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den-AN61| identifiant | den-AN61 |
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| fait partie de | denon |
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| est validé | oui |
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| date | 1806/12/03 00:00 |
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| titre | Lettre n° AN61: Denon à Napoléon |
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| texte en markdown | <body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none">DEN-AN61 -</b> Denon à Napoléon</h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">3 décembre 1806</h2>
Sire,
Deux chevaux du quadrige[^1] de la porte de Brandebourg sont descendus. Tout le reste sera terminé dans trois jours et encaissé dans huit. J'ai achevé de me brouiller avec les habitants de Berlin; mais les femmes, qu'il faut écouter en matière de tact, ont toutes dit : J'aurais aussi emporté cette Victoire. Ce trophée est d'autant plus brillant qu'il est de nulle valeur réelle.
On fait ici une médaille pour Votre Majesté; elle sera bien. D'un côté votre tête (déjà faite et ressemblante), au revers Votre Majesté sur le trône faisant donner la solde aux invalides prussiens. Les inscriptions en allemand seront : du côté de la tête, <i>Napoléon Empereur Berlin</i> MDCCCVI et au revers <i>Aux invalides prussiens la solde donnée</i>.
On me demande de Paris s'il est bien vrai que Votre Majesté ait fait enlever l'obélisque de Rosbach et l'on voudrait qu'il fût déjà arrivé.
Je me croyais, Sire, un épouvantail pour l'électeur de Saxe; je n'avais point cherché à le voir, le comte Marcolini, directeur de son musée, est venu au-devant de moi. L'électeur m'a fait dire qu'il désirait me connaître. J'ai pu voir dans sa conversation qu'il n'avait nul goût particulier pour les chefs-d'œuvre qu'il sait posséder; il n'en offrira cependant jamais aucun à Votre Majesté, parce que ce prince pieux pense tenir sa collection à fideï commis; mais je suis assuré, Sire, que ce prince, croyant que le sacrifice de quelques morceaux pourrait diminuer la contribution qu'il doit payer, il s'y déterminerait sans peine. Les articles d'argent, qui dans les traités ne se payent jamais en entier, pourraient ici se compléter par quelques morceaux qui deviendraient des valeurs effectives puisqu'ils rentreraient complètement et resteraient éternellement dans le trésor de votre gloire. Tel petit que fut le nombre des objets qu'exigerait Votre Majesté, il serait toujours d'un grand prix un seul tableau de Raphaël de la collection de Dresde a été payé par le roi Auguste 9000 louis[^2], il vaut le double pour Votre Majesté. <i>La Nuit</i> du Corrège est au moins du même prix; deux autres Corrège et un Holben sont au même rang. Ce dernier peintre manque à votre musée[^3].
Ce n'est point une dépouille que je propose à Votre Majesté en lui demandant d'exiger quatre ou six tableaux d'une collection qui en renferme 2000 dont 200 sont capitaux et qui contient des tas d'or, de diamants et de perles; mais je dois répéter à Votre Majesté qu'en faisant la conquête du reste de l'Europe elle ne retrouvera jamais l'occasion que lui offre la Saxe en ce moment. Ce n'est pas mon enthousiasme qui vous parle, Sire, mais la conscience de mon devoir[^4].
Je suis, avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté Impériale et Royale le plus fidèle sujet.[^5]
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">DENON</h3>
[^1]: Par Schadow.
[^2]: <i>La Vierge de Saint-Sixte.</i>
[^3]: Cf. <i>supra</i>, AN 44.
[^4]: Afin de ne pas compromettre son alliance avec l'électeur de Saxe, Napoléon s'opposa au transfert à Paris des tableaux conservés à Dresde.
[^5]: Marie-Anne Dupuy, Isabelle le Masne de Chermont, Elaine Williamson, <i>Vivant Denon : Directeur des musées sous le Consulat et l'Empire correspondance (1802-1815)</i>, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1999, Archives nationales <i>AF IV 1050 dr 2 n° 46</i>, Denon |
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