| identifiant | CG2-3476.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1798/10/17 00:00 |
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| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 3476. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p lang="fr-FR"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Le Caire, 26
vendémiaire an VII [17 octobre 1798]</h2><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">Citoyens directeurs, je vous fais passer le détail
de quelques combats qui ont eu lieu à différentes époques et en
différents lieux contre les Mamelouks, diverses tribus d’Arabes et
quelques villages révoltés.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">COMBAT DE GAMREÏN.</p><p lang="fr-FR">Le général de brigade Fugière, avec un bataillon
de la 18<sup>e</sup> demi-brigade de ligne, est arrivé à Menouf,
dans le Delta, le 28 thermidor[^1],
pour se rendre à Mehallet-el-Kebir, capitale de la province de
Garbieh. Le village de Gamreïn lui refusa le passage. Après une
heure de combat, il repoussa les ennemis dans le village, les
investit, les força, en tua 200 et s’empara du village. Il perdit
trois hommes et eut quelques blessés. Le citoyen Cheynet[^2],
sous-lieutenant à la 18<sup>e</sup>, s’est distingué.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">COMBAT DE GEMALIEH.</p><p lang="fr-FR">Le général Dugua envoya, le 1<sup>er</sup>
complémentaire[^3]
le général Damas[^4],
avec un bataillon de la 75<sup>e </sup>de ligne, reconnaître le
canal d’Achmoun et soumettre les villages qui refusaient
obéissance. Arrivé au village de Gemalieh, un parti d’Arabes,
réuni aux fellahs ou habitants, attaqua nos troupes. Les
dispositions furent bientôt faites et les ennemis repoussés. Le
chef de bataillon du génie Cazals s’est spécialement distingué.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">COMBAT DE MIT-GAMAR.</p><p lang="fr-FR">Les Arabes de Derne occupaient le village de Dondeyt
; environnés de tous côtés par l’inondation, ils se croyaient
inexpugnables et infestaient le Nil par leurs pirateries et leurs
brigandages. Les généraux de brigade Murat et Lanusse eurent
l’ordre d’y marcher, et arrivèrent le 7 vendémiaire[^5].
Les Arabes furent dispersés après une légère fusillade. Nos
troupes les suivirent pendant cinq lieues, ayant de l’eau jusqu’à
la ceinture.</p><p lang="fr-FR">Leurs troupeaux, chameaux et effets sont tombés en
notre pouvoir. Plus de 200 de ces misérables ont été tués ou
noyés. Le citoyen Netherwood[^6],
adjoint à l’état-major, s’est distingué dans ce combat.</p><p lang="fr-FR">Les Arabes sont à l’Égypte ce que les Barbets
sont au comté de Nice[^7],
avec cette grande différence, qu’au lieu de vivre dans les
montagnes, ils sont tous à cheval et vivent au milieu des déserts.
Ils pillent également les Turcs, les Égyptiens et les Européens.
Leur férocité est égale à la vie misérable qu’ils mènent,
exposés des jours entiers, dans des sables brûlants, à l’ardeur
du soleil, sans eau pour s’abreuver. Ils sont sans pitié et sans
foi. C’est le spectacle de l’homme sauvage le plus hideux qu’il
soit possible de se figurer.</p><p lang="fr-FR">Le général Desaix est parti du Caire le 8
fructidor[^8],
pour se rendre dans la Haute-Égypte avec une flottille de deux
demi-galères et six avisos. Il a remonté le Nil et est arrivé à
Beni-Souef le 14 fructidor. Il mit pied à terre et se porta par une
marche forcée à Behneseh, sur le canal de Joseph. Mourad-Bey évacua
à son approche. Le général Desaix prit quatorze barques chargées
de bagages, de tentes, et quatre pièces de canon.</p><p lang="fr-FR">Il rejoignit le Nil le 21 fructidor[^9],
et arriva à Siout le 29 fructidor, se trouvant alors à plus de cent
lieues du Caire, poussant devant lui la flottille des beys, qui se
réfugia du côté de la cataracte[^10].</p><p lang="fr-FR">Le 5<sup>e</sup> jour complémentaire, il retourna à
l’embouchure du canal de Joseph. Après une navigation difficile et
pénible, il arriva le 12 vendémiaire[^11]
à Behneseh.</p><p lang="fr-FR">Les 14 et 15, il y eut diverses escarmouches qui
préludèrent à la journée de Sediman.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">BATAILLE DE SEDIMAN</p><p lang="fr-FR">Le 16, à la pointe du jour, la division du général
Desaix se mit en marche et se trouva bientôt en présence de l’armée
de Mourad-Bey, forte de 5 à 6 000 chevaux, la plus grande partie
arabes, et un corps d’infanterie qui gardait les retranchements de
Sédiman, où il avait quatre pièces de canon.</p><p lang="fr-FR">Le général Desaix forma sa division, toute composée
d’infanterie, en bataillon carré, qu’il fit éclairer par deux
petits carrés de 200 hommes chacun.</p><p lang="fr-FR">Les Mamelouks, après avoir longtemps hésité, se
décidèrent et chargèrent avec d’horribles cris et la plus grande
valeur le petit peloton de droite que commandait le capitaine de la
21<sup>e</sup> légère, Vallet[^12].
Dans le même temps, ils chargèrent la queue du carré de la
division, où était la 88<sup>e </sup>de ligne, bonne et intrépide
demi-brigade.</p><p lang="fr-FR">Les ennemis furent reçus partout avec le même
sang-froid. Les chasseurs de la 21<sup>e</sup> ne tirèrent qu’à
dix pas et croisèrent leurs baïonnettes.</p><p lang="fr-FR">Les braves de cette intrépide cavalerie vinrent
mourir dans le rang, après avoir jeté masses et haches d’armes,
fusils, pistolets, à la tête de nos gens. Quelques-uns, ayant eu
leurs chevaux tués, se glissèrent, le ventre contre terre, pour
passer sous les baïonnettes et couper les jambes de nos soldats :
tout fut inutile ; ils durent fuir. Nos troupes s’avancèrent sur
Sédiman malgré quatre pièces de canon, dont le feu était d’autant
plus dangereux que notre ordre était profond. Mais le pas de charge
fut comme l’éclair, et les retranchements, les canons et les
bagages nous restèrent.</p><p lang="fr-FR">Mourad-Bey a eu trois beys tués, deux blessés et
400 hommes d’élite sur le champ de bataille. Notre perte se monte
à 36 hommes tués et 90 blessés.</p><p lang="fr-FR">Ici, comme à la bataille des Pyramides, les soldats
ont fait un butin considérable. Pas un Mamelouk sur lequel on n’ait
trouvé 4 ou 500 louis.</p><p lang="fr-FR">Le citoyen Conroux, chef de la 61<sup>e</sup>, a été
blessé ; les citoyens Rapp[^13],
aide de camp du général Desaix ; Vallet[^14]
et Sacrost, capitaines de la 21<sup>e</sup> ; Sainneville[^15],
de la 61<sup>e</sup> ; Jérôme[^16],
sergent de la 88<sup>e</sup>, se sont particulièrement distingués.</p><p lang="fr-FR">Le général Friant a soutenu, dans cette journée,
la réputation qu’il avait acquise en Italie et en Allemagne.</p><p lang="fr-FR">Je vous demande le grade de général de brigade pour
le citoyen Robin[^17],
chef de la 21<sup>e</sup> demi-brigade légère. J’ai avancé les
différents officiers et soldats qui se sont distingués ; je vous en
enverrai l’état par la première occasion.[^18]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3><p lang="fr-FR"><br/>
</p>
[^1]: 15 août.
[^2]: <span></span> Cheynet, Louis Raymond (mort en 1805), sous-lieutenant, lieutenant puis capitaine à la 18<sup>e</sup> demi-brigade de l’armée d’Orient, il rentrera en Europe et mourra des suites des blessures reçues à Austerlitz.
[^3]: 17 septembre.
[^4]: <span></span> Les éditeurs de la <i>Correspondance</i> ont commis une confusion en attribuant cette victoire au général Dumas. L’opération fut menée par le général Damas.
[^5]: 28 septembre.
[^6]: Netherwood, (mort en 1803), chef de bataillon d’origine suédoise, adjoint à l’État-Major général de l’armée d’Orient, il s’illustre à la prise de Jaffa et est nommé chef de brigade. Il sera premier aide de camp de Menou, général en chef.
[^7]: Ces « brigands » hostiles aux Français avaient harcelé les arrières de l’armée de Bonaparte pendant toute la campagne d’Italie.
[^8]: 25 août.
[^9]: 7 septembre.
[^10]: Assouan.
[^11]: 3 octobre.
[^12]: <span></span> Vallet, Jean-Baptiste Gatien (1768-1835), engagé dans la garde nationale (1790), lieutenant puis capitaine (1792), il sert à la 21<sup>e</sup> demi-brigade légère de l’armée d’Orient.
[^13]: Rapp est nommé chef d’escadron à l’issue de la bataille.
[^14]: <span></span> Vallet, Jean-Baptiste Gatien (1768-1835), engagé dans la garde nationale (1790), lieutenant puis capitaine (1792), il sert à la 21<sup>e</sup> demi-brigade légère de l’armée d’Orient.
[^15]: <span></span> Et non « Sauneville » comme indiqué dans la <i>Correspondance</i>.
[^16]: Jérôme est nommé officier pour s’être distingué à la bataille de Sediman.
[^17]: Antoine Joseph Robin (1761-1808) est nommé provisoirement général de brigade par Bonaparte, grade confirmé en février 1799.
[^18]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 3488, d'après le dépôt de la Guerre.</body> |
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