr-FR">Il y a au fort Dupuy un détachement de la division
maltaise et de canonniers.</p><p lang="fr-FR">Le fort Sulkowski est gardé par le dépôt du 7<sup>e</sup>
[bis] de hussards et du 22<sup>e</sup> de chasseurs.</p><p lang="fr-FR">Le fort Camin est gardé par un détachement du 14<sup>e</sup>
de dragons.</p><p lang="fr-FR">La tour du fort de l’Institut est gardée par un
détachement des dépôts de la division Lannes, ainsi que le fort de
la Prise d’eau et de la maison d’Ibrahim-Bey ; dans cette
dernière est notre grand hôpital.</p><p lang="fr-FR">Tous nos établissements d’artillerie sont à
Gizeh, ainsi que les dépôts de la division du général Desaix.</p><p lang="fr-FR">Tous les Français sont logés autour de la place
Esbekieh. J’y laisse un bataillon de la 69<sup>e</sup> de ligne, un
de la 4<sup>e</sup> d’infanterie légère et un de la 32<sup>e</sup>
de ligne</p><p lang="fr-FR">Le bataillon de la 4<sup>e</sup> partira le 24 ; une
compagnie de canonniers marins, le 27 ; et le bataillon de la 32<sup>e</sup>,
le 30 pluviôse. J’ai désigné le 30 pour le départ de ce
bataillon, parce que je suppose que le général Menou sera arrivé à
cette époque avec la légion nautique. Si elle n’était pas
arrivée, vous garderez ce bataillon jusqu’à son arrivée, et,
dans ce cas, vous ferez escorter le trésor qu’on doit envoyer à
l’armée par un détachement qui ira jusqu’à Belbeis.</p><p lang="fr-FR">Je laisse à Boulak tous les dépôts de dragons, ce
qui, avec les dépôts des régiments de cavalerie légère, forme
près de 300 hommes. Il leur reste à tous quelques chevaux ; il en
arrive d’ailleurs journellement que vous leur ferez distribuer.</p><p lang="fr-FR">La première opération que vous aurez à faire est
de réunir chez vous les commandants des différents dépôts, de
passer la revue de leurs magasins et de prendre toutes les mesures
afin que chacun de ces régiments puisse, en cas d’alerte, monter
tant bien que mal un certain nombre de chevaux. Ce sont
principalement les selles qui manquent. Il y a à Boulak un atelier,
qui a déjà reçu 6 000 francs d’avance, et qui doit en
fournir 400, à 300 par décade. Vous ne recevrez que des selles très
bonnes, puisqu’on les paye très cher. Le 14<sup>e</sup> de dragons
a 200 selles qui sont en quarantaine à Rosette depuis vingt-cinq
jours, et qui doivent être ici avant la fin du mois.</p><p lang="fr-FR">On doit monter à Gizeh au moins cinq à six sabres
par jour. Vous les ferez donner, à mesure, aux dépôts de cavalerie
qui en ont le plus besoin. Vous passerez une réforme des chevaux, et
je vous autorise à faire vendre, au profit des masses des régiments
de cavalerie, tous les chevaux hors d’état de servir.</p><p lang="fr-FR">Il y a dans la province du Caire cinq tribus
principales d’Arabes : les Bily : c’est la plus nombreuse, elle
est en paix avec nous, elle a, dans ce moment-ci, son chef et plus de
200 chameaux à l’armée ; les Saouâlhat : nous sommes en paix
avec eux ; les fils de ses deux principaux cheiks sont en otage chez
Zoulfikar[^3],
commissaire près le divan ; les Terrabin : nous sommes en paix avec
eux ; ils ont leurs cheiks et presque tous leurs chameaux dans les
convois de l’armée ; enfin les Haouytât et les Aydy, qui sont nos
ennemis : nous avons brûlé leurs villages, détruit leurs troupeaux
; ils sont dans le fond du désert ; mais ils pourront revenir faire
des brigandages aux environs du Caire. Il faut que les forts Camin,
Sulkowski et Dupuy leur tirent des coups de canon, quand ils
s’approchent trop.</p><p lang="fr-FR">Il faut avoir toujours un bâtiment armé, embossé
plus bas que la ville, près du rivage, de manière à pouvoir tirer
dans la plaine.</p><p lang="fr-FR">Il faut, de temps en temps, envoyer 100 hommes à
Kelioub avec une petite pièce de canon, tant pour lever le miri que
pour connaître si ces Arabes sont retournés, et pouvoir les
investir et surprendre leur camp. Il faut aussi, de temps en temps,
réunir une centaine d’hommes à Gizeh, faire une tournée, dans le
nord surtout de la province, lever le miri et donner la chasse aux
Arabes. Je désirerais que, dès que le général Leclerc sera arrivé
à Gizeh[^4],
vous l’envoyassiez, avec 100 hommes de Gizeh et 50 de la garnison
du Caire, faire dans le nord de sa province une tournée de cinq à
six jours. Vous régleriez sa marche de manière à être instruit
tous les jours où il se trouverait, afin de pouvoir le rappeler, si
les circonstances l’exigeaient.</p><p lang="fr-FR">Le divan du Caire a une influence réelle dans la
ville et est composé d’hommes bien intentionnés. Il faut le
traiter avec beaucoup d’égards et avoir une confiance particulière
dans le commissaire Zoulfikar et dans le cheik El-Mohdi[^5].</p><p lang="fr-FR">L’intendant général copte[^6],
le chef des marchands de Damas, Mikhayl[^7],
que vous pourrez consulter secrètement, lorsque vous aurez quelque
inquiétude, pourront vous donner des renseignements sur ce qui se
passerait dans la ville.</p><p lang="fr-FR">S’il y avait du trouble dans la ville, il faudrait
vous adresser au petit divan, réunir même le divan général : ils
réussiront à tout concilier, en leur témoignant de la confiance ;
enfin prendre toujours ses mesures de sûreté, telles que consigner
la troupe, redoubler les gardes du quartier français, y placer
quelques petites pièces de canon, mais n’arriver à faire
bombarder la ville par le fort Dupuy et la citadelle qu’à la
dernière extrémité ; vous sentez le mauvais effet que doit
produire une telle mesure sur l’Égypte et tout l’Orient.</p><p lang="fr-FR">S’il arrivait des événements imprévus à
Alexandrie ou à Damiette, vous y feriez marcher le général
Lanusse, et même le général Fugière.</p><p lang="fr-FR">Si vous veniez à craindre quelque chose de la
populace du Caire, vous feriez venir le général Lanusse, de Menouf.
Il viendrait sur l’une et l’autre rive, et son arrivée ferait
beaucoup d’effet dans la ville.</p><p lang="fr-FR">J’ai donné des fonds au génie, à l’artillerie
et à l’ordonnateur[^8],
pour tout le mois de ventôse.</p><p lang="fr-FR">Vous correspondrez avec moi par des Arabes et par
tous les convois qui partiront.</p><p lang="fr-FR">Quels que soient les événements qui se passent dans
la province de Charkieh, 25 hommes, partant de nuit, arriveront
toujours à Birket-el-Haggi, à Belbeis et à Salheyeh.</p><p lang="fr-FR">Le commandant des armes à Boulak[^9]
vous remettra l’état des bâtiments armés que nous avons sur le
Nil. Il est nécessaire que ces bâtiments fassent un service de plus
en plus actif.</p><p lang="fr-FR">Le payeur[^10]
a ordre de tenir à votre disposition 2 000 francs par décade,
pour payer les courriers que vous m’expédierez.</p><p lang="fr-FR">Le directeur du parc de Gizeh[^11]
doit envoyer, le 24, une pièce de 8 au général Fugière : veillez,
je vous prie, à ce qu’elle parte ; vous sentez combien il est
nécessaire qu’il la reçoive ; il n’a que 200 hommes sans
canons.[^12]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3>
[^1]: Kléber ayant repris le commandement de sa division, Dugua a rejoint le Caire fin janvier.
[^2]: Menou a reçu l’ordre de prendre ce commandement le 18 janvier, mais, Bonaparte s’est résigné à ne pas voir paraître l’intéressé. Il confie ce commandement à Dugua, malgré le désir de celui-ci de retourner en France.
[^3]: Commissaire musulman près le divan du Caire.
[^4]: Leclerc d’Ostein quitte ainsi le commandement de la province de Kelioub, rattachée à celle du Caire, pour prendre celui de la province de Gizeh (ordre du jour publié le 9 février).
[^5]: Secrétaire général du divan.
[^6]: Girgès-el-Gouhary.
[^7]: Mickhâel Kehhyl, membre du divan.
[^8]: Respectivement, Caffarelli du Falga, Dommartin et Daure.
[^9]: Rouvier.
[^10]: Estève.
[^11]: Songis.
[^12]: Expédition, S. H. D., Guerre, 17 C 101, fol. 109.</body> |
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