CG2-2857.md

identifiantCG2-2857.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1798/08/18 00:00
titreNapoléon au Directoire exécutif
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 2857. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p lang="fr-FR"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Le Caire, 1<sup>er</sup> fructidor an VI [18 août 1798]</h2><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">Citoyens directeurs, je vous ai expédié, par cinq ou six courriers différents, la nouvelle de la prise d’Alexandrie, de la bataille des Pyramides, de la prise du Caire et de nos derniers succès de terre, ainsi que le dernier événement arrivé à notre escadre.</p><p lang="fr-FR">Le général Villeneuve, qui est avec <i>Le Guillaume-Tell, Le Généreux,</i> les frégates <i>La Diane</i> et <i>La Justice</i>, m’écrit, de la hauteur du cap Kelidonia, qu’il se rend à Malte[^1]. Je lui ordonne de faire tout ce qu’il pourra pour y réunir les trois vaisseaux vénitiens et les deux frégates vénitiennes qui sont à Toulon avec les deux vaisseaux et les frégates qui sont à Malte. Si toutes ces forces s’y réunissaient, cela nous ferait une escadre de sept vaisseaux de guerre et de cinq frégates à Malte.</p><p lang="fr-FR">J’envoie l’ordre aux trois vaisseaux de guerre qui sont à Ancône de se rendre à Corfou, où il y en a également un ; ce qui, joint aux deux que nous avons à Alexandrie, nous ferait six vaisseaux de guerre et six frégates.</p><p lang="fr-FR">Presque tous nos équipages sont à Alexandrie. Les Anglais ont rendu tous les prisonniers, hormis quelques officiers. Nous avons eu 800 blessés ; on ne connaît pas le nombre des morts, mais on assure qu’il n’est pas considérable[^2]. Le contre-amiral Villeneuve mérite les plus grands éloges par la belle manœuvre qu’il a faite, à laquelle nous devons les deux vaisseaux et les deux frégates.</p><p lang="fr-FR">Le contre-amiral Ganteaume s’est conduit avec la plus grande distinction. On m’assure que rien de tout cela ne serait arrivé si l’on avait suivi ses conseils.</p><p lang="fr-FR">Le vaisseau <i>Le Tonnant</i> s’est battu pendant quarante-huit heures contre toute l’escadre, avec la plus grande intrépidité[^3]. <i>Le Franklin</i> a amené, ayant encore tous ses mâts, et étant dans le meilleur état[^4].</p><p lang="fr-FR">Tout le monde regrette le brave Du Petit Thouars[^5], capitaine du <i>Tonnant.</i> Casabianca[^6] est mort avec calme et un grand sang-froid au milieu de l’incendie de son vaisseau ; il a péri avec lui ; son fils, âgé de neuf ans, n’a jamais voulu quitter son père et a été dévoré par les flammes dans ses bras.</p><p lang="fr-FR">Donnez, je vous prie, des ordres à Toulon et à Ancône, pour que les vaisseaux qui sont dans ces deux ports se rendent, à la première occasion favorable, à Malte et à Corfou. Envoyez 300 000 livres à Ancône, 500 000 à Malte, 500 000 à Corfou.</p><p lang="fr-FR">Envoyez-moi quelques bons officiers de marine à Ancône pour commander ces trois vaisseaux, et ordonnez au général Brune[^7] de mettre de bonnes garnisons dessus, car ce ramassis de marins ne veut pas se battre ; il ne faut compter dessus que pour la manœuvre.[^8]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3><p lang="fr-FR"><br/> </p> [^1]: La veille, Bonaparte a reçu la lettre de Villeneuve lui annonçant qu’il se rendait non plus à Corfou, mais à Malte. [^2]: De 1 700 à 2 012 marins furent tués et autant blessés. [^3]: Commandé par le capitaine de vaisseau Du Petit Thouars. [^4]: <span></span> Cette grave accusation, qui reposait sur des informations erronées, fut reproduite dans l’ordre du jour du 24 août. <i>Le Moniteur universel</i> publiera une note précisant que le commandant du <i>Franklin</i>, Blanquet du Chayla, a « fait son devoir », ce dont conviendra Bonaparte Premier Consul en l’intégrant dans l’organisation de sa marine et Napoléon dans ses écrits de Sainte-Hélène. Par décision de Napoléon III, le nom du vice-amiral Blanquet du Chayla sera donné à un bâtiment de la marine impériale. Dans le <i>Moniteur universel</i> du 15 mai 1855, qui annonce cette décision, on lit : « La résistance de Blanquet du Chayla immortalisa le vaisseau <i>le Franklin</i> qui portait son pavillon ». [^5]: La légende veut qu’étant amputé de tous ses membres il se soit fait placer dans un baril de son pour continuer le combat. [^6]: <span></span> Capitaine du navire amiral <i>l’Orient</i>. [^7]: Commandant de l’armée d’Italie. [^8]: <span></span> Expédition, S. H. D., Guerre, 17 C 100, fol. 29. Dans la <i>Correspondance</i> (n° 3056) cette lettre est datée du 21 août 1798. </body>
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