| identifiant | CG2-3554.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1798/10/27 00:00 |
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| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 3554. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p lang="fr-FR"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Le Caire, 6
brumaire an VII [27 octobre 1798]</h2><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">Le 30 vendémiaire, à la pointe du jour, il se
manifesta quelques rassemblements dans la ville du Caire.</p><p lang="fr-FR">À sept heures du matin, une population nombreuse
s’assembla à la porte du cadi Ibrahim-Ekhtem-Effendi, homme
respectable par son caractère et ses mœurs. Une députation de
vingt personnes des plus marquantes se rendit chez lui et l’obligea
à monter à cheval, pour tous ensemble se rendre chez moi. On
partait, lorsqu’un homme de bon sens observa au cadi que le
rassemblement était trop nombreux et trop mal composé pour des
hommes qui ne voulaient que présenter une pétition. Il fut frappé
de l’observation, descendit de cheval et rentra chez lui. La
populace, mécontente, tomba sur lui et sur ses gens à coups de
pierres et de bâton, et ne manqua pas cette occasion pour piller sa
maison.</p><p lang="fr-FR">Le général Dupuy, commandant la place, arriva sur
ces entrefaites ; toutes les rues étaient obstruées.</p><p lang="fr-FR">Un chef de bataillon turc[^1],
attaché à la police, qui venait deux cents pas derrière, voyant le
tumulte et l’impossibilité de le faire cesser par la douceur, tira
un coup de tromblon. La populace devint furieuse ; le général Dupuy
la chargea avec son escorte, culbuta tout ce qui était devant lui,
s’ouvrit un passage. Il reçut sous l’aisselle un coup de lance
qui lui coupa l’artère ; il ne vécut que huit minutes[^2].</p><p lang="fr-FR">Le général Bon prit le commandement. Les coups de
canon d’alarme furent tirés, la fusillade s’engagea dans toutes
les rues ; la populace se mit à piller les maisons des riches. Sur
le soir, toute la ville se trouva à peu près tranquille, hormis le
quartier de la grande mosquée, où se tenait le conseil des
révoltés, qui en avaient barricadé les avenues.</p><p lang="fr-FR">À minuit, le général Dommartin se rendit, avec
quatre bouches à feu, sur une hauteur, entre la citadelle et
El-Qobbet, qui domine à cent cinquante toises la grande mosquée.
Les Arabes et les paysans marchaient pour secourir les révoltés. Le
général Lannes fit attaquer par le général Veaux 4 à 5 000
paysans, qui se sauvèrent plus vite qu’il n’aurait voulu.
Beaucoup se noyèrent dans l’inondation.</p><p lang="fr-FR">À huit heures du matin, j’envoyai le général
Dumas, avec de la cavalerie, battre la plaine. Il chassa les Arabes
au-delà d’El-Qobbet.</p><p lang="fr-FR">À deux heures après midi, tout était tranquille
hors des murs de la ville.</p><p lang="fr-FR">Le divan, les principaux cheiks, les docteurs de la
loi s’étant présentés aux barricades du quartier de la grande
mosquée[^3],
les révoltés leur en refusèrent l’entrée ; on les accueillit à
coups de fusil.</p><p lang="fr-FR">Je leur fis répondre à quatre heures par les
batteries de mortiers de la citadelle et les batteries d’obusiers
du général Dommartin. En moins de vingt minutes de bombardement,
les barricades furent levées, le quartier évacué, la mosquée
entre les mains de nos troupes, et la tranquillité fut parfaitement
rétablie.</p><p lang="fr-FR">On évalue la perte des révoltés de 2 000 à 2 500
hommes ; la nôtre se monte à 16 hommes tués en combattant, un
convoi de 21 malades[^4],
revenant de l’armée, égorgés dans une rue, et à 20 hommes de
différents corps et de différents états.</p><p lang="fr-FR">L’armée sent vivement la perte du général Dupuy,
que les hasards de la guerre avaient respecté dans cent occasions.</p><p lang="fr-FR">Mon aide de camp Sulkowski, allant, à la pointe du
jour, le 1<sup>er</sup> brumaire, reconnaître les mouvements qui se
manifestaient hors de la ville, a été, à son retour, attaqué par
toute la populace d’un faubourg ; son cheval ayant glissé, il a
été assommé. Les blessures qu’il avait reçues au combat de
Salheyeh n’étaient pas encore cicatrisées. C’était un officier
des plus grandes espérances[^5].[^6]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3>
[^1]: Barthélemy [Bartolomeo Serra], dit « Le Grec » (1759-1813), chef d’un bataillon turc, composé de Mamelouks ralliés, de l’armée d’Orient. Il est réputé pour sa cruauté dans ses opérations de police. C’est lui qui règlera l’exécution « spectaculaire » de l’assassin de Kléber.
[^2]: Transporté chez Junot, il meurt au bout de quelques minutes dans les bras du chirurgien Larrey.
[^3]: El-Azhar.
[^4]: Le convoi de malades de la division Reynier arrivait de Belbeis.
[^5]: <span></span> De l’escorte qui accompagnait Sulkowski, seuls quatre des quinze guides à cheval ont échappé au massacre. Des détails macabres seront donnés sur les circonstances de la mort de Sulkowski, à la parution des <i>Mémoires</i> du général Desvernois (Tanera, 1858, et Plon, 1898). Celui-ci accusera les habitants d’avoir volontairement fait manger les restes de Sulkowski par leurs chiens (Dans ses <i>Mémoires</i> (encore inédits), Antoine Pierre Demory (1758-1842), chef de division des équipages d’artillerie, nuance l’accusation : « Son corps et celui des malheureux Français qui périrent en cette occasion furent dévorés par les chiens, au point qu’ils étaient méconnaissables. »
[^6]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 3538, d'après le dépôt de la Guerre.</body> |
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