CG2-3080.md

identifiantCG2-3080.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1798/09/04 00:00
titreNapoléon au général Kléber
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 3080. - </b>Au général Kléber[^1]</h1><p lang="fr-FR"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Le Caire, 18 fructidor an VI [4 septembre 1798]</h2><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">Je reçois, citoyen général, tout à la fois vos lettres des 9, 11 et 12 fructidor. Je ne suis point surpris de ce qui est arrivé à l’aviso <i>La Torride</i>[^2]. Il faut encore au moins un mois pour que la marine sorte du découragement où elle doit être ; jusqu’alors il ne faut rien compromettre. Il me semble qu’il eût été plus simple d’avoir les deux pièces de 18 que portait cet aviso, à l’embouchure du canal, sur du sable, que de tenir là un bâtiment.</p><p lang="fr-FR">Ordonnez et tenez la main à ce que vos canonniers ne tirent pas lorsque les bâtiments sont encore hors de portée, cela prouve que l’on a peur ; qu’on les laisse avancer jusqu’à demi-portée, et qu’alors les bombes et les boulets rouges commencent à la fois, doucement et avec méthode, et je vous assure qu’ils ne tarderont pas à s’en repentir.</p><p lang="fr-FR">Lorsque les bâtiments viennent faire les jolis cœurs, faites tirer à demi-charge pour les attirer et les amorcer. Toute batterie où on n’a que le temps de tirer une ou deux bombes et trois ou quatre coups de canon est commandée par un homme qui ne sait pas son métier, ou c’est qu’on n’a pas laissé assez approcher le bâtiment. Si l’on a laissé approcher le bâtiment à demi-portée, on doit avoir le temps de tirer cinq ou six bombes et huit ou dix boulets par bouche à feu ; et, si les pointeurs sont bons et que les officiers aient du sang-froid, il est certain que dans ce nombre de coups il y en a qui doivent faire grand ravage, et le vaisseau doit être perdu. Défendez que l’on tire à boulets froids, à moins que cela ne soit quelques coups entremêlés pour faire reposer la pièce : sans cela les canonniers tireront toujours à boulets froids ; ils n’aiment pas à tirer à boulets rouges[^3].</p><p lang="fr-FR">Je me fais rendre compte de ce qui concerne l’aga. Assurez hardiment que tous les hommes qui se conduiront bien et nous serviront de même seront riches et puissants. J’ai donné ordre qu’on vous envoyât les béniches[^4] et châles que vous demandez. Par la première occasion j’enverrai un cheval à votre aga ; j’en enverrai aussi un pour vous.</p><p lang="fr-FR">J’attends le contre-amiral Ganteaume pour prendre un parti définitif sur tout le personnel de la marine.</p><p lang="fr-FR">Nous ne pouvons pas nous dissimuler qu’au combat du 14 ce sont nos généraux qui ont été battus plutôt que l’escadre, puisque, à nombre égal, les Anglais étaient trois et quatre contre un. Je ne vois dans tout cela qu’une fausse combinaison ; elle me donne une idée favorable de l’amiral Nelson, mais ne m’en donne pas une trop défavorable de notre marine, et je reste toujours convaincu que, si les Anglais avaient bien voulu nous attaquer pendant notre traversée, nous les aurions battus d’importance.</p><p lang="fr-FR">Faites faire tous les jours, par les différents détachements d’artillerie, l’exercice à boulets rouges. La plupart de nos canonniers, même nos officiers, ont eu peu d’occasion de tirer à boulets rouges. Il est inutile de faire des fours à réverbère ; pour les bien faire, il faut une grande dépense de fer, et, pour peu qu’ils soient mal faits, la chaleur les fait fendre, et ils ne sont plus d’aucun usage. Un bon gril enfoncé d’un pied en terre et environné de briques ou de terre est tout aussi bon et ne coûte ni peines ni dépenses à faire.</p><p lang="fr-FR">Tout ici va fort bien ; nous avons fait hier l’émir hadji avec quelques pompes ; c’est Mustapha, kiâya du pacha[^5].</p><p lang="fr-FR">Dans les endroits les plus essentiels, je désirerais que vous eussiez un gril particulier, avec deux pièces de 16 et même de 12, longues. Le tir à boulets rouges en est beaucoup plus certain, beaucoup plus facile et moins sujet à accidents ; seulement il faut tirer d’un peu plus près. Il faudrait placer ces batteries de petites pièces sous la protection des batteries de 24 ; elles ne sont destinées à commencer le feu que bien après l’autre, et au moment où le vaisseau arrive à un point déterminé que ces petites pièces sont chargées de défendre ; elles servent d’ailleurs de batteries de réserve. Il faut assez les éloigner des batteries de 24 pour qu’un accident, qui arriverait à ces premières batteries, n’influât pas sur les secondes, et bien éviter surtout que, quelque position que puissent prendre les vaisseaux, elles ne se trouvent sous le prolongement des feux l’une de l’autre.</p><p lang="fr-FR"><i>Je vous salue.</i>[^6]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3> [^1]: Commandant à Alexandrie. [^2]: Le 25 août, ce navire mouillé devant le fort d’Aboukir a été pris à l’abordage par les Anglais, alors que l’équipage dormait. Il sera repris par les Français au printemps suivant, au large d’Haïfa [^3]: En raison des risques élevés d’accident par l’inflammation prématurée de la charge de poudre. [^4]: Sorte de manteau blanc porté par les Bédouins. [^5]: Mustapha-Bey. [^6]: Expédition, S. H. D., Guerre, 17 C 100, fol. 61.</body>
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