CG2-3124.md

identifiantCG2-3124.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1798/09/10 00:00
titreNapoléon au général Kléber
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 3124. - </b>Au général Kléber</h1><p lang="fr-FR"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Le Caire, 24 fructidor an VI [10 septembre 1798]</h2><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">Un vaisseau comme <i>Le Franklin,</i> citoyen général, qui portait l’amiral, puisque <i>L’Orient</i> avait sauté, ne devait pas se rendre à onze heures du soir[^1]. Je pense d’ailleurs que celui qui a rendu ce vaisseau est extrêmement coupable, puisqu’il est constaté, par son procès-verbal, qu’il n’a rien fait pour l’échouer et pour le mettre hors d’état d’être amené. Voilà ce qui sera à jamais la honte de la marine française. Il ne fallait pas être grand manœuvrier ni homme d’une grande tête pour couper un câble et échouer le bâtiment. Cette conduite est d’ailleurs spécialement ordonnée dans les instructions et ordonnances que l’on donne aux capitaines de vaisseau. Quant à la conduite du contre-amiral du Chayla, il eût été beau pour lui de mourir sur son banc de quart comme Du Petit Thouars[^2]. Mais ce qui lui ôte toute espèce de retour à mon estime, c’est sa lâche conduite avec les Anglais depuis qu’il a été prisonnier. Il y a des hommes qui n’ont point de sang dans les veines. Il entendra donc tous les soirs les Anglais, en se soûlant de punch, boire à la honte de la marine française ! Il sera débarqué à Naples pour être un trophée pour les lazzaroni. Il valait beaucoup mieux pour lui rester à Alexandrie ou à bord des vaisseaux anglais comme prisonnier, sans souhaiter ni demander rien[^3]. O’Hara[^4], qui d’ailleurs était un homme très commun, lorsqu’il fut prisonnier à Toulon, sur ce que je lui demandai, de la part du général Dugommier, ce qu’il désirait, répondit : « <u>Être seul et ne rien devoir à la pitié.</u> » Les gentillesses et les traitements honnêtes n’honorent que le vainqueur, ils déshonorent le vaincu ; il doit avoir de la réserve et de la fierté.</p><p lang="fr-FR"><i>Je vous salue.</i>[^5]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3><p lang="fr-FR"><br/> </p> [^1]: <span></span> Commandé par Gillet et transportant Blanquet du Chayla, le <i>Franklin</i>, démâté, s’était rendu aux Anglais à la fin de la bataille d’Aboukir. Capturé, il allait être intégré à la Royal Navy sous le nom de <i>Canopus</i>. [^2]: La légende veut qu’étant amputé de tous ses membres il se soit fait placer dans un baril de son pour continuer le combat. [^3]: <span></span> Blanquet du Chayla sera par la suite réhabilité de même que le combat du <i>Franklin</i> (Voir, les notes des lettres n° 2857 et 2864). [^4]: O'Hara, Charles (1740-1802), lieutenant-général anglais, gouverneur de Toulon lors du siège, capturé en novembre 1793. [^5]: Expédition, S. H. D., Guerre, 17 C 100, fol. 69.</body>
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