CG2-2523.md

identifiantCG2-2523.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1798/06/13 00:00
titreNapoléon au Directoire exécutif
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 2523. - </b>Au Directoire exécutif[^1]</h1><p lang="fr-FR"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Malte, 25 prairial an VI [13 juin 1798]</h2><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">Nous sommes arrivés le 21, à la pointe du jour, à la vue de l’île du Gozo. Le convoi de Civitavecchia y était arrivé depuis trois jours.</p><p lang="fr-FR">Le 21 au soir, j’ai envoyé un de mes aides de camp[^2] pour demander au grand maître la faculté de faire de l’eau dans différents mouillages de l’île.</p><p lang="fr-FR">Le consul de la République à Malte[^3] vint me porter sa réponse, qui était un refus absolu, ne pouvant, disait-il, laisser entrer plus de deux bâtiments de transport à la fois, ce qui, calcul fait, aurait exigé plus de trois cents jours pour faire de l’eau.</p><p lang="fr-FR">Le besoin de l’armée était urgent et me faisait un devoir d’employer la force pour m’en procurer.</p><p lang="fr-FR">J’ordonnai à l’amiral Brueys de faire des préparatifs pour la descente. Il envoya le contre-amiral Blanquet du Chayla avec son escadre et le convoi de Civitavecchia, pour l’effectuer dans la cale de Marsa-Scirocco. Le convoi de Gênes débarqua à la cale Saint-Paul, celui de Marseille à l’île du Gozo.</p><p lang="fr-FR">Le général de brigade Lannes, le chef de brigade Marmont, descendirent à la portée du canon de la place. Le général Desaix fit débarquer le général Belliard avec la 21<sup>e</sup>. Il s’empara de toutes les batteries et de tous les forts qui défendaient la rade et le mouillage de Marsa Scirocco.</p><p lang="fr-FR">Le 22, à la pointe du jour, nos troupes étaient à terre sur tous les points, malgré l’obstacle d’une canonnade vive, mais extrêmement mal exécutée.</p><p lang="fr-FR">Le 22 au soir, la place était investie de tous les côtés, et le reste de l’île était soumis.</p><p lang="fr-FR">Le général Regnier venait de s’emparer de l’île du Gozo ; le général Baraguey d’Hilliers, de tout le midi de l’île de Malte, après avoir fait plusieurs chevaliers et 200 hommes prisonniers. Le général Desaix était à une portée de pistolet du glacis de la Cottonera et du fort Riccazoli ; il avait fait aussi plusieurs chevaliers prisonniers.</p><p lang="fr-FR">Les malheureux habitants, effrayés au-delà de ce qu’on peut imaginer, s’étaient tous réfugiés dans la ville de Malte, qui se trouva, par ce moyen, suffisamment garnie de monde.</p><p lang="fr-FR">Pendant toute la soirée du 22, la ville canonna avec la plus grande activité. Les assiégés voulurent faire une sortie ; mais le chef de brigade Marmont, à la tête de la 19<sup>e</sup>, leur enleva le drapeau de l’Ordre.</p><p lang="fr-FR">Le 22, je commençai à faire débarquer l’artillerie. Nous avons peu de places en Europe aussi fortes et aussi soignées que Malte. Je ne m’en tins pas aux seuls moyens militaires, et j’entamai différentes négociations ; le résultat en a été heureux.</p><p lang="fr-FR">Le Grand maître m’envoya demander, le 23 au matin, une suspension d’armes.</p><p lang="fr-FR">J’ai envoyé mon aide de camp, chef de brigade Junot, au Grand maître, avec la faculté de signer une suspension d’armes, s’il consentait, pour préliminaires, à négocier de la reddition de la place.</p><p lang="fr-FR">J’envoyai les citoyens Poussielgue[^4] et Dolomieu[^5] pour sonder les intentions du Grand maître et des habitants.</p><p lang="fr-FR">La suspension d’armes fut conclue pour 24 heures.</p><p lang="fr-FR">Le 22, à minuit, les chargés de pouvoirs du grand maître[^6] vinrent à bord de <i>L’Orient</i>, où ils conclurent dans la nuit la convention[^7] dont vous trouverez ci-joints les articles.</p><p lang="fr-FR">À la tête de la députation du grand maître était le commandeur Bosredon-Ransijat[^8], chevalier de la ci-devant Langue d’Auvergne, qui, du moment où il vit que l’on prenait les armes contre nous, a sur-le-champ écrit au grand maître que son devoir, comme chevalier de Malte, était de faire la guerre aux Turcs et non à sa patrie ; qu’en conséquence il déclarait ne vouloir prendre aucune part à la mauvaise conduite de l’ordre dans cette circonstance. Il fut sur-le-champ mis en prison, et il n’en sortit que pour être chargé de venir négocier.</p><p lang="fr-FR">Hier 24, nous sommes entrés dans la place, et nous avons pris possession de tous les forts. Aujourd’hui, à midi, l’escadre y est venue mouiller.</p><p lang="fr-FR">Je suis extrêmement satisfait de la conduite de l’amiral Brueys, de l’harmonie et de l’ensemble qui règnent dans toute l’escadre. J’ai beaucoup à me louer du zèle et de l’activité du citoyen Ganteaume, chef de division de l’état-major de l’escadre.</p><p lang="fr-FR">Le citoyen Motard[^9], capitaine de frégate, a commandé les chaloupes de débarquement ; c’est un jeune officier d’espérance[^10].</p><p lang="fr-FR">Nous avons trouvé à Malte 2 vaisseaux de guerre, 1 frégate, 4 galères, 1 200 pièces de canon, 1 500 000 livres de poudre, 40 000 fusils, etc. On vous en enverra incessamment l’état.</p><p lang="fr-FR">Vous trouverez ci-joint différents ordres[^11] que j’ai donnés pour l’établissement du gouvernement de cette île.</p><p lang="fr-FR">Vous trouverez également ci-jointe la liste des Français résidant à Malte, pour la plupart chevaliers, qui, un mois avant notre arrivée, ont fait des dons pour la descente en Angleterre.</p><p lang="fr-FR">Je vous prie d’accorder le grade de général de brigade au citoyen Marmont[^12].[^13]</p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3> [^1]: <span></span> Cette lettre arrivera à Paris le 1<sup>er</sup> juillet 1798. [^2]: Marmont. [^3]: Caruson. [^4]: Administrateur général des finances de l’armée. [^5]: Dolomieu, Dieudonné Sylvain Déodat Gratet de (1750-1801), minéralogiste membre de la commission des sciences et des arts. [^6]: Le grand maître est Hompesch. La délégation était composée du commandeur Bosredon de Ligny (Bosredon-Ransijat), du baron Mario Testaferrata, du bailli Frisari et des docteurs Musca et Scembri. [^7]: <span></span> Publiée dans la<i> </i><i>Correspondance</i>, sous le n° 2636 [^8]: Originaire de Giat, dans le Puy-de-Dôme, il s’appelle Sidoine de Bosredon de Ligny, dit aussi de Ransijat. [^9]: <span></span> Motard, Léonard Bertrand (1771-1852), capitaine de frégate, chef de l’état-major de Brueys à bord de <i>L’Orient</i>, il commande les chaloupes de débarquement à Malte. Fait prisonnier à Aboukir, il sera libéré dans le courant de 1799. [^10]: Alors chef de l’état-major de Brueys, Motard finira contre-amiral. [^11]: <span></span> Publiés dans la<i> </i><i>Correspondance</i>, sous les n° 2637, 2643 à 2648. [^12]: À partir de ce moment, Marmont est considéré par Bonaparte comme général de brigade. Le Directoire ne confirmera pas, semble-t-il, cette nomination. Devenu consul, Bonaparte ne reviendra pas, bien sûr, sur sa décision. [^13]: Copie d’expédition, Archives du ministère des Affaires étrangères, Correspondance politique, Malte, vol. 24, fol. 165.</body>
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