| identifiant | den-AN8 |
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| fait partie de | denon |
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| est validé | oui |
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| date | 1803/06/08 00:00 |
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| titre | Lettre n° AN8: Denon à Bonaparte, Premier Consul |
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| texte en markdown | <body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none">DEN-AN8[^1] -</b> Denon à Bonaparte, Premier Consul</h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">8 juin 1803</h2>
Au premier Consul.
Général,
Les médailles de Romulus, d'Ancus Marcius et de Brutus sont des médailles consulaires restituées après bien des siècles, et sans doute idéales, puisque du tems de ces personnages il n'existait ni statuaires, ni graveurs en pierres et en métaux. Du reste celle de Brutus, faite d'après des bustes de même restitués, a été tellement bien pensée par l'artiste qu'on croit reconnaître dans ce portrait le caractère et les traits que l'histoire en a laissés dans l'imagination.
Celui de Silla, qui fait la même impression, peut avoir été copié après sa mort sur quelque buste fait par des artistes grecs, qui commençaient à cette époque à se faire connaître en Italie.
Le portrait de Regulus ne porte aucun caractère et il n'y a pas une raison qui puisse faire croire qu'il soit plus véritable que toutes les têtes qui sont sur les monnayes consulaires.
Celle de Metellus ne peut être prise pour un portrait, puisque les Romains à cette époque ne portaient point de barbe.
Le roi Giuba, médaille très connue, est évidemment un portrait, puisque sous Auguste rien n'empêchait qu'on frappât à Rome une médaille à un roi d'Afrique avec son effigie.
Celle de Jule César est ressemblante, ainsi que celle de Pompée, parce que très peu de temps après la mort de l'un et de l'autre, on se permit de frapper des médailles avec le portrait.
Ces neuf médailles, que l'on peut ranger au nombre des consulaires, sont d'une belle conservation, et sans être d'une grande rareté ont l'intérêt de têtes adoptées comme ressemblances.
Celle de Frédéric II[^2] est sans doute la plus précieuse par sa conservation, sa rareté et la beauté de son caractère dans un siècle où les arts expirants dans le bas empire grec n'avaient point encore été appelés en Italie.
Si la onzième et dernière médaille, celle de Timoléon, n'existe point à la Bibliothèque, ce seul titre la rend précieuse.
Cet hommage fait avec grâce et sans l'emphase ordinaire que mettent souvent les antiquaires, et surtout les Italiens, me paraît mériter l'accueil du Premier Consul, dont le goût pour les portraits des héros a sans doute provoqué l'offrande de Monsieur Carelli.
Agréez, Général, l'hommage de mon profond respect.[^3]
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">DENON</h3>
[^1]: Rapport rédigé à la demande du Premier Consul sur des médailles anciennes dont l'antiquaire Francesco Carelli désirait lui faire hommage. Le descriptif de ces médailles est joint au rapport de Denon ( ibid. n° 15).
[^2]: Frédéric II (1194-1250), roi de Sicile, empereur germanique. L'intérêt politique ponctuel de cette pièce, au moment où Bonaparte envisageait une expédition en Angleterre, est souligné par Carelli dans le descriptif des médailles : Frédéric II, précise-t-il, fut le fils de la dernière reine napolitaine de sang normand, « cioè di quella stirpe illustre, che cacciò i Saracini dall'Italia inferiore, e cominciò ad ingentilire l'Inghilterra [...] » ( loc. cit. ). Sur le détournement de la fonction politique des médailles anciennes et l'exploitation de l'histoire des conquêtes normandes, cf. infra lettres AN 10, AN 11, AN 13, AN 15, AN 16.
[^3]: Marie-Anne Dupuy, Isabelle le Masne de Chermont, Elaine Williamson, <i>Vivant Denon : Directeur des musées sous le Consulat et l'Empire correspondance (1802-1815)</i>, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1999, Archives nationales <i>AF IV 1049 dr 2 n° 16(24)</i>, Denon |
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