| identifiant | 89_LasCases_SH |
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| fait partie de | Sainte-Hélène |
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| est validé | oui |
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| date | 1818/12/05 00:00 |
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| titre | Cardinal Fesch à Emmanuel de Las Cases |
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| texte en markdown | <body>
<h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>Las Cases_SH - 89.</i> - </b> Du cardinal Fesch à Emmanuel de Las Cases</h1>
<h2 data-kind="letter-context" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Rome, 5 décembre 1818</h2>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Monsieur le comte, j'ai reçu dans le temps votre lettre du 9 octobre et hier celle du 14 novembre de Mannheim. Je n'ai pas eu l'honneur de vous écrire depuis le 26 septembre, en attendant toujours une réponse de Corvisart[^1], qui n'est jamais arrivée. Cependant, dans l'incertitude de trouver un chirurgien français, nous avons décidé à se rendre à Sainte-Hélène un chirurgien corse, qui a été le premier élève du célèbre Mascagni professeur à Florence, et il est occupé dans ce moment à faire imprimer les ouvrages posthumes de son maître. Il était aussi employé en second dans l'académie chirurgicale de Florence où il professait l'anatomie et où il exerçait en ville la chirurgie. Ce jeune homme a sacrifié pour l'amour de l'Empereur les intérêts de sa famille, et malgré qu'il eût contracté des obligations envers les souscripteurs des susdits ouvrages. Nous pouvons compter sur son zèle, et sur son inviolable attachement.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">M. Foureau[^2] m’écrivit pour me demander la préférence : la reine de Westphalie a aussi écrit pour lui, mais nous avons pensé qu'il était de notre devoir de choisir un chirurgien habile, parce que c'est un chirurgien qu'on demande à Sainte-Hélène, un jeune homme plein de talent, qui se perfectionnera même dans la médecine. D’ailleurs nous avons été effrayés de la demande que nous faisait M. Foureau d'amener sa femme, qui est la servante qu’il avait à l'île d'Elbe, avec une femme de chambre et un domestique. L'incertitude si tout ce monde pourrait convenir, nous a fait penser qu'il ne devait pas être préféré par nous. Toutefois je lui ai écrit que si son zèle le portait à se rendre auprès de son ancien maître, nous applaudirions à sa résolution, et que malgré qu'il y eût un chirurgien, son ministère pourrait être utile à l'Empereur. C'est dans ces termes que je lui réponds aujourd'hui.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">La difficulté de trouver un prêtre français qui put être agréable à l'Empereur par ses talents et par son dévouement, et ne trouvant plus en France que de très vieux ou de très jeunes prêtres, et ceux-ci peu connus et très peu instruits, nous a fait penser qu'il fallait se résoudre à faire retourner en Angleterre le vieux abbé que l’Empereur avait désigné en partant de la Malmaison pour le rejoindre où il se trouverait, et qui s'étant rendu en Angleterre, ne put pas y obtenir le passeport pour s'embarquer pour Sainte-Hélène.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Ce prêtre[^3] est aussi corse, anciennement curé dans le Mexique, et qui se rendit de Corse à l'île d’Elbe pour se dévouer au service de l'Empereur, qu’il suivit à Paris en qualité d'aumônier de Madame. Ce prêtre, il est vrai, a souffert un accident ; parfois il ne peut pas s'exprimer ; mais il jouit de la confiance de l'Empereur. Il a plus de 65 ans ; il n'est pas plus infirme qu'il l'était lorsqu'il fut choisi à Paris ; il est plein de courage de dévouement, il est habitué aux grandes chaleurs de la zone torride, et aux voyages dans l'Atlantique. En attendant que nous puissions en trouver un plus jeune, il partirait avec le chirurgien.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Ils auront dans leur compagnie un jeune et excellent cuisinier français qui appartient à la princesse Pauline. Ce jeune homme paraît très dévoué, et il part avec plus de plaisir que s'il fallait aller chercher un grand héritage. Il a donné des preuves de désintéressement et d'habileté dans son métier.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">C'est la petite caravane qui partira d'ici au commencement de janvier, se dirigeant vers l'Allemagne par le chemin que nous croyons le plus propre. Je pense qu'il conviendra peut-être d'éviter la Suisse, et la diriger sur Stuttgart, Mannheim, etc.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Vous trouverez ci-joint la copie de la lettre de lord Bathurst, écrite à la princesse Pauline ; elle est très exacte[^4]. Dès que je lus cette pièce curieuse, je fus convaincu qu'on allait entretenir l'Europe et l'Angleterre de complots et de correspondances, et en effet peu de jours après arriva le muschito pour vérifier ma pensée.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je ne sais pas quels moyens Dieu emploiera pour délivrer l'Empereur de sa captivité, mais je ne suis pas moins intimement convaincu que cela ne peut pas tarder. J'attends tout de lui, et ma confiance est pleine.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Madame[^5] approuve tout ce que vous avez fait au sujet des fonds qu'elle vous avait envoyés pour suppléer aux besoins de l'Empereur. Elle me charge de vous prier de conserver ce que vous avez de ces fonds pour les besoins qui pourraient survenir, et elle vous remercie d'avoir pensé qu'elle a assez de confiance en vous pour autoriser au besoin des dépenses que vous croyez devoir faire. Madame ne saurait cesser de penser et de parler de vous comme d'une personne en laquelle elle a le plus de confiance au monde. Si nos vœux étaient exaucés, Dieu vous accorderait la santé, et l'accomplissement du bonheur que nous pouvons réciproquement nous désirer.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Nous attendons avec empressement les copies de la lettre que vous nous annoncez.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Vous ne nous parlez plus de M. votre fils depuis que vous nous avez annoncé qu'il n'était plus auprès de vous.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Veuillez bien présenter mes respects à Madame la comtesse.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">La princesse Pauline nous a fait craindre pour sa vie. Quelques jours après son retour des eaux de Lucques, elle fut attaquée par une fièvre putride gastrique ; c'est aujourd'hui le quarantième jour environ. Elle est depuis huit ou dix jours en convalescence, mais non pas en pleine convalescence, puisqu'elle a encore de temps en temps la fièvre et des douleurs causées par une humeur se portant tantôt dans une partie tantôt dans l'autre de ses membres, puisque la force du mal a cessé sans crise ; cependant elle se lève, et nous espérons qu'elle se rétablira peu à peu.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le comte de Saint-Leu ainsi que son fils se portent bien[^6]. La princesse de Canino est accouchée d'une grosse fille[^7], il y a environ cinquante jours. Madame jouit d'une santé passable, ne se laissant point abattre par les malheurs, et elle est prête à se rendre auprès de son fils s'il était délivré. L'océan et les climats ne l'épouvantent pas.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Les données pour la vente de ma galerie augmentent tous les jours ; plusieurs souverains voudraient l'acquérir : j'attends des propositions.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Vers le commencement d'octobre on expédia la suite du <i>Moniteur</i> depuis l'an 1808, jusqu'à environ septembre de cette année inclusivement, à lord Bathurst, en prévenant le colonel Skelton[^8] pour faire les diligences nécessaires afin que cet ouvrage soit expédié à Sainte-Hélène.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Agréez, Monsieur le comte, l'assurance de tous les sentiments que je vous ai voués ; ils ne peuvent être ni plus tendres, ni plus vifs, et je ne cesse de les présenter à Dieu tous les matins dans le Saint Sacrifice.</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>J. Card. Fesch</i></h3>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><i>P.S.</i> J'ai pensé qu'il convenait de vous adresser le double de la lettre que j'écris à M. Foureau de Beauregard dans le cas qu’il eût suivi votre conseil et qu'il se fût rendu à Francfort.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Votre très dévoué et très affectionné serviteur.[^9]</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>J. Card. Fesch</i></h3>
[^1]: Jean-Nicolas Corvisart-Desmarets (1755-1821), médecin personnel de Napoléon pendant l’Empire, il a été approché pour être envoyé à Sainte-Hélène auprès de son ancien impérial patient.
[^2]: Louis Foureau de Beauregard (1774-1848), médecin de Napoléon à l’Île d’Elbe et pendant les Cent-Jours. Pour Sainte-Hélène, le cardinal Fesch lui préfèrera le Dr Antommarchi, moins exigeant financièrement.
[^3]: Antonio Buonavita (1752-1833), aumônier de Madame Mère, choisi par le cardinal Fesch pour être chapelain à Sainte-Hélène où il arrive le 20 septembre 1819. Il repart pour Rome le 17 mars 1821, officiellement pour raison de santé, en réalité pour alerter la famille impériale sur l’état de santé de Napoléon.
[^4]: Voir les lettre de Bathurst à Fesch en date du 29 août 1818 (<a href="https://www.napoleonica.org/fr/collections/Sainte-Hélène/107_LasCases_SH" target="_blank"> voir lettre Las Cases_SH -106 </a>).
[^5]: Letizia Bonaparte.
[^6]: Louis Bonaparte et son fils aîné : Napoléon-Louis.
[^7]: Alexandrine de Bleschamp a mis au monde à Pérouse une petite Marie-Alexandrine Bonaparte le 10 octobre 1818.
[^8]: Mary Skelton épouse du colonel John Skelton (1763-1841), gouverneur adjoint de Sainte-Hélène (1813-1816). Ils entretinrent de bons rapports avec Napoléon et la communauté des exilés de Sainte-Hélène. Ils quittèrent l’île le 14 mai 1816. À leur retour en Europe, ils écrivirent et virent les Bonaparte pour les rassurer sur l’état de santé de Napoléon.
[^9]: Expédition, collection privée.
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