| identifiant | CPI-117.md |
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| fait partie de | Prince_Impérial |
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| est validé | oui |
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| date | 1874/01/18 00:00 |
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| titre | Louis Napoléon à Eugène Rouher |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i> CPI </i> - 117- </b> À EUGÈNE ROUHER[^1] , CHEF DU GROUPE DE L’APPEL AU PEUPLE </h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Camden Place, Chislehurst, le 18 janvier 1874 </h2>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Cher Monsieur Rouher, parmi les nombreux amis qui nous ont fait parvenir, à l’occasion d’un douloureux anniversaire, l’expression de leur fidèle attachement, il en est beaucoup qui comptent se réunir à Chislehurst le 16 mars[^2] , jour où j’atteindrai ma majorité constitutionnelle. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Leur dévouement veut imprimer à cette réunion le caractère d’une grande manifestation politique et, pour lui donner toute sa portée, ils attendent de moi non plus seulement quelques mots de sympathie et d’encouragement, mais un programme qui dise nettement ma pensée et mes espérances. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je suis sincèrement touché de cet empressement spontané mais des considérations dont ils apprécieront eux-mêmes l’importance quand vous les aurez fait connaître en mon nom, m’obligent, à regret, à détourner nos amis de cette route de Chislehurst, où mon cœur voudrait les appeler tous. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ils ne s’étonneront pas de me voir songer avant tout au pays. Un gouvernement s’est établi en France, à l’abri d’un nom respecté, une sorte de trêve existe entre les partis, sincère et loyale, je veux le croire, il ne faut pas qu’on m’accuse d’agiter le pays sans porter remède à son malaise actuel par des paroles qu’aucun acte ne suivrait. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ces paroles que seraient-elles ? Que dirais-je à mes amis s’ils étaient réunis à Camden ? Leur exposerais-je mes principes ? Ils sont clairs, ils sont connus ; ce sont ceux que les deux empereurs m’ont légués. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Jugerais-je les évènements ? Mais qui sait si le moment sera propice pour les apprécier ? Qui sait si l’occasion ne se présentera pas quelques jours ou quelques semaines avant ou après l’époque fatalement marquée. Je veux choisir mon heure d’après les circonstances, au lieu de me la laisser imposer par une date fixée depuis 18 ans. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Du reste je suis d’avis que le moment où l’on parle doit être voisin de celui où l’on agit. En attendant ce moment, j’ai décidé que j’achèverai mon éducation militaire qui doit me mettre un jour en état de servir efficacement la France. Je trouve, en ce pays, avec une amicale hospitalité, les moyens de terminer des études si nécessaires. Je placerais le gouvernement anglais dans la position la plus embarrassante si je revenais prendre ma place à Woolwich après avoir parlé en chef de parti, en héritier de l’Empire ; je m’exposerais ainsi à recevoir une humiliation là où jusqu’ici je n’ai trouvé qu’égards et sympathie. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Tels sont les motifs d’après lesquels je me détermine. J’ai fait partager mon opinion à l’Impératrice qui me donne sa pleine approbation. Je serais heureux d’obtenir la vôtre à laquelle j’attache un grand prix. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je saisis cette occasion pour vous remercier, vous et toute votre famille, des vœux que vous m’avez fait parvenir à l’occasion du nouvel an. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Croyez, cher Monsieur Rouher, à mes sentiments les plus affectueux. [^3] </p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>
Napoléon </i></h3>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> J’attendrai votre prochain voyage à Chislehurst pour m’entendre avec vous sur l’opportunité d’une lettre ou d’un autre moyen qui puisse expliquer les motifs de cette décision. </p>
[^1]: Eugène Rouher (1814-1884). Nommé en 1855 ministre de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, il est élu sénateur en 1856 et fait son entrée au Conseil privé en 1859. Président du Conseil d’Etat en 1863, puis ministre d’Etat, il a en charge la défense au Corps Législatif de la politique intérieure et extérieure de l’Empire : il est alors qualifié de « Vice-Empereur ». L’avènement du ministère Ollivier, le 2 janvier 1870, amenuise son influence politique. Président du Sénat jusqu’au 4 septembre 1870, il rejoint l’Impératrice en Angleterre. Il est élu représentant de la Corse en 1872 et siège dans le groupe de l’Appel au Peuple. En 1873, il prend la direction effective du parti bonapartiste. Rouher est élu député le 20 février 1876 dans la 1ère circonscription de Riom, puis réélu le 14 octobre 1877. Après la mort du Prince Impérial, il se retire progressivement de la vie politique.
[^2]: Anniversaire de la naissance du Prince Impérial.
[^3]: Archives Nationales, 400/AP 44.
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