| identifiant | 82_LasCases_SH |
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| fait partie de | Sainte-Hélène |
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| est validé | oui |
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| date | 1818/05/16 00:00 |
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| titre | Cardinal Fesch à Emmanuel de Las Cases |
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| texte en markdown | <body>
<h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>Las Cases_SH - 82</i> - </b> Du cardinal Fesch à Emmanuel de Las Cases à Francfort sur le Mein</h1>
<h2 data-kind="letter-context" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Rome, 16 mai 1818[^1]</h2>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Monsieur le comte, la copie de votre relation nous est parvenue ainsi que votre lettre du 24 avril. Si quelque chose pouvait adoucir les peines cruelles de Madame, ce serait les moyens que vous lui présentez de partager ce qu'elle a avec son fils, et rien ne lui coûterait de lui donner jusqu'à son dernier sol. La reine Caroline lui a écrit de prescrire aux membres de sa famille la part que chacun devrait verser dans la masse affectée aux besoins de l'Empereur. Et malgré que Madame désire que tous ses enfants montrent leur attachement à leur frère, elle a répondu que son devoir de mère finit dès que ses enfants connaissent les besoins de leur frère ; que le cœur ne sait pas calculer, mais qu'il sait trouver les moyens de le satisfaire. Son avis donc est que vous ne refusiez rien de ce que ses enfants offrent à leur frère, parce qu'en définitive tout ce qu'elle a doit lui appartenir, et qu'il est convenable que les membres de sa famille s’honorent en témoignant de quelque manière à leur frère, la part qu'ils prennent à ses malheurs. Au surplus vous trouverez ci-jointe une lettre de change de 30 000 francs qu'elle fait tirer par Monsieur le banquier Torlonia et Cie sur MM. Perrégaux-Laffitte en faveur de MM. Mulhens banquiers à Francfort pour les mettre à votre disposition. Dès que cet argent sera dépensé, ma sœur fera honneur à vos traites, où elle vous fera des remises, si vous le croyez plus convenable. Ces 30 000 francs vous pouvez les destiner à payer les premières traites de Longwood, ou celle des ministres, en attendant que les différents membres de la famille vous fassent des remises, ou que vous ayez le temps d'instruire Madame des besoins que vous pourrez prévoir ; enfin c'est un fonds provisoire que vous emploierez comme vous croirez le plus utilement.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Madame Skelton[^2] nous avait laissé le plan de Longwood, mais elle désavouait les traitements cruels dont on usait après son départ envers l'Empereur, d'après le témoignage du polonais Piontkowski[^3]. Ce pauvre homme fut fait prisonnier en faisant quarantaine à Gênes, où il était arrivé de Londres par Gibraltar, et d’où il comptait se rendre à Livourne et au-delà à Rome. Les gazettes ont parlé de sa translation dans une forteresse de l'intérieur, sans la nommer, sous le prétexte de l'irrégularité de ses passeports et en effet on dit qu'il voyageait sous un nom supposé.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Madame Skelton prétendait également, d'après le même Polonais, que le <i>Manuscrit venu de Sainte-Hélène d’une manière inconnue</i>[^4] n'appartenait point à l'Empereur, ce que je ne saurais pas me persuader. Veuillez bien m'en dire un mot.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Dès le mois de mars, dans une audience que Sa Sainteté me donna, lui ayant préalablement fait connaître le sujet de la demande que je lui ferais, elle avec beaucoup de gaieté, de simplicité et de cordialité, répondit à mon attente. Je lui lus votre première lettre, et je lui relus en italien l'article où vous me demandiez au nom de l'Empereur de lui envoyer un aumônier, ainsi que le propos de l'Empereur à son égard. S.S. m'assura qu'elle avait déjà ordonné à son secrétaire d'État d'écrire à son nom à lord Castlereagh pour obtenir les permissions nécessaires pour le prêtre qui passerait à Sainte-Hélène, mais depuis plus d'un mois le secrétaire d'État renvoie d'une semaine à l'autre la conférence que je dois avoir avec lui pour mettre de l'ensemble dans cette opération. Hier il m'écrivait encore pour la différer à la semaine prochaine, sous le prétexte qu'il ne veut rien arrêter avec moi avant de prévenir le corps diplomatique, et j'ai lieu de croire qu'on attend une réponse du cabinet des Tuileries. Je pense demain ou après de lui écrire une lettre pour bien préciser l'état de la question. Du reste s'il ne voudra pas prendre l'initiative au nom du Saint-Père, je crois devoir adresser la demande au Prince Régent, avec un mémoire à lord Bathurst pour être présenté au Conseil.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Au sujet du prêtre qu'il faudrait envoyer, je désirerais de connaître son nom. Les prêtres français capables d'entreprendre un voyage semblable sont jeunes et bien peut instruits dans les affaires du temps. Ici à Rome je pourrais en trouver de mon âge, très instruits, même dans les belles-lettres, ayant beaucoup d'esprit, mais pas très forts pour écrire français, très partisans de l'Empereur, et bien décidés à tout souffrir pour lui.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">J'ai écrit à Paris pour faire procurer la partie du <i>Moniteur</i> depuis l'an VIII exclusivement. Si vous croyez qu'il ne faut pas perdre un instant pour l’avoir, et qu'il fallut l'année VIII inclusivement, vous pourriez adresser une note, même sans signature, à Monsieur l'abbé Lucotte, mon ami et mon chargé de procuration, chez Monsieur le curé de Saint Thomas d’Aquin, rue Saint-Dominique, Faubourg Saint-Germain à Paris, en indiquant à qui il faudrait l'envoyer à Londres.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Ma sœur et tous les membres de la famille prennent toute la part possible à vos incommodités. Pourrions-nous être indifférents envers vous ? Monsieur votre fils sera reçu chez nous comme un enfant de notre famille. Nous espérons qu'il nous portera de meilleures nouvelles de votre santé. Madame votre épouse sera peut-être auprès de vous. Priez-la d’agréer mes hommages et soyez convaincu qu'il n'y a personne au monde qui soit plus pénétré que moi des sentiments d'estime et de reconnaissance que vous méritez, et avec lesquels je suis.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Votre très dévoué serviteur,[^5]</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>J. Card. Fesch</i></h3>
[^1]: Mention « reçue le 7 juin 1818 ».
[^2]: Mary Skelton épouse du colonel John Skelton (1763-1841), gouverneur adjoint de Sainte-Hélène (1813-1816). Ils entretinrent de bons rapports avec Napoléon et la communauté des exilés de Sainte-Hélène. Ils quittèrent l’île le 14 mai 1816. À leur retour en Europe, ils écrivirent et virent les Bonaparte pour les rassurer sur l’état de santé de Napoléon.
[^3]: Charles Frédéric Jules Piontkowski (1786-1849) a été expulsé de l’île en octobre 1816.
[^4]: Le <i>Manuscrit venu de Sainte-Hélène d’une manière inconnue</i>.
[^5]: Expédition, collection privée.
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