CPI-151.md

identifiantCPI-151.md
fait partie dePrince_Impérial
est validéoui
date1875/12/01 00:00
titreLouis Napoléon à Augustin Filon
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i> CPI </i> - 151- </b> À AUGUSTIN FILON[^1] , SON ANCIEN PRÉCEPTEUR </h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> S.l.n.d. [décembre 1875] </h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mon cher Monsieur Filon, je croyais que le but de ma lettre serait de me réjouir avec vous ! et voilà que je n'ai plus qu'à apporter ma part de consolations à une douleur inconsolable. C'est en hésitant que je vous dis que je suis là auprès de vous, devinant vos souffrances et triste de votre tristesse. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> J’hésite, parce que dans des moments d'angoisse comme ceux que vous traversez tout souvenir heureux qui vient se dresser entre votre douleur et vous, ne peut qu'aggraver votre peine. Comment oser parler d'amitié à un homme qui vient de perdre celui qui lui est le plus cher au monde[^2] ! Comment oser parler des adoucissements que le temps apporte, lorsque l'avenir, tout souriant qu'il soit, vu à travers des larmes, est plus horrible que le présent ! </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Songez aux liens qui vous rattachent à la vie, si cruelle pour vous depuis quelque temps. Vous avez à imiter votre père en étant pour votre femme ce qu'il était pour celle qu'il vient de rejoindre. Vous avez à imiter son amour paternel en aimant le petit enfant né sous de si tristes auspices, comme il vous a chéri, et alors quand nous ne serons plus ni l'un ni l'autre, il gardera de vous dans son cœur le même pieux souvenir que M. Filon laisse après lui. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Vous avez une tâche à remplir, pensez-y et vous souffrirez moins. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Lorsque j'ai perdu mon père, mon devoir m'est apparu clairement ; à partir de ce jour je n'ai plus eu qu'un but dans la vie et je marche toujours droit devant moi sans regarder en arrière. Si je mets le pied sur un précipice, je tomberai en honnête homme et je retrouverai peut-être en bas tout ce que j'ai perdu dans cette vie. Si sans me détourner de ma route je franchis les obstacles j'aurai la satisfaction d'avoir continué l’œuvre de l'Empereur. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je vous embrasse de tout cœur, mais le cœur bien gros. [^3] </p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i> Napoléon </i></h3> [^1]: Augustin Filon (1841-1916). Professeur de rhétorique au lycée de Grenoble, il est nommé précepteur (puis répétiteur) de l’héritier impérial, le 4 septembre 1867 en remplacement de Francis Monnier, démissionnaire, sur recommandation du ministre de l’Instruction publique, Victor Duruy. A la chute de l’Empire, il s’établit à Camden Place auprès de son élève. Il suit le Prince Impérial à l'Académie royale de Woolwich (1872-1875) et doit prendre congé de Louis à l’issue de sa scolarité. Augustin Filon effectue, par la suite, de courts séjours à Camden. Il reste profondément dévoué au Prince. [^2]: Charles, Auguste, Désiré Filon (1800-1875), historien, maître de conférences à l’Ecole Normale supérieure (1832-1850), Inspecteur de l’académie de Paris (à partir de 1858), chargé de missions d’inspection générale, s’éteint le 1er décembre 1875 à Paris. [^3]: Archives Sidney Filon – copie communiquée par Pierre d’Harville. </body>