| identifiant | den-3342 |
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| fait partie de | denon |
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| est validé | oui |
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| date | 1815/01/12 00:00 |
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| titre | Lettre n° 3342: Denon pour le comte de Blacas |
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| texte en markdown | <body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none">DEN-3342 -</b> Denon pour le comte de Blacas</h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">12 janvier 1815</h2>
A Son Excellence le comte de Blacas, ministre de la Maison du Roi.
Monseigneur,
J'ai l'honneur de transmettre à Votre Excellence copie d'une lettre que je reçois de M. Raphaël Morghen, graveur à Florence, en réponse à celle que je lui avais écrite d'après vos ordres pour le prévenir que l'intention de Votre Excellence était que la planche qu'il avait commencée pour le dernier gouvernement fût brisée et qu'à cette condition elle consentait à lui abandonner les 40 000 F qu'il a touché à valoir sur cet ouvrage.
M. Morghen me mande, Monseigneur, que vos intentions sont autant de commandemens pour lui et qu'elles seront ponctuellement exécutées, mais il m'expose que, vu le marché qu'il a conclu, il a fait le voyage de Paris; qu'une des clauses portant qu'il exécuterait la gravure des deux portraits, il s'était déterminé à y prendre un domicile et à faire meubler un appartement; enfin, comptant sur la suite de cet ouvrage qui pouvait l'occuper quatre années, il avait refusé divers travaux qui <i><b>\[p. 204\]</i></b> lui ont été demandés.
D'après ces considérations, M. Morghen m'invite, Monseigneur, à solliciter de Votre Excellence une indemnité proportionnée aux pertes que cette suspension va lui causer.
Pour éclairer Votre Excellence sur la validité de cette réclamation, je dois entrer dans quelques détails.
M. Morghen, venant de terminer la gravure de la <i>Transfiguration</i> de Raphaël, obtint de la grande-duchesse de Toscane un congé pour venir en faire hommage à Napoléon et le prier d'en agréer la dédicace. Son offre ayant été accepté et Napoléon voulant récompenser les talens de cet artiste, le décora de l'ordre de la Réunion et ordonna qu'il serait chargé de graver son portrait et celui de Marie-Louise.
Les prétentions de M. Morghen devinrent si exhorbitantes que Son Excellence le duc de Cadore daigna me charger de traiter avec lui et, après bien des contestations, il fut convenu qu'il serait passé un marché pour les deux gravures dont on voulait le charger et qu'il recevrait 60000 F pour la gravure du portrait équestre de Napoléon et 50000 F pour celui de Marie-Louise.
Ces prix considérables étaient en quelque sorte la moitié des prétentions de M. Morghen et ne lui furent alloués que parce qu'on désirait lui payer en même tems la dédicace de la <i>Transfiguration</i>.
M. Morghen a fait deux voyages à Paris. Le premier était volontaire, puisqu'il venait pour offrir son ouvrge, le second était obligatoire, mais on peut encore observer que cet artiste aurait pu se dispenser de retourner à Florence puisque l'acte passé à Paris portait qu'il y exécuterait les deux gravures, et que, s'il a repassé les Alpes c'est que, professeur à l'académie des beaux-arts de Florence, ses devoirs le rappellaient dans cette ville.
Il se peut, Monseigneur, que M. Morghen, aussi favorablement traité à Paris, se soit abandonné à des dépenses disproportionnées et je ne doute point que la somme de 40 000 F qu'il a reçue à valoir sur cet ouvrage n'ait été promptement dissipée.
Je laisse, Monseigneur, à la sagesse de Votre Excellence à déterminer si M. Morghen a droit à une indemnité et la prie de me faire connaître la décision qu'elle daignera prendre, afin de presser l'exécution de l'ordre qu'elle daigne me transmettre.
Je profite de cette occasion, Monseigneur, pour prévenir Votre Excellence que M. Goubaud, à qui j'ai écrit pour l'inviter à remettre à la caisse de la Couronne les 2 000 F qu'il a reçus à valoir sur un dessin représentant le baptême du fils de Napoléon qu'il a porté à Londres, n'a pas jugé à propos de me répondre.[^1]
[^1]: Marie-Anne Dupuy, Isabelle le Masne de Chermont, Elaine Williamson, <i>Vivant Denon : Directeur des musées sous le Consulat et l'Empire correspondance (1802-1815)</i>, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1999, Archives des musées nationaux, registre *AA9 p. 203, Denon |
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