| identifiant | CG2-3112.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1798/09/08 00:00 |
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| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 3112. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p lang="fr-FR"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Le Caire, 22
fructidor an VI [8 septembre 1798]</h2><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">Une escadre portugaise[^1],
composée de quatre vaisseaux de guerre et de deux frégates, est
arrivée le 12[^2]
devant Alexandrie et s’est réunie à l’escadre que les Anglais
ont laissée en croisière[^3].
Le 14, ils ont voulu tenter un débarquement à Aboukir.</p><p lang="fr-FR">L’adjudant général Escale[^4]
les a vigoureusement reçus. Leurs chaloupes et leurs avisos ont bien
vite viré de bord. Ils se présentent tous les jours assez près des
batteries pour en être salués de quelques coups de canon.</p><p lang="fr-FR">Alexandrie est dans le meilleur état de défense. Du
côté de terre, plus de 80 pièces de canon défendent les
différents ouvrages qu’on a faits ; du côté de la mer, il y a
plus de 70 bouches à feu en batterie, avec un four à réverbère
pour trois pièces. Cette place a un approvisionnement de réserve
pour nourrir l’armée pendant un an.</p><p lang="fr-FR">Faites-nous raison, citoyens directeurs, de cette
impertinence de la reine de Portugal[^5]
; pour aller à Lisbonne, il n’y a pas d’Océan à traverser[^6].
Il faudra bien que l’Espagne y consente, surtout en donnant le
commandement de l’armée à un homme dont elle ne croie pas les
idées révolutionnaires[^7].
Si on pouvait fermer le port de Lisbonne aux Anglais, il faudrait
qu’ils vinssent de Londres à Alexandrie sans relâcher.
D’ailleurs, cela ne laisserait pas que de les occuper beaucoup.
Nous pourrons trouver à Lisbonne de quoi nous aider à remonter
notre marine.</p><p lang="fr-FR">J’attends des nouvelles de Constantinople[^8].
Je ne pourrai pas être de retour à Paris, comme je vous l’avais
promis, au mois d’octobre ; mais cela ne tardera que de quelques
mois.</p><p lang="fr-FR">Tout va parfaitement bien ici. Le pays est soumis et
commence à s’accoutumer à nous. Le reste est l’ouvrage du
temps. Toutes les institutions qui peuvent en accélérer la marche
sont en activité.</p><p lang="fr-FR">Ce pays-ci a tout au plus l’argent nécessaire à
la solde de l’armée. Il y a du blé, du riz, du lin, du sucre, de
l’indigo, du coton, du café en abondance. Le climat est très
sain, plus sain qu’en Italie. La peste, moyennant les lazarets,
n’est pas à craindre ; c’est l’opinion de tous les Européens
qui sont ici.</p><p lang="fr-FR">Je vous ai écrit pour vous engager à envoyer à
Malte de l’argent, ainsi qu’à Ancône et à Corfou, afin de
pouvoir armer promptement le reste de notre marine et la réunir,
savoir : les trois vaisseaux que nous avons à Toulon, à Malte, avec
les deux vaisseaux maltais et la frégate et les deux vaisseaux
français de l’amiral Villeneuve : cela ferait sept vaisseaux ; à
Corfou, les trois vaisseaux qui sont à Ancône et celui qui est à
Corfou ; enfin, à Alexandrie, les deux vaisseaux et les six frégates
qui y sont. Cela nous mettra en mesure d’en imposer au moins aux
Turcs et aux Napolitains, et obligera les Anglais à tenir dans ces
mers une forte escadre.</p><p lang="fr-FR">Sommes-nous amis ou ennemis avec l’Espagne ?</p><p lang="fr-FR">Les Anglais disent qu’ils ont fait une trêve.
Comment dix-sept vaisseaux en bloquent-ils vingt-quatre ?</p><p lang="fr-FR">Depuis notre départ, je n’ai reçu aucune lettre
de vous, ni d’aucun ministre, ni de personne qui m’intéresse.
Mes dépêches auront sans doute été plus heureuses que les vôtres.
Je vous en ai envoyé par Malte, par Tripoli, par Ancône, par
Constantinople ; j’ai pris toutes les voies à la fois.</p><p lang="fr-FR">Jamais colonie n’a offert plus d’avantages. Je ne
doute pas que, moyennant l’Égypte, vous ne soyez maîtres de faire
avec l’Angleterre la paix que vous pouvez désirer.</p><p lang="fr-FR">Maîtresse de l’Égypte, la France sera à la
longue maîtresse des Indes. Le cabinet de Londres le sent
parfaitement. Je ne doute donc pas que ce ne soit au moins le garant
de la paix générale. Je vous enverrai, dans quinze jours, mon
frère[^9],
pour vous donner de vive voix les renseignements que vous pourrez
désirer.</p><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">23 fructidor [9 septembre].</p><p lang="fr-FR">À l’instant arrive le courrier Le Simple[^10]
; il a échoué devant Alexandrie et n’a sauvé qu’une partie des
dépêches. Il n’y avait qu’une lettre de vous, datée du 18
messidor, commençant par ces mots : « Le Directoire a reçu, » et
finissant par : « qu’on n’a pu retrouver. » Probablement il
était porteur d’autres qui sont perdues.</p><p lang="fr-FR">Le citoyen Beauchamp[^11],
consul à Mascate, est arrivé au Caire le 10 fructidor ; c’est de
son chiffre que je me suis servi.[^12]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3>
[^1]: Celle du marquis de Niza.
[^2]: 29 août.
[^3]: Six navires commandés par le commodore Samuel Hood.
[^4]: Il commande le fort d’Aboukir.
[^5]: <span></span> Marie 1<sup>re</sup>, reine du Portugal depuis 1777. Il est probable qu’une partie de cette lettre (dont nous n’avons pas retrouvé l’original) a été oubliée, supprimée ou soit manquante dans l’édition de la <i>Correspondance</i>. Bonaparte y décrit très probablement la façon dont l’escadre portugaise de Niza s’est unie à celle de Hood pour procéder au blocus de Malte et Alexandrie.
[^6]: Un projet d’invasion du Portugal par l’Espagne a été étudié par le Directoire. Augereau a été pressenti pour commander le corps expéditionnaire.
[^7]: La France et l’Espagne sont en paix et alliées depuis le traité de Bâle de 1795.
[^8]: Bonaparte ignore que, le 2 septembre, Ruffin et tout le personnel de l’ambassade de France à Constantinople ont été arrêtés. La plupart des consuls et des négociants français du Levant les rejoindront bientôt à la prison des Sept Tours. La plupart y resteront pendant trois ans. Le lendemain de la rédaction de la première partie de la présente lettre, la Porte déclarera la guerre à la France.
[^9]: Louis Bonaparte.
[^10]: <span></span> Courrier de Bonaparte. Il avait quitté Toulon le 17 juillet à bord de l’aviso <i>l’Anémone</i>. Le navire avait touché la côte d’Alexandrie dans la nuit du 1<sup>er</sup> au 2 septembre, mais passagers et équipages avaient été en grande partie massacrés par les Bédouins ; une vingtaine de rescapés seulement, dont Le Simple, avaient pu être rachetés par Kléber.
[^11]: Voir, n° 3109.
[^12]: <span></span><i>Correspondance
de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée par ordre de
l’Empereur Napoléon III</i>, n° 3259, d’après le dépôt de la Guerre. </body> |
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