den-AN23

identifiantden-AN23
fait partie dedenon
est validéoui
date1804/09/25 00:00
titreLettre n° AN 23: Denon à Napoléon
texte en markdown<body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none">DEN-AN 23 -</b> Denon à Napoléon</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">25 septembre 1804</h2> Sire, J'ai vu Monsieur Portalis et Monsieur de Fleurieu; tous deux acceptent mon travail[^1], et tous deux attendent des ordres définitifs de Votre Majesté pour me les signifier. La diversité des objets qui composent ce travail peut mettre quelque incertitude dans les attributions de ces deux ministères. Si les musées appartiennent à votre Liste civile, les dépenses des bâtiments de ces mêmes musées et la restauration du Louvre (article exorbitant dans les circonstances) sont de nature à être à la charge du gouvernement, et à entrer dans les attributions du ministère de l'Intérieur. Votre Majesté voudra bien aussi prononcer sur l'attribution de la Monnaye des médailles. La sensation que fait le Salon anime encore les âmes exaltées des artistes. Ce corps de volontaires enthousiastes voit dans votre règne renouveler celui d'Auguste. Ils voient en vous l'époque de leur gloire et de leur bonheur et ils cherchent toutes les voies qui peuvent faire arriver leurs vœux et leur zèle jusqu'à Votre Majesté. Votre bonté pour moi me fait regarder par eux comme l'organe qu'ils cherchent, et cette inquiète ardeur me donne dans leur esprit une existence que je n'ai point, et qui devient d'autant plus embarrassante que je ne peux l'accepter, et que je ne peux cependant repousser dans la crainte d'attiédir leur ardeur créatrice. Il y eut hier, à l'occasion du triomphe de Gros, une réunion composée des artistes les plus distingués. Si Votre Majesté eût pu être témoin de leur émotion, de leur enthousiasme pour vous, elle aurait vu que cette classe d'êtres si faciles à mouvoir, si difficiles à gouverner, ne s'alimente que de gloire, et qu'elle est pour elle le plus pressant des besoins. Je sens combien les circonstances obligent Votre Majesté à porter l'économie sur tout ce qui est superfluité, mais en même tems je suis persuadé que quelques paroles de vous, et quelques faveurs gratuitement accordées au vrai mérite, exalteraient tous les talents et commenceraient votre siècle dans les arts. J'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Majesté que le gouvernement avait l'habitude d'accorder des tableaux d'émulation aux peintres qui s'étaient distingués dans les Salons. Cette mesure avantageuse en apparence, puisqu'elle faisait travailler les artistes et qu'elle augmentait la collection du Musée français, n'atteignait cependant aucun des buts que le gouvernement se proposait. L'artiste se croyait imposé à faire un tableau, il croyait que son tableau valait plus que ce que le gouvernement lui donnait, et la collection ne s'augmentait que de choses insignifiantes. Je croirais donc, Sire, qu'il serait plus utile, plus encourageant, plus digne de vous, de faire des dons gratuits proportionnés au mérite des auteurs, d'acheter quelques tableaux qui vous plairaient et de faire continuer d'ordonner par le gouvernement les sujets historiques dont il doit être cher à la nation de conserver la mémoire et sur lesquels il est utile d'exercer les talents que les particuliers ne peuvent payer. Cette méthode serait brillante, avantageuse et point exorbitante. L'exposition des statues au Luxembourg m'a fait complètement gagner mon procès[^2]. Tout ce qui a été exécuté en habit civil a paru si ridicule que cela a été jugé généralement inadmissible. Celles où ce malheureux costume a été déguisé ou sauvé ont paru supportables. Parmi celles où ce costume n'a pas été admissible, il y en a quelques-unes qui rappellent les plus beaux tems de la sculpture. A votre arrivée, Sire, j'aurai l'honneur de vous présenter sur la peinture et la sculpture les notes que j'ai pris la liberté de vous annoncer. Je suis, avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté le plus fidèle serviteur.[^3] <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">DENON</h3> [^1]: Il s'agit probablement de la préparation du séjour du pape à Paris, entreprise alors que la réorganisation de la gestion de la Liste civile était à l'étude. [^2]: Allusion à sa campagne en faveur du nu dans la statuaire. L'exposition au palais du Luxembourg des statues destinées à orner la salle des séances et le grand escalier du Sénat conservateur s'était ouverte le 20 fructidor an XII (7 septembre 1804). Certaines de ces statues allaient être exposées au Salon (voir <i>infra</i>, AN 24). [^3]: Marie-Anne Dupuy, Isabelle le Masne de Chermont, Elaine Williamson, <i>Vivant Denon : Directeur des musées sous le Consulat et l'Empire correspondance (1802-1815)</i>, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1999, Archives nationales <i>AF IV 1050 dr1 n°7</i>, Denon
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