den-2752

identifiantden-2752
fait partie dedenon
est validéoui
date1813/03/09 00:00
titreLettre n° 2752: Denon pour le ministre de l'Intérieur
texte en markdown<body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none">DEN-2752 -</b> Denon pour le ministre de l'Intérieur</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">9 mars 1813</h2> A Son Excellence le ministre de l'Intérieur. Monseigneur, Vous me faites l'honneur de me consulter sur la proposition itérative que fait M. Vincent Giustiniani de vendre à Votre Excellence sa collection d'antiquités ou d'obtenir d'elle la permission de la transporter à l'étranger et notamment en Angleterre. Avant mon dernier voyage en Italie, je fus consulté, Monseigneur, sur cette acquisition; la liste de ces antiquités me fut présentée avec la désignation de toutes les illustrations de chacune d'elles et la célébrité donnée à cette collection par les 2 volumes de gravures publiés sous le nom de <i>Galerie Giustiniani</i> me déterminèrent à appuyer cette proposition. Je savais déjà que le prince Giustiniani avait vendu plusieurs statues précieuses, notamment la belle <i>Minerve Medica</i> au prince Lucien, mais je croyais que cette collection immense était encore très riche et je m'empressai aussitôt mon arrivée à Rome d'aller visiter cette galerie afin de pouvoir, si j'avais l'honneur d'être consulté à ce sujet, répondre d'une manière précise sur l'acquisition proposée. Je ne puis cacher à Votre Excellence que la vue de ces antiquités m'a mis dans le cas de me tenir dorénavant en garde contre les illustrations des antiquaires romains et de ne donner désormais mon avis sur les antiquités que lorsque je les aurais vues. Je dois donc vous prévenir, Monseigneur, que, dans toutes les statues et bustes que M. Vincent Giustiniani propose, à peine s'en trouve-t-il huit qui pouraient entrer sous le rapport de l'art dans la collection impériale, les autres décorés de grands noms ne seraient, si l'identité en était constatée, que des objets tout au plus curieux, mais par leur peu de mérite comme sculpture indignes de figurer au milieu des chef-d'œuvres du musée Napoléon. <i><b>\[p. 291\]</i></b> Je regarde donc, Monseigneur, cette acquisition comme entièrement inutile; le musée ne peut acquérir maintenant et ne doit s'enrichir que de statues de premier ou second ordre, ainsi qu'il en existe encore quelques-unes dans plusieurs maisons des princes romains et non des débris de collection comme ceux que l'on propose. Quant à la permission que sollicite M. Vincent Giustiniani de sortir de Rome cette collection pour la porter en Angleterre, je n'y verrais d'autre inconvénient que cette galerie, qui a joui pendant deux siècles d'une grande célébrité, est encore visitée par les voyageurs peu connaisseurs et admirée sur parole, quoiqu'elle soit dépouillée de ses plus belles statues et de tous ses tableaux. Ce motif ne pourait cependant être un obstacle à la demande que fait M. Giustiniani et je pense, Monseigneur, qu'en autorisant M. l'intendant de la Couronne à Rome à retenir pour le musée du Vatican, après les avoir fait estimer, les 6 ou 8 articles qui pouraient convenir à cette collection impériale, le reste peut être laissé à la disposition du propriétaire pour en faire ce qu'il voudra et le transporter à l'étranger si Votre Excellence daigne lui accorder la permission.[^1] [^1]: Marie-Anne Dupuy, Isabelle le Masne de Chermont, Elaine Williamson, <i>Vivant Denon : Directeur des musées sous le Consulat et l'Empire correspondance (1802-1815)</i>, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1999, Archives des musées nationaux, registre *AA8 p. 289, Denon