CG2-2352.md

identifiantCG2-2352.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1798/03/30 00:00
titreNapoléon à Sucy, commissaire ordonnateur en chef de l’armée d’Orient
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 2352. - </b>À Sucy, commissaire ordonnateur en chef de l’armée d’Orient</h1><p lang="fr-FR"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 10 germinal an VI [30 mars 1798]</h2><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">Indépendamment, citoyen ordonnateur, de votre qualité de membre de la commission[^1], vous remplissez plus spécialement les fonctions de l’ordonnateur en chef de l’armée qui va s’embarquer.</p><p lang="fr-FR">Je compte assez sur votre discrétion pour vous faire part de suite de la composition de toute l’armée dont vous êtes chargé, en vous enjoignant surtout de garder le plus profond silence.</p><p lang="fr-FR">L’armée sera composée de cinq divisions :</p><p lang="fr-FR">1<sup>o</sup> Les trois demi-brigades qui s’embarquent à Civitavecchia, qui ont ordre d’embarquer avec elles deux commissaires des guerres, un chef de chaque administration, une ambulance et des vivres pour deux mois ;</p><p lang="fr-FR">2<sup>o</sup> La division qui s’embarque à Gênes, composée de trois demi-brigades, et qui a ordre d’embarquer deux commissaires des guerres, un chef de chaque administration, une ambulance et des vivres pour deux mois ;</p><p lang="fr-FR">3<sup>o</sup> Une division qui s’embarque à Toulon, composée de la 2<sup>e</sup> d’infanterie légère, de la 18<sup>e</sup> et de la 32<sup>e</sup> de ligne ; vous y attacherez deux commissaires des guerres, un chef de chaque administration, une ambulance ;</p><p lang="fr-FR">4<sup>o</sup> Une division qui s’embarquera à Marseille, composée des 9<sup>e</sup> et 35<sup>e</sup>[^2] de ligne, à laquelle vous attacherez également un chef de chaque administration, deux commissaires des guerres et une ambulance.</p><p lang="fr-FR">Vous ferez bien attention surtout que la manière dont je viens de classer les divisions n’est point par les numéros qu’elles doivent garder ; j’ai suivi leur position géographique ; ainsi, vous désignerez les deux divisions qui sont à Toulon, l’une sous le nom de Solliès, l’autre sous celui de la Seyne, sans leur donner aucun numéro.</p><p lang="fr-FR">Toutes ces troupes, avec un corps de cavalerie et d’artillerie à proportion, doivent être réunies sur un seul point, pour concourir à une même opération. Il est donc nécessaire que vous ayez avec vous, pour les employer selon les circonstances, sept ou huit bons commissaires des guerres, un chef d’attelage d’artillerie et huit ou dix hommes entendus, pour pouvoir, lorsque notre débarquement sera opéré, les charger des différents services de l’armée, sans cependant leur désigner encore aucune fonction.</p><p lang="fr-FR">Le général Dommartin commande l’artillerie de ladite armée ; vous vous entendrez avec lui pour tous les détails.</p><p lang="fr-FR">Le citoyen Desgenettes est médecin en chef, le citoyen Larrey, chirurgien en chef. Dix-huit chirurgien et médecins doivent être partis, et, à l’heure qu’il est, être rendus à Toulon. Indépendamment de cela, vous prendrez le plus de chirurgiens et de médecins que vous pourrez, soit en en faisant venir de l’armée d’Italie, soit en prenant ceux de quelque mérite que vous pourriez trouver dans le pays où vous êtes : vous n’en aurez jamais de trop[^3].</p><p lang="fr-FR">Vous organiserez aussi une pharmacie, que vous prendrez dans les hôpitaux de Marseille et de Toulon.</p><p lang="fr-FR">Chaque vaisseau de guerre ou vaisseau de transport doit avoir sa pharmacie pour les malades qui pourraient survenir pendant le passage, et vous devez aussi embarquer une quantité de médicaments proportionnée à la force de l’armée, qui se trouve être de 30 000 hommes.</p><p lang="fr-FR">Procurez-vous deux ou trois cents infirmiers, huit ou dix bons directeurs d’hôpitaux, un bon architecte, douze ou quinze maçons, cinq ou six garde-magasins et un agent en chef des hôpitaux. Vous avez là-dessus liberté tout entière.</p><p lang="fr-FR">Dans les instructions de la commission, j’ai demandé beaucoup de souliers ; indépendamment des besoins qu’aura la troupe au moment de l’embarquement, il faudra encore y suppléer jusqu’à ce que nous ayons pu faire des établissements dans le pays où nous allons.</p><p lang="fr-FR">Le payeur général sera le citoyen Estève. Il faut qu’il ait autant de payeurs qu’il y a de divisions, indépendamment des bureaux et des payeurs qui peuvent lui devenir nécessaires.</p><p lang="fr-FR">N’oubliez pas de vous procurer quelques artistes vétérinaires.</p><p lang="fr-FR">Le général de division ne pourra embarquer que trois chevaux ; le général de brigade deux, et tous les officiers qui ont le droit d’avoir des chevaux, un ; le commissaire ordonnateur en chef, trois, et les commissaires des guerres, un ; les administrateurs, aucun. Mais tout le monde a la liberté d’embarquer le nombre de selles et de palefreniers que la loi lui accorde.</p><p lang="fr-FR">Faites-vous rendre compte s’il y a des tentes dans l’arrondissement où vous vous trouverez ; s’il y en avait, il faudrait les faire mettre en état ; je désirerais en avoir un millier.</p><p lang="fr-FR">Le deuxième bataillon du 4<sup>e</sup> régiment s’est embarqué, le 5, à Lyon, pour Avignon ; ainsi il sera déjà rendu à Toulon quand vous recevrez cette lettre.</p><p lang="fr-FR">J’ai donné ordre que l’on embarque 50 chevaux d’artillerie à Civitavecchia, 50 à Gênes ; nous en embarquerons le plus que nous pourrons à Toulon et à Marseille. Dans les instructions que j’ai données à la commission, cet article de l’artillerie est spécialement détaillé.[^4]</p><p lang="fr-FR"><br/> </p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3> [^1]: Commission de la Méditerranée. [^2]: <span></span> Il s’agit d’une erreur de lecture des éditeurs de la <i>Correspondance</i> : il faut lire la 85<sup>e</sup> de ligne. Ces deux demi-brigades appartiennent à la division Reynier. [^3]: Le service de santé de l’armée d’Orient reposera sur trois hommes : Desgenettes, Larrey et le pharmacien Claude Royer (1766-1818). Près de 130 officiers de santé prendront part à l’expédition, formés à Montpellier, Paris et Strasbourg. D’emblée, les instruments médicaux (et scientifiques) disparaîtront dans le naufrage du navire qui les transporte à Alexandrie. Les équipages d’ambulance seront envoyés par le fond à Aboukir. Et pourtant, le travail ne manquera pas : dysenterie, fièvre des marais, peste, lèpre, scorbut, ophtalmies, hématurie d’Égypte, etc., feront des ravages. Les soignants seront vite désorientés car sans moyens et mal préparés à tant de pathologies exotiques. Les initiatives foisonneront mais resteront longtemps en chantier : installation d’hôpitaux, isolement des contagieux, formation d’infirmiers et de médecins égyptiens, etc. Un succès sera pourtant enregistré dans le domaine du transport des blessés : 220 dromadaires à deux paniers confortables seront affectés aux évacuations. [^4]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er </i></sup><i>publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 2461, d’après la collection Napoléon.</body>