CG2-2296.md

identifiantCG2-2296.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1798/01/11 00:00
titreNapoléon au général Brune, commandant en chef de l’armée d’Italie
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG2</i> - 2296. - </b>Au général Brune, commandant en chef de l’armée d’Italie</h1><p lang="fr-FR"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 22 nivôse an VI [11 janvier 1798]</h2><p lang="fr-FR"><br/> </p><p lang="fr-FR">Vous vous rendrez à Naples, Citoyen Général, pour y remplir une mission délicate et importante.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Le ministre de la République française à Naples se trouvant à Rastadt</font>[^1]<font color="#000000">, le Directoire a jugé devoir envoyer à Naples un ambassadeur déjà recommandable par ses actions militaires</font>[^2]<font color="#000000">.</font></p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Le but de la négociation doit être de faire connaître au roi de Naples</font>[^3]<font color="#000000"> l’injustice, l’inconséquence et le danger pour lui de la démarche qu’il vient de faire, d’occuper la ville de Rome et de s’opposer au juste ressentiment de la République contre Rome</font>[^4]<font color="#000000">.</font></p><p lang="fr-FR">L’histoire des nations policées n’offre point d’exemple d’une action pareille à celle qui vient de se passer à Rome. C’est protéger le crime que de vouloir s’opposer à la punition des coupables. Ce serait plus encore : le Directoire serait fondé à penser que, puisque le roi de Naples développe des projets ambitieux sur Rome, il avait concerté, pour arriver à son but, d’en faire chasser l’ambassadeur français.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Lorsque la cour de Naples fit la paix avec la France, nous étions encore en guerre avec le Pape</font>[^5]<font color="#000000">. Ce prince fit sa paix séparée sans s’intéresser au danger qui menaçait son voisin : il est donc bien étrange qu’aujourd’hui il prenne fait et cause et allie son impuissance à la faiblesse du Pape</font>[^6]<font color="#000000">.</font></p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Le Directoire exécutif, organe de la volonté de la nation, ne souffrira point que l’assassinat du général Duphot</font>[^7]<font color="#000000"> reste impuni.</font></p><p lang="fr-FR">Il fera la guerre à Naples, s’il ne suffit pas de la faire à Rome.</p><p lang="fr-FR">Après avoir fait connaître l’indignation que la conduite du Pape inspire, vous ne manquerez pas d’exprimer combien celle du roi est surprenante.</p><p lang="fr-FR">Une flotte est prête à partir de Toulon et une autre de Corfou.</p><p lang="fr-FR">Si le roi veut vivre en paix avec la République, il doit évacuer Rome sur-le-champ.</p><p lang="fr-FR">Si le roi de Naples persiste à occuper Rome, la guerre est infaillible.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Lorsque vous aurez fait lesdites déclarations au roi lui-même, au premier ministre</font>[^8]<font color="#000000"> et à M. de Gallo</font>[^9]<font color="#000000"> confidentiellement, vous attendrez la première réponse. Trois jours après, vous insisterez et vous menacerez de vous en aller : vous irez même jusqu’à demander votre dernière audience, si vous voyez le cabinet ébranlé, et que vous pensiez que les préparatifs de votre départ pussent le décider.</font></p><p lang="fr-FR">Vous ne manquerez pas, en même temps que vous ferez entrevoir les dangers que court le roi de Naples, et spécialement la Sicile, par une conduite si imprudente, de laisser entrevoir le désir que la République avait de faire, soit dans le Levant, soit en Italie, quelque chose d’utile au roi.</p><p lang="fr-FR">Ainsi, par une conduite injuste et mal calculée, le roi de Naples perd ce que la France pouvait faire pour lui, et se remet à courir les chances de la guerre, qui peuvent être terribles pour lui.</p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Vous instruirez le ministre des affaires étrangères</font>[^10]<font color="#000000"> et le général Berthier</font>[^11]<font color="#000000">, par des lettres chiffrées, de la marche et de l’issue de votre négociation, et vous attendrez à Naples de nouvelles instructions.</font></p><p lang="fr-FR"><font color="#000000">Le Directoire compte sur votre dextérité, vos talents et votre fermeté dans une circonstance si essentielle, et où il serait si avantageux à la République que le roi de Naples ne se mêlât point des affaires du Pape.</font>[^12]</p><p lang="fr-FR"><br/> </p> [^1]: Treilhard venait d’être nommé ambassadeur à Naples quand il a été désigné comme plénipotentiaire au congrès de Rastatt. [^2]: On a d’abord pensé à Bernadotte. [^3]: Ferdinand IV. [^4]: Assassinat du général Duphot, 27 décembre 1797, à la suite duquel l’ambassadeur français, Joseph Bonaparte, a quitté la Ville Éternelle. [^5]: La France a signé un traité de paix avec Naples le 10 octobre 1796. Celui conclu avec le pape Pie VI est du 17 février 1797. [^6]: À la suite de l’assassinat de Duphot, le bruit avait circulé d’une entrée des troupes napolitaines à Rome. [^7]: Duphot, Léonard (1763-1797). [^8]: <span></span>Acton, Jean François Édouard (1736-1811), né à Besançon, d’origine anglaise, il est premier ministre de Naples et favori de la reine Marie-Caroline. Il est à juste titre soupçonné par les Français de mener une politique pro-anglaise<font color="#000000">.</font> [^9]: Ministre des Affaires étrangères. [^10]: Talleyrand. [^11]: Commandant en chef de l’armée d’Italie qui va bientôt recevoir l’ordre de marcher sur Rome. [^12]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n°2403, d’après les Archives de l’empire.</body>