90_LasCases_SH

identifiant90_LasCases_SH
fait partie deSainte-Hélène
est validéoui
date1819/02/27 00:00
titreCardinal Fesch à Emmanuel de Las Cases
texte en markdown<body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>Las Cases_SH - 90.</i> - </b> Du cardinal Fesch à Emmanuel de Las Cases</h1> <h2 data-kind="letter-context" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Rome, 27 février 1819</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Monsieur le comte, Jeudi 25 du courant, partit la petite caravane pour Sainte-Hélène[^1]. Ils vous remettront la lettre, dont ci-bas le duplicata.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">L'abbé Buonavita se portait très bien, rempli de force et de courage. Ce serait un homme introuvable s'il avait quelques années de moins ; mais ils sont partis au moment où nous-mêmes nous croyions qu'ils n'arriveront point à Sainte-Hélène, parce qu'il y a quelqu'un qui nous assure que trois ou quatre jours avant le 19 janvier, l'Empereur a reçu la permission de sortir de Sainte-Hélène, et qu’à cet effet les Anglais le transportent ailleurs. Que vous dirais-je, tout est miraculeux dans sa vie, et je suis très porté à croire encore ce miracle. D'ailleurs son existence est un prodige, et Dieu peut continuer à faire de lui ce qu’il lui plaît. Que l'on dise ce que l'on voudra, qu'on se moque des révélations, celle-ci en est une, et bien des circonstances et des raisons me portent à y croire. <i>Cum ipso sum in tribulatione, eripiam eum et glorificabo eum : verum tamen oculis tuis considerabis</i>[^2].</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Suit la lettre que M. Buonavita vous remettra</p> <h2 data-kind="letter-context" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Rome, 24 février</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">J'ai reçu dans le temps vos lettres du 13 et du 30 janvier, et j'ai toujours tardé à répondre, attendant l'époque du départ de la petite colonie pour Sainte-Hélène.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le sieur Antommarchi était arrivé de Florence, lorsqu'on me parla d'un certain abbé Parigi, âgé de 38 ans, bon littérateur, et capable d'être encore précepteur des enfants du comte Bertrand. Il arriva de Toscane, et Sa Sainteté le nomma Préfet apostolique avec tous les pouvoirs extraordinaires ; mais au moment du départ, des dénonciations graves obligèrent le Saint-Père à lui retiré lesdits pouvoirs, et je me suis vu obligé d'accepter les offres de l’abbé Buonavita, dont je vous parlais dans ma lettre du 5 décembre. Cette affaire a fait différer le départ de la colonie plus d'un mois et demi. Demain elle se met en marche au nombre de cinq personnes, c'est-à-dire :</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">1. Ledit abbé Antoine Buonavita, choisi par l'Empereur en qualité de son aumônier en 1815. Sa Sainteté l'a décoré du titre de Préfet apostolique, avec des pouvoirs presque épiscopaux, et même de donner la confirmation.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Mais dans les missions lointaines et où il n'y a point de prêtre, l'usage de l'Église catholique ne permet pas d'en envoyer un seul, puisque lui-même doit se confesser etc. Nous avons été obligés de le faire accompagner par un autre, et nous avons agréé les offres spontanées et désintéressées de</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">2. L'abbé Ange Paul Vignale, âgé de 30 ans, également corse, qui a fait pendant cinq ans des études très approfondies en médecine dans l'université de Rome, et qu'il a exercé pendant trois ans dans le grand hôpital de cette ville, où il a demeuré en qualité d'élève en médecine. Ses professeurs, qui sont aussi les médecins les plus accrédités de Rome, et qui sont attachés ici aux différents membres de la famille, m’ont assuré qu'on ne pouvait pas choisir un meilleur médecin et par ses talents et par son application. C'est un paysan rude, ayant peu de connaissances dans les autres sciences, mais très capable dans celle qu'il professe. Écrivez qu'on ait de la confiance en lui.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">3. M. Antommarchi chirurgien, bon dans ses parties ; il est corse, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire dans ma lettre susdite. Mais on ne le croit pas du tout médecin. Il est vif, dévoué, l'Empereur en tirera parti ; mais je le répète, qu'on ait toute confiance pour la médecine, en cas de maladie, au sieur Vignale.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">L'un et l'autre ont assisté à la consultation des premiers médecins de Rome, que nous avons fait faire sur la maladie de l'Empereur, d'après le rapport de sir O’Meara que M. Foureau nous avait envoyé.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">4. Le nommé Jacques Chandellier, qui a travaillé dans les cuisines de l'Empereur, et que la princesse Pauline a cédé. Il est excellent à tous égards.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">5. Le nommé Jacques Coursot, ci-devant valet de chambre du maréchal Duroc ; excellent sujet qui sera bien utile à l'Empereur. Il sort du service de Madame. C'était l'homme essentiel de sa maison.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Tous ces Messieurs partiront demain, et suivront leur route par les États du Pape jusqu'à Bologne, par Modène, Parme et Plaisance et passant par les États du Piémont, par le Mont-Cenis, par Genève, Bâle, ils descendront par la rive droite du Rhin, Mannheim, et ils iront s'embarquer à Ostende, où un voiturier parisien s'oblige de les conduire en quarante jours environ pour le prix de cent trente louis, les frais faits et même la nourriture des cinq personnes et la bonne-main comprises. Ils ont même la faculté de se reposer six jours en route. Madame leur a remis deux cents louis, avec lesquels ils paieront le voiturier susdit et se défrayeront jusqu'à Londres. Elle remet en outre à l'abbé Buonavita une lettre de crédit de douze mille francs du banquier Torlonia sur son correspondant de Londres. Cet argent devra servir pour leur demeure à Londres, et pour payer leur nolis[^3] et toutes leurs dépenses jusqu'à Sainte-Hélène. Cependant nous pouvons nous être trompés dans ce calcul, faute de connaissances, mais Madame a eu la confiance que vous le rectifierez, et dans le cas que la somme susdite ne soit pas suffisante, vous remettriez à l'abbé Buonavita une autre lettre de crédit pour suppléer, et que vous recommanderez la petite caravane à des personnes qui puissent les assister, les conseiller, et faire le tout pour le mieux. L'argent que vous dépenseriez vous serait remboursé en tirant sur Rome etc. Par ce moyen les fonds pour leur route restent assurés. Ainsi il est nécessaire qu'ils passent par Mannheim, afin de prendre chez vous tous les renseignements dont ils peuvent avoir besoin.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Quatre de ces messieurs n'ont pas demandé à Madame des avances. Elle n'a remis que trois cents piastres au sieur Antommarchi à compte de ses appointements.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">J'espère que vous serez content de mon choix : l'âge et les infirmités de M. Buonavita sont bien réparés par son zèle et son attachement à toute épreuve pour l'Empereur.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Tous les membres de la famille se portent bien ; je ne m'étends pas à vous parler de chacun, puisque ces messieurs vous en diront suffisamment.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Rappelez-nous au souvenir de Madame la comtesse, et agréez l'assurance des sentiments que je vous ai voués.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Votre très humble et très dévoué serviteur,[^4]</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>J. Card. Fesch</i></h3> [^1]: Composée de l’abbé Buonavita, l’abbé Angelo Vignali, le médecin Francesco Antommarchi, le cuisinier Jacques Chandelier et Jacques Coursot. L’expression a été popularisée par Frédéric Masson. [^2]: Psaume 90 : « Je suis avec lui dans la détresse, je le délivrerai et je le glorifierai ; mais vous verrez la vérité de vos propres yeux. » [^3]: Frais de louage d’un navire. [^4]: Expédition, collection privée. </body>
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