| identifiant | den-AN25 |
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| fait partie de | denon |
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| est validé | oui |
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| date | 1804/10/15 00:00 |
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| titre | Lettre n° AN25: Denon à Napoléon |
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| texte en markdown | <body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none">DEN-AN25 -</b> Denon à Napoléon</h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">15 octobre 1804</h2>
<div style="text-align: center;">
<b>Notes</b>
</div>
Sire,
De tous les établissements publics fondés par Votre Majesté, celui qui fixe le plus spécialement la curiosité et l'admiration de l'Europe est en ce moment-ci le musée qui porte votre auguste nom. Résultat de vos conquêtes, il surpasse ce que toutes les époques de l'antiquité ont pu offrir de grand et de majestueux. Les collections faites par Ptolomée Philadelphe et Léon X disparaissent à la vue de celle qui réunit ce qu'Alexandrie, la Grèce et Rome antique ont possédé de plus rare, ce que l'école romaine, celles de Naples, de Venise, de Florence, celles de Lombardie, de Flandres, de Hollande et d'Allemagne ont produit de plus parfait depuis le renouvellement des arts.
La vue de tant de chefs-d'œuvre, l'impulsion que vous donnez à votre siècle, se manifestent dans la brillante exposition du Salon de cette année.
Déjà élancés, les artistes n'attendent qu'un ordre de leur souverain pour marcher et lui servir d'escorte dans la route de la gloire et transmettre la sienne aux siècles à venir; mais comme il faut, Sire, régler les mouvements de cette espèce d'armée mobile et composée de volontaires presque toujours révoltés, il faut pour y parvenir modérer et assurer leurs prétentions, tourner toutes leurs pensées du côté de l'imagination et du travail, les réveiller sur des rêves ridicules et leur rendre un tems précieux qu'ils emploient à intriguer pour les réaliser; il faut, Sire, que les tableaux que vous ordonnez ayant un prix fixe et que vous accordiez des primes pour les artistes qui auront fait des ouvrages distingués qu'il ne vous conviendra pas d'acheter. Ces deux méthodes aussi paternelles de votre part qu'honorables pour eux, seront peu coûteuses lorsque dans cette distribution Votre Majesté ne permettra pas qu'il s'introduise de petites protections, qu'un peintre soit l'appréciateur de l'ouvrage d'un autre et que par conséquent il devienne juge dans sa propre cause; qu'il arrive comme à la dernière exposition qu'un tableau soit payé 24 000 francs[^1], de manière qu'il n'y ait plus de prix pour une production meilleure; enfin, qu'un ministre ou ses bureaux, pour déjouer le directeur quelconque, n'accorde pas des 20 000 francs et des 30 000 francs à des peintres courtisans qui trouvent les facilités de recevoir les deux tiers de leurs paiements, laissant au tems à faire oublier le sujet qui leur a été donné, le choix qu'on a fait d'eux et la mémoire même du ministre qui les a protégés.
Dans le budget relatif aux dépenses pour les arts, il faudrait autrement que par le passé que les sommes qui auraient été destinées pour chaque objet n'en pussent être distraites. Cette sécurité pour le directeur et pour l'artiste rattache d'une manière plus serrée la responsabilité de l'un et de l'autre.
Je vais essayer, Sire, de joindre ici des articles qui pourraient servir de bases à un règlement, soit pour composer les attributions du directeur de manière à en faire un emploi utile, soit pour donner une marche fixe à l'avancement de l'art par les encouragements du souverain.
Je pense, Sire, que vous ne croirez pas que l'ambition ni l'intérêt personnel entrent pour rien dans aucune des mes raisons.
J'ai fait tous mes efforts pour justifier votre choix, je chéris l'exercice de ma place parce qu'elle m'approche de votre personne, parce qu'elle me fait un agent du génie qui vous anime, parce que mon admiration pour Votre Majesté m'inspire ce qui manque à mes connaissances; mais je la verrais passer sans regret à un autre, si plus de bienveillance de votre part le mettrait dans le cas de l'exercer avec plus d'avantages.
Pardon, Sire, si je vous parle de moi; c'est la première fois, ce sera la dernière.
<i>\[p.j. 1 : Arch. nat. O2 150 n° 465\]</i>
<div style="text-align: center;">
Article de règlement
</div>
Le directeur général n'aura jamais de fonds entre les mains. Il sera fait au commencement de chaque mois, par l'intendant général de la Maison de l'Empereur, un budget pour les dépenses particulières de ses attributions qui ne seront ordonnancées par l'intendant que sur les mémoires vérifiés et contrôlés des artistes, entrepreneurs, ouvriers et fournisseurs, et le directeur général à la fin de chaque année rendra un compte général de l'emploi de ces fonds et des sommes versées dans sa caisse du produit du revenu de la calcographie, des plâtres, des livrets et des médailles.
<div style="text-align: center;">
Budget de l'an 13 à proposer pour les divers établissements
</div>
Les états émargés pour les traitements des employés de ces divers établissements seront remis les premiers jours de chaque mois à M. l'intendant général.
<table border="1">
<tr>
<td></td>
<td><strong>franc</strong></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2"><strong>Traitement du directeur, des conservateurs, employés et gardiens</strong></td>
</tr>
<tr>
<td>Traitement du directeur, des conservateurs, employés et gardiens</td>
<td>78 000</td>
</tr>
<tr>
<td>Dépenses relatives à la restauration des statues, des tableaux et à la calcographie</td>
<td>30 000</td>
</tr>
<tr>
<td>Acquisitions d’objets d’art, bustes et statues antiques, tableaux anciens qui manquent à la collection</td>
<td>50 000</td>
</tr>
<tr>
<td>Cet article est à la volonté de Sa Majesté pour le plus ou le moins.</td>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2"><strong>Monnaie des médailles</strong></td>
</tr>
<tr>
<td>Traitement des conservateur, contrôleur, comptable et journées d’ouvriers</td>
<td>22 440</td>
</tr>
<tr>
<td>Entretien des machines</td>
<td>4 000</td>
</tr>
<tr>
<td>Exécution de douze médailles et jetons</td>
<td>25 000</td>
</tr>
<tr>
<td>Le budget de l’an XII, à cause de l’établissement des machines achetées à M. Droz et les indemnités à accorder à M. Decotte, avait été porté à 120 000 F, ce fonds changeant apparemment d’objet a été réduit par le ministre de l’Intérieur à 70 000 F, sans lesquels il ne restait plus à la fin de l’an XII que 30 000 à employer pour les deux articles de MM. Droz et Decotte qui n’ont encore reçu aucun acompte.</td>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2"><strong>Musée des Monuments français</strong></td>
</tr>
<tr>
<td>Traitement des conservateurs et employés, et dépenses de l’établissement</td>
<td>18 000</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2"><strong>Musée de Versailles</strong></td>
</tr>
<tr>
<td>Traitement des conservateurs, employés et gardiens, et dépenses d’entretien de l’établissement</td>
<td>20 000</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2"><strong>Musée d’architecture aux 4 Nations</strong></td>
</tr>
<tr>
<td>Appointements du conservateur et des employés</td>
<td>10 000</td>
</tr>
<tr>
<td>Cet article est un nouvel établissement sous un conservateur particulier. Il contient un musée très précieux pour l’art de l’architecture, composé de fragmens en plâtre de tous les monumens qui peuvent servir à l’étude des principes et aux recherches sur cet art. Il a cela de particulier que la France seule se soit avisée de rassembler une collection aussi utile.</td>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2"><strong>École[s] de dessin, des Beaux-Arts à Rome, de Glyptique et de Mosaïque</strong></td>
</tr>
<tr>
<td>Traitemens des professeurs de l’école spéciale de peinture, sculpture et architecture</td>
<td>60 000</td>
</tr>
<tr>
<td>École des Beaux-Arts à Rome</td>
<td>60 000</td>
</tr>
<tr>
<td>C’est à Sa Majesté à juger si ces deux articles doivent entrer dans l’attribution du directeur général ou faire partie de celle du ministre de l’Intérieur, être payés par ce ministre ou par l’intendant général.</td>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td>École de Glyptique et de Mosaïque aux Sourds-Muets</td>
<td>4 000</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2"><strong>Secours aux artistes indigens</strong></td>
</tr>
<tr>
<td>Le directeur propose qu’il soit mis à sa disposition, pour venir au secours des artistes de mérite qu’un accident priveroit des moyens de travailler, une somme de</td>
<td>15 000</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2"><strong>Érection des monuments</strong></td>
</tr>
<tr>
<td>Sa Majesté a ordonné l’érection d’un monument à la gloire de Desaix, et d’une colonne qui doit supporter la statue d’un héros. Le premier de ces monuments est en activité, le second n’est qu’en projet. Le directeur demande pour les travaux pendant cette année</td>
<td>150 000</td>
</tr>
<tr>
<td>La statue de Desaix est déjà élevée en plâtre à la grandeur projetée et au point qui laisse à décider si on la laissera nue ou s’il faut y adapter le costume français. Si Sa Majesté voyait dans ce moment cette figure, je suis persuadé qu’elle se déciderait pour le premier parti.</td>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td>Je crois que nous touchons au moment de décider l’article relatif à la colonne et que ce ne doit pas être à la Liste civile à en faire la dépense.</td>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2"><strong>Encouragement des arts</strong></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2"><strong>Peinture</strong></td>
</tr>
<tr>
<td>Deux grands tableaux d’histoire dont les sujets seraient donnés, de la proportion de 18 ou 20 pieds ou plus si les places qu’ils devraient occuper l’exigeaient, à 12 000 F</td>
<td>24 000</td>
</tr>
<tr>
<td>Le directeur est d’avis qu’il ne faut jamais dépasser cette somme qui lui parait suffisante pour les plus grands ouvrages. Si un artiste a réussi complètement, l’Empereur pourra toujours le récompenser en lui accordant des primes ou des honneurs.</td>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td>Deux moyens tableaux d’histoire dont les sujets seraient de même donnés et les proportions indiquées</td>
<td>12 000</td>
</tr>
<tr>
<td>Il faut que ces tableaux soient toujours donnés à ceux qui auront montré le plus de talent au Salon, ces encouragements rendront désireux d’y exposer. Le public que l’on consulte dans cette exposition est toujours le jury le plus sûr et le plus impartial.</td>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td>Ce nombre de tableaux est aussi réduit que possible. L’ancien gouvernement faisait faire annuellement 3 grands tableaux et 3 moyens. Les 1ers se payaient 6 000 F et les seconds 3 000 F. Ils étaient destinés à être exécutés en tapisserie. Ils se distribuaient aux membres de la ci-devant Académie sur la présentation du Premier peintre qui, lui-même exécutant, ne présentait que des hommes de son école dont le talent ne pouvait pas l’alarmer, en sorte que ces tableaux étaient toujours les plus médiocres des expositions.</td>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2"><strong>Sculpture</strong></td>
</tr>
<tr>
<td>Deux statues héroïques de la proportion de 2 mètres et plus si le cas le requiert, à 15 000 F chacune, le marbre fourni par l’État, ci</td>
<td>30 000</td>
</tr>
<tr>
<td>Six bustes de héros ou de grands hommes à 2 400 F</td>
<td>14 400</td>
</tr>
<tr>
<td>Les statues se payaient avant la Révolution 10 000 F. La cherté de toutes choses engage le directeur à en porter le prix à 15 000 F. Le soin et le tems que les sculpteurs mettent maintenant à leurs ouvrages et les frais qu’ils sont obligés de faire nécessitent cette augmentation.</td>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2"><strong>Gravure</strong></td>
</tr>
<tr>
<td>Exécution de deux gravures d’après les plus beaux ouvrages exposés au Salon dont les traits auraient rapport à l’histoire de France ou d’après les plus beaux tableaux du musée Napoléon</td>
<td>20 000</td>
</tr>
<tr>
<td>Comme il est nécessaire d’encourager la peinture dite de genre, très productive au commerce des arts, mais qu’il ne serait pas de la dignité du gouvernement d’ordonner des tableaux de paysage ou de scènes domestiques, le directeur pense qu’on peut consacrer par année une somme de 15 000 francs pour acheter les ouvrages de mérite qui seront présentés aux expositions. Si cette somme eût été cette année à sa disposition, il eût acquis trois ou quatre tableaux qui peuvent être considérés comme des chefs-d’œuvre dignes de décorer les plus précieux cabinets</td>
<td>15 000</td>
</tr>
<tr>
<td>Au reste, rien n’est plus heureux et plus glorieux pour le gouvernement que le public soit assez aisé pour ne lui laisser aucun tableau de ce genre à acheter, et dans ce cas huit à dix médailles de 4 à 500 francs, que l’Empereur ferait distribuer gratuitement de sa part aux artistes, leur paroîtrient d’un prix inestimable et seraient peut-être de tous les encouragements celui qui serait le plus magnifique, le plus honorable et le plus profitable, cy</td>
<td>5 000</td>
</tr>
<tr>
<td><strong>Total</strong></td>
<td><strong>566 840</strong></td>
</tr>
</table>
[^1]: Mémoire de M. Denon. Renvoyé à M. Fleurieu par ordre de S.M. l’Empereur, ce 29 vendémiaire an 13. [Apostille de la main d’un secrétaire.]
[^2]: On a vu ici une allusion au tableau de David, Bonaparte au Grand-Saint-Bernard, mais il n'est pas impossible que Denon songe à celui de Guérin, Phèdre et Hippolyte, qui fut acquis pour le même prix de 24000F et qui avait été exposé au Salon de 1802 (cf. supra AN7 et infra AN 27, AN 48).
[^3]: Par Dejoux, monument destiné à la place des Victoires à Paris.
[^4]: La future colonne Vendôme.
[^5]: Nota. Les encouragements proposés s’élèvent à la somme de 120 400. \[Apostille de la main de Claret de Fleurieu.\]
[^6]: Marie-Anne Dupuy, Isabelle le Masne de Chermont, Elaine Williamson, <i>Vivant Denon : Directeur des musées sous le Consulat et l'Empire correspondance (1802-1815)</i>, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1999, Archives nationales O2 150 n° 467a, Denon |
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