| identifiant | den-3388 |
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| fait partie de | denon |
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| est validé | oui |
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| date | 1815/02/10 00:00 |
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| titre | Lettre n° 3388: Denon pour le comte de Blacas |
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| texte en markdown | <body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none">DEN-3388 -</b> Denon pour le comte de Blacas</h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">10 février 1815</h2>
A Son Excellence le comte de Blacas, ministre de la Maison du Roi.
Monseigneur,
Je m'empresse d'adresser à Votre Excellence les renseignemens qu'elle me fait l'honneur de me demander par la lettre du 7 février sur deux portraits en miniatures que M. Wilhelm Unger a exposés au salon et qui m'ont été enlevés.
Le 17 décembre dernier, M. Ehrmann, avocat, propriétaire d'un de ces portraits, vint au bureau de la direction faire la déclaration que Votre Excellence trouvera ci-jointe. On lui répondit qu'il n'était pas probable que ces deux portraits eussent été pris dans l'intention de s'en faire une ressource, puisqu'on ne pouvait les vendre sans s'exposer à être arrêtés, que d'ailleurs ces peintures n'ayant d'intérêt que pour les personnes représentées, trouvâ-t-on même un acquéreur, l'argent qu'on en retirerait serait si peu de chose que tout portait à faire penser que la personne qui s'était rendue coupable d'un pareil délit était une personne jalouse qui a pensé que l'un de ces portraits était destiné à toute autre qu'à elle.
On représenta à M. Ehrmann que pareille chose était arrivé il y a 10 ans et que l'artiste à qui il avait été pris une miniature vint lui-même demander qu'on ne fît aucune recherche, afin de ne pas compromettre la personne à qui appartenait le portrait et la femme qui l'avait enlevé.
Ces raisons n'ayant point satisfait M. Ehrmann, il vint avec moi chez M. Unger, je lui fis les mêmes observations et j'ajoutai que, si la direction était responsable d'objets de si peu d'importance que des miniatures, il pourait se faire que des peintres de ce genre se volassent leurs propres ouvrages pour en obtenir une valeur quelconque, que, si celles de M. Unger étaient aussi précieuses que celles de MM. Saint, Augustin, Aubry, on pourait présumer qu'un amateur a pu désirer se les procurer à bon marché, mais que M. Unger devait bien penser que les deux portraits qu'il réclamait, dépouillés du prestige que pouvaient y mettre les personnes pour lesquelles il les avait mis en vente, ne dépasseraient pas la valeur de 10 ou de 12 F.
Je lui déclarai néanmoins que j'allais adresser à Son Excellence le directeur de la police générale la déclaration de M. Ehrmann et que je l'inviterais à faire faire les perquisitions nécessaires pour découvrir les auteurs de ce délit.
J'ai reçu, Monseigneur, une lettre dont vous trouverez ci-joint copie. Votre Excellence verra que la police pense, ainsi que moi, que ce délit tient à une intrigue d'amour; quant aux lettres que M. Unger m'a écrites, comme il en a transmis des copies à Votre Excellence, elle doit apprécier le motif qui m'a empêché de lui répondre. Je ne l'ai point vu, parce que sa lettre <i><b>\[p. 221\]</i></b> est inconvenante, et en second pour ne pas entamer de procès avec lui.
Il y a quatre ans, Monseigneur, on prit au salon un bas-relief en argent représentant un paysage qu'un sieur Kirstein de Strasbourg y avait exposé. Quoique bien convaincu qu'il n'y avait point faute de surveillance de la part des gardiens, comme il s'agissait cependant d'une valeur réelle puisque ce bas-relief était en argent, j'exigeai que les deux gardiens qui avaient passé la nuit le jour du délit et qui n'en n'avaient pas prévenu ceux qui venaient les relever payeraient une amende de 400 F, laquelle somme, jointe à 200 F produits d'autres amendes qui étaient en caisse, fut remise au sieur Kirstein comme indemnité du vol qui lui avait été fait.
Mais ici, Monseigneur, je ne pense pas que M. Unger ait droit à aucune indemnité. Je crois même qu'il y aurait un grand inconvénient à trop s'occuper de sa réclamation. Le sieur Ehrmann, lorsqu'il fit sa déclaration, avoua que les miniatures volées avaient été très solidement et très soigneusement fixées; la direction n'est donc point coupable de négligence et la garde qui se fait de jour et de nuit dans les galeries, jointe à celle que la police de Paris y fait lorsque le public y est admis, tout concourt à éloigner le soupçon sur les personnes de l'établissement.
Votre Excellence concevra d'ailleurs, Monseigneur, que, malgré toute la surveillance possible, des miniatures ayant avec leurs cadres de bois vernis trois ou quatre pouces quarrés au plus ainsi que celles de M. Unger, peuvent facilement se détacher et se voler quand on a un intérêt direct à les posséder ou à se venger et qu'on ne pourait prévenir de pareils délits qu'en ayant un garde à chaque objet exposé.
Post scriptum : J'ajouterai, Monseigneur, que M. Unger, qui se plaint avec tant d'acrimonie dans la lettre qu'il m'a écrite le 2 janvier, a reçu de la direction depuis qu'il est à Paris des marques d'une faveur spéciale, tous les moyens d'étude, lors même que le musée était fermé pour les artistes, lui ont été prodigués, ainsi qu'à son ami Humel, qui m'était particulièrement recommandé par la cour de Saxe. Je n'en attendais aucune reconnaissance, mais j'étais loin de prévoir que M. Unger se fut oublié jusqu'à écrire une lettre aussi peu réservée.[^1]
[^1]: Marie-Anne Dupuy, Isabelle le Masne de Chermont, Elaine Williamson, <i>Vivant Denon : Directeur des musées sous le Consulat et l'Empire correspondance (1802-1815)</i>, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1999, Archives des musées nationaux, registre *AA9 p. 220, Denon |
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