| identifiant | den-2496 |
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| fait partie de | denon |
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| est validé | oui |
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| date | 1812/06/30 00:00 |
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| titre | Lettre n° 2496: Denon pour Morghen |
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| texte en markdown | <body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none">DEN-2496 -</b> Denon pour Morghen</h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">30 juin 1812</h2>
A M. Morghen, graveur à Florence.
J'ai reçu, Monsieur, votre lettre en date du 13 juin 1812, par laquelle vous m'accusez la réception des deux minutes de l'acte que vous devez signer ainsi que moi pour être soumis ensuite à la sanction de Son Excellence le duc de Cadore. Vous me mandez, Monsieur, que vous ne pouvez le signer parce que vous craignez qu'il ne s'y soit glissé une erreur dans la proportion désignée pour le portrait équestre de Sa Majesté l'Empereur. Lors de la lecture qui vous fut faite chez moi de la minute de cet acte, sur lequel vous me fîtes aucune observation, il y était dit que ce portrait aurait 70 cm de haut sur 50 de large et si, comme vous me le mandez, il y a 30 cm ce ne peut être qu'une erreur de copiste qui ne devait point vous arrêter pour le signer, mais que vous pouviez indiquer en le renvoyant, étant bien persuadé que le gouvernement n'aurait pas sacrifié 60 000 F pour faire graver une planche dans un format disproportionné et je pourrais même dire ridicule.
Lorsqu'il fut question, Monsieur, des prix à vous allouer pour la gravure des deux portraits, vous portâtes vos prétentions à la somme de 96 000 F pour le portrait équestre votre intention, disiez-vous, étant de la graver dans un format beaucoup plus grand que celui de Sa Majesté l'Impératrice qui doit faire pendant à celui de l'Empereur par M. Desnoyers; maintenant vous ne voulez le graver que dans la proportion de 64centimètres de haut, sauf à ajouter sur la largeur ce que la diminution du tableau exigera. Vous pouviez, Monsieur, me faire cette observation à Paris et alors j'y aurais répondu en vous exposant que le portrait équestre vous était payé 10 000 F de plus que celui de Sa Majesté l'Impératrice.
Relativement aux dessins à faire faire des deux portraits, vous me mandez, Monsieur, que si vous ne pouvez point avoir à votre disposition pendant tout le tems de vos travaux les ouvrages originaux, ce que je regarde comme impossible, le payement de ces deux dessins doit être supporté par le gouvernement. Vous aviez sans doute encore oublié de me faire part de cette nouvelle demande avant de quitter Paris; quand à moi, Monsieur, qui suis accoutumé \[p. 182\] à traiter tous les jours avec les artistes et souvant sur parole, m'en rapportant à leur loyauté, j'aurais cru blesser votre amour-propre en vous proposant de faire entrer dans l'acte une dépense que j'évalue au plus à 30 ou 40 napoléons, quand la munificence de Sa Majesté vous accorde 110 000 F pour la gravure des deux portraits.
Vous me mandez, Monsieur, que vos affaires à Florence vous font craindre de ne pouvoir être de retour à Paris ainsi que vous le projettiez pour le 1er septembre, et que vous pensez ne pouvoir y arriver que vers le mois de décembre; vous pouviez de même me dire cela avant votre départ, et l'on n'eût point mis dans l'acte, d'après votre consentement, une époque que vous éloignez de 4 mois.
Vous désirez, Monseigneur, que j'aye l'honneur de réitérer à Son Excellence le duc de Cadore la demande que \[vous\] lui avez faite de pouvoir retourner quelques tems de l'année à Florence pendant l'exécution des deux portraits, afin de satisfaire aux engagemens que vous avez contractés avec l'Académie de Florence. Je m'acquitterai volontiers de ce soin, et je ne doute point que Son Excellence n'ait la bonté d'y acquiescer, je lui ferai de même part de la prière que vous faites d'une lettre pour Son Altesse la grande duchesse, afin qu'elle vous autorise à vous absenter de Florence, mais j'appréhende que, ne connaissant pas la nature de vos obligations envers Son Altesse ou l'Académie, Son Excellence n'hésite à le faire.
Relativement, Monsieur, à vos observations sur l'école de gravure projettée à Paris, lorsque le gouvernement en aura arrêté les règlemens, on vous fera connaître la place que vous devrez y occuper, et si quelques dispositions contrarient vos intentions, il vous restera toujours la possibilité d'accepter ou de refuser.
Vous trouverez sévère, Monsieur, ce dernier paragraphe de ma lettre, mais je ne puis vous dissimuler que j'ai trouvé fort extraordinaire les réflexions que vous m'adressez pour l'organisation de l'école, et je pensais que comblé des faveurs de Sa Majesté, des bontés de M. le duc de Cadore de M. le comte de Montalivet, je puis même dire des prévenances que j'ai eu pour vous, vous pouviez vous en rapporter du soin de vos intérêts sur d'aussi honorables protections et ne point chercher à me faire croire que votre adjonction à deux habiles graveurs que possède la capitale pourrait nuire aux progrès des élèves, la gravure, selon moi, ayant heureusement plusieurs moyens de bien faire, et une seule méthode pouvant être au contraire funeste à cet art.[^1]
[^1]: Marie-Anne Dupuy, Isabelle le Masne de Chermont, Elaine Williamson, <i>Vivant Denon : Directeur des musées sous le Consulat et l'Empire correspondance (1802-1815)</i>, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1999, Archives des musées nationaux, registre *AA8 p. 181, Denon |
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