| identifiant | CG2-2870.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1798/08/19 00:00 |
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| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 2870. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p lang="fr-FR"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Le Caire, 2
fructidor an VI [19 août 1798]</h2><p lang="fr-FR"><br/>
</p><p lang="fr-FR">Citoyens directeurs, le 18 thermidor[^1],
j’ordonnai à la division du général Reynier de se porter à
El-Khanqah, pour soutenir le général de cavalerie Leclerc, qui se
battait avec une nuée d’Arabes à cheval et de paysans du pays
qu’Ibrahim-Bey était parvenu à soulever. Il tua une cinquantaine
de paysans, quelques Arabes, et prit position au village
d’El-Khanqah.</p><p lang="fr-FR">Je fis partir également la division commandée par
le général Lannes et celle du général Dugua.</p><p lang="fr-FR">Nous marchâmes à grandes journées sur la Syrie,
poussant toujours devant nous Ibrahim-Bey et l’armée qu’il
commandait.</p><p lang="fr-FR">Avant d’arriver à Belbeis, nous délivrâmes une
partie de la caravane de la Mecque, que les Arabes avaient enlevée
et conduisaient dans le désert, où ils étaient déjà enfoncés de
deux lieues. Je l’ai fait conduire au Caire sous bonne escorte.
Nous trouvâmes à Koraïm une autre partie de la caravane, toute
composée de marchands qui avaient été arrêtés d’abord par
Ibrahim-Bey, ensuite relâchés, et pillés par les Arabes. J’en
fis réunir les débris, et je la fis également conduire au Caire.</p><p lang="fr-FR">Le pillage des Arabes a dû être extrêmement
considérable. Un seul négociant m’assura qu’il perdait, en
châles et autres marchandises des Indes, pour 200 000 écus. Ce
négociant avait avec lui, suivant l’usage du pays, toutes ses
femmes. Je leur donnai à souper et leur fis procurer les chameaux
nécessaires pour leur voyage au Caire ; plusieurs paraissaient avoir
une assez bonne tournure, mais le visage était couvert, selon
l’usage du pays, usage auquel l’armée s’accoutume le plus
difficilement.</p><p lang="fr-FR">Nous arrivâmes à Salheyeh, qui est le dernier
endroit habité de l’Égypte où il y ait de la bonne eau : là
commence le désert qui sépare la Syrie de l’Égypte.</p><p lang="fr-FR">Ibrahim-Bey, avec son armée, ses trésors et ses
femmes, venait de partir de Salheyeh. Je le poursuivis avec le peu de
cavalerie que j’avais ; nous vîmes défiler devant nous ses
immenses bagages.</p><p lang="fr-FR">Un parti arabe de 150 hommes, qui était avec eux,
nous proposa de charger avec nous pour partager le butin. La nuit
approchait ; nos chevaux étaient éreintés, l’infanterie très
éloignée. Le général Leclerc chargea l’arrière-garde ; nous
leur enlevâmes deux pièces de canon qu’ils avaient et une
cinquantaine de chameaux chargés de tentes et de différents effets.
Les Mamelouks soutinrent la charge avec le plus grand courage. Le
chef d’escadron Detrès, du 7<sup>e</sup> [bis] de hussards, a été
mortellement blessé[^2].
Mon aide de camp Sulkowski a été blessé de sept à huit coups de
sabre et de plusieurs coups de feu. L’escadron monté du 7<sup>e</sup>
[bis] de hussards et du 22<sup>e</sup> de chasseurs, ceux des 3<sup>e</sup>
et 15<sup>e</sup> de dragons, se sont parfaitement conduits.</p><p lang="fr-FR">Les Mamelouks sont extrêmement braves et formeraient
un excellent corps de cavalerie légère, richement habillés, armés
avec le plus grand soin et montés sur des chevaux de la meilleure
qualité. Chaque officier d’état-major, chaque hussard, a soutenu
un combat particulier. Lasalle, chef de brigade du 22<sup>e</sup>,
laisse tomber son sabre au milieu de la charge ; il est assez adroit
et assez heureux pour mettre pied à terre et se trouve à cheval
pour se défendre et attaquer un des Mamelouks les plus intrépides.
Le général Murat, le chef de bataillon Duroc, mon aide de camp, le
citoyen Leturcq, le citoyen Colbert, l’adjoint Arrighi[^3],
engagés trop avant par leur ardeur dans le plus fort de la mêlée,
ont couru les plus grands dangers.</p><p lang="fr-FR">Ibrahim-Bey traverse dans ce moment-ci le désert de
Syrie ; il a été blessé dans le combat.</p><p lang="fr-FR">Je laissai à Salheyeh la division du général
Reynier et des officiers du génie pour y construire une forteresse,
et je partis, le 26 thermidor, pour revenir au Caire. Je n’étais
pas éloigné de deux lieues de Salheyeh, que l’aide de camp du
général Kléber[^4]
arriva et m’apporta la nouvelle de la bataille qu’avait soutenue
notre escadre le 14 thermidor[^5].</p><p lang="fr-FR">Les communications sont si difficiles, qu’il avait
mis onze jours pour venir.</p><p lang="fr-FR">Vous trouverez ci-joint le rapport que m’en fait le
contre-amiral Ganteaume ; je lui écris, par le même courrier, à
Alexandrie, de vous en faire un plus détaillé.</p><p lang="fr-FR">Le 18 messidor[^6],
je suis parti d’Alexandrie ; j’écrivis à l’amiral d’entrer,
sous vingt-quatre heures, dans le port de cette ville, et, si son
escadre ne pouvait pas y entrer, de décharger promptement toute
l’artillerie et tous les effets appartenant à l’armée de terre,
et de se rendre à Corfou.</p><p lang="fr-FR">L’amiral ne crut pas pouvoir achever le
débarquement dans la position où il se trouvait, étant mouillé
devant le port d’Alexandrie sur des roches, et plusieurs vaisseaux
ayant déjà perdu leurs ancres : il alla mouiller à Aboukir, qui
offrait un bon mouillage. J’envoyai des officiers du génie et
d’artillerie, qui convinrent avec l’amiral que la terre ne
pourrait lui donner aucune protection, et que, si les Anglais
paraissaient pendant les deux ou trois jours qu’il fallait qu’il
restât à Aboukir, soit pour débarquer notre artillerie, soit pour
sonder et marquer la passe d’Alexandrie, il n’y avait pas d’autre
parti à prendre que de couper ses câbles, et qu’il était urgent
de séjourner le moins possible à Aboukir. Je suis donc parti
d’Alexandrie dans la ferme croyance que, sous trois jours,
l’escadre serait entrée dans le port d’Alexandrie ou serait
appareillée pour Corfou. Depuis le 18 messidor jusqu’au 6
thermidor, je n’ai eu aucune espèce de nouvelles, ni de Rosette,
ni d’Alexandrie. Une nuée d’Arabes, accourant de tous les points
du désert, était continuellement à 500 toises du camp. Le 9
thermidor, le bruit de nos victoires et différentes dispositions
rouvrirent nos communications. Je reçus plusieurs lettres de
l’amiral, où je vis avec étonnement qu’il se trouvait encore à
Aboukir. Je lui écrivis sur-le-champ pour lui faire sentir qu’il
ne devait pas perdre une heure à entrer à Alexandrie ou à se
rendre à Corfou.</p><p lang="fr-FR">L’amiral m’instruisit, par une lettre du 2
thermidor[^7],
que plusieurs vaisseaux anglais étaient venus le reconnaître, et
qu’il se fortifiait, pour attendre l’ennemi, embossé à Aboukir.
Cette étrange résolution me remplit des plus vives alarmes ; mais
déjà il n’était plus temps, car la lettre que l’amiral
écrivait le 2 thermidor ne m’arriva que le 12. Je lui expédiai le
citoyen Jullien, mon aide de camp, avec ordre de ne pas partir
d’Aboukir qu’il n’eût vu l’escadre à la voile. Parti le 12,
il n’aurait pu jamais arriver à temps. Cet aide de camp a été
tué en chemin par un parti arabe, qui a arrêté sa barque sur le
Nil et l’a égorgé avec son escorte.</p><p lang="fr-FR">Le 8 thermidor, l’amiral m’écrivit que les
Anglais s’étaient éloignés, ce qu’il attribuait au défaut de
vivres. Je reçus cette lettre le 12, par le même courrier.</p><p lang="fr-FR">Le 11, il m’écrivait qu’il venait enfin
d’apprendre la victoire des Pyramides et la prise du Caire, et que
l’on avait trouvé une passe pour entrer dans le port d’Alexandrie.
Je reçus cette lettre le 18.</p><p lang="fr-FR">Le 14, au soir, les Anglais l’attaquèrent. Il
m’expédiait, au moment où il aperçut l’escadre anglaise, un
officier pour me faire part de ses dispositions et de ses projets :
cet officier a péri en route.</p><p lang="fr-FR">Il me paraît que l’amiral Brueys n’a point voulu
se rendre à Corfou avant qu’il eût été certain de ne pouvoir
entrer dans le port d’Alexandrie, et que l’armée, dont il
n’avait pas de nouvelles depuis longtemps, fût dans une position à
ne pas avoir besoin de retraite.</p><p lang="fr-FR">Si, dans ce funeste événement, il a fait des
fautes, il les a expiées par une mort glorieuse.</p><p lang="fr-FR">Les destins ont voulu, dans cette circonstance comme
dans tant d’autres, prouver que, s’ils nous accordent une grande
prépondérance sur le continent, ils ont donné l’empire des mers
à nos rivaux. Mais, si grand que soit ce revers, il ne peut pas être
attribué à l’inconstance de la fortune ; elle ne nous abandonne
pas encore ; bien loin de là, elle nous a servis dans toute cette
opération au-delà de ce qu’elle a jamais fait. Quand j’arrivai
devant Alexandrie et que j’appris que les Anglais y étaient passés
en forces supérieures quelques jours avant, malgré la tempête
affreuse qui régnait, au risque de me naufrager, je me jetai à
terre. Je me souviens qu’à l’instant où les préparatifs du
débarquement se faisaient on signala dans l’éloignement, au vent,
une voile de guerre : c’était <i>La Justice</i>, venant de Malte.
Je m’écriai : « Fortune, m’abandonnerais-tu ? Quoi, seulement
cinq jours ! » Je marchai toute la nuit ; j’attaquai Alexandrie à
la pointe du jour, avec 3 000 hommes, harassés, sans canons et
presque sans cartouches, et, dans les cinq jours, j’étais maître
de Rosette, de Damanhour, c’est-à-dire déjà établi en Égypte.
Dans ces cinq jours, l’escadre devait se trouver à l’abri des
Anglais, quel que fût leur nombre ; bien loin de là, elle reste
exposée pendant tout le reste de messidor ; elle reçoit de Rosette,
dans les premiers jours de thermidor, un approvisionnement de riz
pour deux mois ; les Anglais se laissent voir en nombre supérieur,
pendant dix jours, dans ces parages ; le 11 thermidor, elle apprend
la nouvelle de l’entière possession de l’Égypte et de notre
entrée au Caire ; et ce n’est que lorsque la Fortune voit que
toutes ses faveurs sont inutiles, qu’elle abandonne notre flotte à
son destin.</p><p lang="fr-FR">Talleyrand est-il à Constantinople ?</p><p lang="fr-FR">Envoyez à Ancône 500 000 francs et quelques
officiers de marine pour armer les trois vaisseaux que nous y avons ;
envoyez-en autant à Corfou. Faites réunir tous nos vaisseaux qui
sont à Toulon, Malte, Ancône, Corfou, Alexandrie, pour pouvoir nous
trouver encore avec une flotte.</p><p lang="fr-FR">Quand j’aurai plus de détails sur la situation des
Anglais, je vous les enverrai.[^8]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3>
[^1]: 5 août.
[^2]: Il avait survécu à ses blessures.
[^3]: <span></span><a class="sdfootnotesym" href="#sdfootnote1467anc" name="sdfootnote1467sym">0</a> Arrighi de Casanova, Jean-Toussaint (1778-1853), lieutenant puis capitaine à l’armée d’Orient, adjoint à l’État-Major général puis aide de camp de Berthier pendant la campagne de Syrie, il est grièvement blessé à Saint-Jean d’Acre. Il rentre en France avec son chef.
[^4]: Loyer.
[^5]: Aboukir.
[^6]: 6 juillet. En réalité, Bonaparte avait quitté Alexandrie le 7 juillet, vers cinq heures du soir.
[^7]: 20 juillet.
[^8]: Expédition, Archives nationales, AB XIX 3625.</body> |
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