| identifiant | den-AN7 |
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| fait partie de | denon |
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| est validé | oui |
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| date | 1803/05/13 00:00 |
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| titre | Lettre n° AN7: Denon à Bonaparte, Premier Consul |
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| texte en markdown | <body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none">DEN-AN7 -</b> Denon à Bonaparte, Premier Consul</h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">13 mai 1803</h2>
<div style="text-align: center;">
Au Premier Consul
</div>
Citoyen Premier Consul,
Vous avez ordonné que la lettre du citoyen David réclamant 24 000 francs[^1] me fût renvoyée, ainsi que le rapport du citoyen Estève qui vous en rend compte.
Rien n'est plus difficile que de prononcer sur le prix des productions des arts. La réputation des artistes, le taux qu'ils ont mis à l'emploi de leur tems, la flatterie de ceux qui ne doivent pas les payer, les mauvais conseils toujours reçus par l'amour-propre, l'intérêt et l'envie naturelle de peu travailler, tout cela devrait toujours être prévu avant que les ouvrages fussent entrepris, afin que chacun sût à quoi s'en tenir lorsqu'ils sont terminés. Ce serait sans doute un grand malheur que les artistes ne pussent pas entrevoir dans l'avenir la jouissance d'un doux repos; mais c'est peut-être un malheur aussi grand pour les arts, que le prix de certaines productions devienne si exorbitant qu'il serve de type et fasse qu'il ne se trouve plus de moyens de les faire exécuter ou de les faire répéter.
La munificence du roi d'Espagne pour payer le portrait du Premier Consul fait par le premier peintre de l'Europe, n'aurait peut-être pas dû servir de base à Monsieur David pour taxer les trois répétitions qu'il a faites de ce portrait; mais David, naturellement plus occupé de son travail que du prix de ses tableaux, laisse parler sa femme, trop ardente pour les intérêts de son intérieur, de ses enfants, peut-être d'une gloire qui résulte du prix élevé des tableaux de son mari. Elle aura sans doute dicté la demande de David, qui, réduite à la somme de quinze mille francs par tableau, me paraîtrait encore très digne de la réputation du peintre et de la magnificence du Premier Consul, que je ne puis fixer, que je ne dois point limiter, n'ayant rien connu de cette affaire que dans ce moment-ci.
Agréez, Général, l'hommage de mon profond respect.
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">DENON</h3>
<i>\[p.j. 1 : Arch. nat. AF IV 1049 dr 2 n° 10\]</i>
<div style="text-align: center;">
David au citoyen Estève.
</div>
Citoyen,
Mon épouse a eu l'honneur de vous parler de la somme de vingt-quatre mille francs que je demande pour la solde des trois portraits du Premier Consul que j'ai faits par ses ordres.
Vous avez objecté, avec raison, qu'ayant fait trois portraits, je devais, en raison du nombre, être modéré sur le prix. C'est aussi ce que j'ai fait, et j'ai sur ce point prévenu vos observations : en effet, le roi d'Espagne m'a payé 24 mille francs le portrait du Ier Consul qui m'a été demandé de sa part. Ceux que j'ai exécuté d'ordre du Premier Consul n'ont pas été moins attentivement soignés, et je ne demande pour chacun d'eux que vingt mille francs, sur quoi le Premier Consul a déjà eu la bonté de m'en faire payer trente-six. Permettez-moi de vous demander pour ce qui me reste dû la même bienveillance que vous m'avez témoignée. Je vous aurai une obligation spéciale de vouloir bien mettre mes observations sous les yeux du Premier Consul.
Agréez, je vous prie, l'assurance de la considération la plus distinguée.
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">DAVID, de l'Institut.</h3>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Ce 13 floréal an 11</h3>
<i>\[p. j. 2 : Arch. nat. AF IV 1049 dr 2 n° 9 \]</i>[^2]

<div style="text-align: center;">
Rapport au Premier Consul
</div>
Le citoyen David réclame vingt-quatre mille francs pour solde des trois portraits du Premier Consul qu'il a faits d'après ses ordres. J'ai observé au citoyen David qu'ayant fait trois fois le même ouvrage, il devait être modéré sur le prix. Il m'a répondu que sa demande était établie d'après la réduction dont les portraits étaient susceptibles puisqu'ayant reçu vingt-quatre mille francs du roi d'Espagne, il ne demandait que vingt mille francs de chacun de ceux qu'il avait remis au Premier Consul.
Je prie le Premier Consul de statuer sur la réclamation du citoyen David en décidant si les tableaux sont définitivement payés avec la somme de trente-six mille francs qu'il a reçue du général Duroc ou de moi, ou si les vingt-quatre mille francs réclamés par le citoyen David lui sont encore dus.[^3]
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">ESTÈVE</h3>
[^1]: Pour le solde des trois répétitions de <i>Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard</i>.
[^2]: Renvoyé par le Premier Consul au citoyen Denon. \[Apostille de la main d’un secrétaire.\]
[^3]: Marie-Anne Dupuy, Isabelle le Masne de Chermont, Elaine Williamson, <i>Vivant Denon : Directeur des musées sous le Consulat et l'Empire correspondance (1802-1815)</i>, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1999, Archives nationales <i>AF IV 1049 dr 2 n° 11</i>, Denon |
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