| identifiant | den-2170 |
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| fait partie de | denon |
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| est validé | oui |
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| date | 1811/07/23 00:00 |
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| titre | Lettre n° 2170: Denon pour le grand maréchal |
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| texte en markdown | <body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none">DEN-2170 -</b> Denon pour le grand maréchal</h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">23 juillet 1811</h2>
Le directeur général à Son Excellence le duc de Frioul, grand maréchal du palais.
Monsieur le Duc,
J'ai l'honneur de prévenir Votre Excellence que, dans la nuit du 20 au 21 juillet, on s'est introduit de la cour du Louvre dans la salle dite des Fleuves, où sont les <i>Cariatides</i> de Jean Goujon, et qu'on y a volé deux portières de tapisserie représentant des dieux de la fable. Je les y avais fait placer pour masquer une porte qui doit être incessament remplacée par une autre en bronze[^1] ; les recherches que j'ai faites conjointement avec le commissaire de police de la division du Muséum prouvent évidemment que le vol s'est effectué par la cour et que les voleurs ont profité de l'abandon où cette partie du Louvre et celle de la façade adossée à la colonnade restent pour s'introduire dans cette pièce au rez-de-chaussée, les portes de ces deux côtés étant fermées à huit heures et celles de la rue du Coq et du Pont-des-Arts restant ouvertes jusqu'à minuit.
M. l'inspecteur des travaux du Louvre, que j'ai fait appeller à ce sujet, m'a représenté qu'anciennement les portiers avec deux hommes de la garde faisaient d'heure en heure des patrouilles pour s'assurer que des vagabonds ne se cachaient point dans les pierres ou ne cherchaient point à crocheter les portes pour s'introduire dans le palais et y voler les fers et les plombs, mais que ce service ne se faisait plus, ou du moins fort inexactement. J'ai pensé, Monsieur le Duc, que je devais vous en informer et vous prier de donner des ordres pour qu'une consigne très rigoureuse soit donnée à ce sujet.
J'appellerai de même l'attention de Votre Excellence sur les alentours du musée; depuis les démolitions, ils ne sont peuplés la nuit que de brigands, de filles perdues et, pis encore, à chaque minute on y crie au meurtre, et il n'est pas sûr d'y passer seul et sans être armé. Comme cet emplacement se trouve dans l'enceinte du palais, j'ai pensé que Votre Excellence pourrait donner des ordres pour qu'on y fît des patrouilles pendant la nuit ou qu'elle pourrait écrire au commandant de Paris pour qu'il y fasse établir un poste jusqu'à l'entière démolition et l'enlèvement des matériaux. J'appelle donc, Monsieur le Duc, toute votre sollicitude sur ce que j'ai l'honneur de vous exposer.
Quant au vol fait au musée, il est peu de chose en lui-même, et les misérables qui se sont enhardis à le commettre ne retireront pas 300 F du peu d'or dont ces tapisseries sont tissées, mais un accident plus grave qu'il faut prévoir c'est qu'un malheureux payé par un malintentionné ne s'introduise dans l'établissement pour y briser les plus beaux monumens. C'est cette crainte qui m'a fait prier M. Fontaine de faire mettre des grilles sur le jardin de l'Infante et sur la place du musée. Elles sont posées, il ne reste plus que celles des croisées de la cour du Louvre à établir, mais les travaux extérieurs du rez-de-chaussée ne sont pas assez avancés pour les élever. Il faut donc redoubler de zèle de ce côté, et c'est principalement, Monsieur le Duc, le motif de la demande que j'ai l'honneur de vous faire d'une consigne pour cette cour.
Je dois prévenir Votre Excellence que, dans cette circonstance, je n'ai point à accuser les gardiens du musée d'un manque de surveillance; la garde de nuit dans l'intérieur se fait avec la plus grande exactitude et les patrouilles ont lieu d'heure en heure, mais l'immensité du local depuis le pavillon de Flore jusqu'à la porte impériale du Louvre a pu laisser assez de tems aux voleurs, qui, aidés des pierres qui sont en œuvre sur cette façade, n'ont eu qu'à franchir l'appui d'une \[p. 41\] croisée pour se trouver dans cette salle. M. Fontaine, sur ma demande, vient d'y faire clouer extérieurement des planches, et j'espère que cette précaution préviendra de nouveaux accidens.[^2]
[^1]: Il s'agit de la porte située sous la tribune, dans laquelle Percier et Fontaine avaient fait encastrer les bronzes de Riccio.
[^2]: Marie-Anne Dupuy, Isabelle le Masne de Chermont, Elaine Williamson, <i>Vivant Denon : Directeur des musées sous le Consulat et l'Empire correspondance (1802-1815)</i>, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1999, Archives des musées nationaux, registre *AA8 p. 40, Denon |
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