den-2418

identifiantden-2418
fait partie dedenon
est validéoui
date1812/04/19 00:00
titreLettre n° 2418: Denon pour le comte Daru
texte en markdown<body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none">DEN-2418 -</b> Denon pour le comte Daru</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">19 avril 1812</h2> A Son Excellence le comte Daru, ministre secrétaire d'Etat. Monseigneur, Je viens de recevoir la lettre de Son Excellence le ministre de l'Intérieur que vous m'avez fait l'honneur de me renvoyer par ordre de Sa Majesté relativement à M. Morghen de Florence. Je dois prévenir Votre Excellence que j'ai été trois fois consulté sur les demandes de cet artiste, d'abord par M. le duc de Frioul, ensuite par Son Excellence le ministre de l'Intérieur, et avant-hier par M. le duc de Cadore; voici en résumé ce que j'ai eu l'honneur de leur répondre après avoir consulté M. Morghen sur ses prétentions et sur le prix qu'il attacherait aux ouvrages que Sa Majesté daignerait lui confier. J'ai \[eu\] l'honneur de prévenir M. le duc de Frioul que M. Morghen demandait qu'on lui assurât un traitement fixe de 30 000 F, plus un logement convenable où il puisse établir son école. Je présentai à Son Excellence que je trouvai cette demande disproportionnée, que les professeurs peintres et sculpteurs de l'Ecole des beaux-arts ne recevoient annuellement que 2 400 F, et que si on nommait M. Morghen professeur, on ne pouvait lui allouer un plus fort traitement sans établir entre eux et lui une différence qui pourait blesser leur amour-propre. J'ajoutai que Paris possédait des hommes de premier mérite dans la gravure et je citai MM. Bervic et Desnoyers, excellents graveurs burinistes, réunissant de plus la science du dessin, qualité si nécessaire pour professer. Ma lettre communiquée à Sa Majesté, elle eut la bonté de me dire, lorsque j'eus l'honneur d'être admis à son déjeuner, qu'elle ne voulait point accorder le traitement et le logement demandés, mais que son intention était de donner à cet artiste des travaux qui le missent à même de s'établir à Paris. Le ministre de l'Intérieur ayant daigné me consulter sur cet\[te\] affaire, j'entrai avec Son Excellence dans les mêmes détails, j'eus l'honneur de lui proposer de plus de supprimer l'envoi à Rome des graveurs qui gagnent le grand prix, ce séjour leur étant inutile puisque Paris leur offre des professeurs habiles et le musée Napoléon une mine inépuisable de chefs-d'œuvre dans tous les genres à exploiter. Je lui représentai qu'avec les frais d'envoi et d'entretien de ces élèves à Rome, on pourrait créer trois places de professeurs graveurs, au traitement de 2 400 F, qu'on les joindrait à ceux de l'Ecole des beaux-arts, et je proposais à Son Excellence pour les remplir : \[p. 147\]1° M. Bervick, membre de l'Institut, auteur de la gravure de Déjanire couronnée par le jury des prix décennaux. 2° M. Morghen, connu par nombre de gravures où l'on admire un burin très pur et le brillant de la pointe sèche qu'il employe avec une rare perfection. 3° enfin M. Desnoyers, qui, plus jeune, est connu depuis dix ans par des succès dans cet art et surtout par le beau portrait de Sa Majesté d'après M. Gérard dont le dessin, si rare parmi les graveurs, est plein de correction et de caractère, et qui par les planches qu'il a gravées d'après Raphaël et Léonard de Vinci a remonté le style historique de la gravure. Je n'ai point indiqué d'autres artistes, quoique j'eusse pu citer avec éloge MM. Tardieu, Girardet, Blot et Urbin Massard. M. le duc de Cadore m'ayant le 17 avril communiqué l'intention de Sa Majesté de faire graver à M. Morghen trois tableaux, et qu'on en fit les prix assez larges pour que cet artiste puisse y trouver ses frais de logement à Paris, j'ai eu l'honneur de lui répondre hier, en lui adressant une lettre de cet artiste par laquelle il demande pour le portrait de Sa Majesté l'Impératrice que va peindre M. Gérard, et qu'il graverait dans leur même proportion que celui de l'Empereur par M. Desnoyers, la somme de 60 000 F \[et\] pour le portrait de Sa Majesté passant le Saint-Bernard par M. David 96 000. Relativement à un tableau d'histoire, il se déterminerait pour le Saint Jérôme du Corrège qu'il graverait à son compte. J'ai ajouté à l'envoi de cette lettre, Monsieur le Comte, quelques observations et, tout en me conformant aux vues bienveillantes de Sa Majesté qui sont de traiter avec sa magnificence ordinaire M. Morghen, j'ai proposé, en prenant pour base la somme de 30 000 F payée à M. Desnoyers pour le portrait de pied de Sa Majesté l'Empereur, qu'on accordât à M. Morghen celle de 50 000 F pour celui de Sa Majesté l'Impératrice. Les 20 000 F qu'il resterait de plus seraient pour les frais de son établissement à Paris. Relativement au portrait de l'Empereur passant le Saint-Bernard, je proposai de même de n'en donner que 50 000 F, sur laquelle j'évalue que cet artiste toucherait encore 14 000 F de gratification, cette gravure ne devant valoir sortant de ses mains que 36 000 F. Telles ont été, Monseigneur, mes observations sur les diverses demandes qui m'ont été faites sur M. Morghen, lorsqu'un passage de sa lettre m'a déterminé à faire à M. le duc de Cadore les propositions suivantes : M. Morghen dit qu'il préférerait graver ces deux portraits à son compte, espérant en retirer un bénéfice plus considérable que les prix qu'il demande. En acceptant sa proposition qui ne pourait tourner qu'à l'avantage de l'ouvrage, puisqu'il serait de son intérêt d'y apporter tout son talent, il suffirait que Sa Majesté, pour lui donner des marques de sa bienveillance, s'engageât à \[p. 148\] prendre 250 épreuves de chacune de ces deux planches, et qu'elle affectâ\[t\] pour cette souscription, en mettant chaque épreuve à 100 F, une somme de 50 000, laquelle pour l'aider pourrait lui être avancée par acompte pendant l'exécution de ces deux gravures. Voilà, Monsieur le Comte, tout ce qui a été fait et dit jusqu'à ce moment relativement à cette affaire; ainsi, en supposant que Sa Majesté se déterminât à nommer trois professeurs de gravure près l'école de dessin, M. Morghen se trouverait d'abord classé au nombre de nos habiles artistes, et le prix de ses travaux, aidé de la souscription de l'Empereur, suffirait avec le traitement annuel de professeur à lui assurer une existence très honorable dans la capitale. Sa Majesté ayant eu la bonté de me consulter, je prie Votre Excellence de vouloir bien mettre sans délai cette lettre sous ses yeux.[^1] [^1]: Marie-Anne Dupuy, Isabelle le Masne de Chermont, Elaine Williamson, <i>Vivant Denon : Directeur des musées sous le Consulat et l'Empire correspondance (1802-1815)</i>, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1999, Archives des musées nationaux, registre *AA8 p. 146, Denon