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79_LasCases_SH| identifiant | 79_LasCases_SH |
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| fait partie de | Sainte-Hélène |
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| est validé | oui |
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| date | 1818/02/22 00:00 |
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| titre | Louise de Rigaud de Vaudreuil à Emmanuel de Las Cases |
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| texte en markdown | <body>
<h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>Las Cases_SH - 79.</i> - </b> De Louise de Rigaud de Vaudreuil[^1] à Emmanuel de Las Cases</h1>
<h2 data-kind="letter-context" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Karlsruhe, 7 mars 1818[^2]</h2>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je ne puis vous dire combien je suis affligée de vous savoir aussi souffrant, quand une bonne santé vous serez si nécessaire pour porter le reste. Je vous conjure de faire usage d'une petite amulette que je vous adresse par ce même courrier. Je n'ai pas voulu la mettre dans cette lettre, dans la crainte que cela n'éveillât la curiosité et n'empêchât la lettre d'arriver. J'en ai vu des plus heureux effets, non pour guérison mais comme soulagement, et ma sœur Julie s'en trouve au mieux. Essayez-en je vous en prie. Ce qui serait très sage, ce serait de profiter de la proximité où vous êtes de tant d'eaux salutaires pour en essayer l'effet sur votre estomac, point d'où partent tous vos maux. Celles de Griesbach chez nous, contenant beaucoup de carbone, font des miracles à l'estomac. Vous y viendrez quand vous voudrez m’a dit la grande-duchesse, mais elles ne sont bienfaisantes que dans les grandes chaleurs, juillet et août. Plus tôt il fait froid dans cette gorge très resserrée par de hautes et verdoyantes montagnes. Voilà toute une consultation, elle ne fera point diversion à vos peines, car elle est bien ennuyeuse. Elle sautera par-dessus votre esprit pour aller jusqu'à votre âme. Vous pourrez en être touché ; mais accusé, non.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">J'admire l'enfantillage de votre mémoire. J'avais oublié de Plombières la plupart des choses que vous me rappelez, même la querelle que vous pourriez renouveler à rebours. Montesquieu dit quelque part (je l'ai lu), en gouvernement, « rien n'est mieux que le despotisme, pourvu que le despote soit un homme vertueux ». Je suis montée dans la ganacherie la plus complète, et ne suis point de ceux qui craignent de voir rétrograder le siècle. Je ne serai pas fâchée de m'acculer à celui de Louis XIV. Aimez la petite amie quand même. Ce pauvre Emmanuel ! Que je le plains d'avoir à déchiffrer ma mauvaise écriture, à travers des pâtés encore. Je ne le savais pas près de son père que je félicite de cette bonne et douce société. J'embrasse le gentil lecteur que je vois toujours comme un enfant, ce qui sauve l'inconvenance. L'homme aux deux habits m'a extrêmement émue, ainsi que ma jeune amie qui a lu votre lettre qui est tout vous, avec le plus vif intérêt.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je ne sais si à Francfort vous avez eu l'occasion d'entendre parler de la grande-duchesse[^3]. Sa conduite de tous les temps et de tous les moments est au-dessus de tout éloge. Elle est aimée pour son amabilité, adorée par sa bienfaisance et respectée pour ses éminentes vertus. C’est vous dire que je suis très heureuse près d'elle, et tout ceci n'est point langage de cour. Pinette est très contente du séjour de Clara à Paris. Celle-ci, qui n’a plus à soigner ses pigeons dont elle voulait faire les vôtres, marche avec gaieté dans sa force et son indépendance. Il faut convenir que l'argent a du bon, surtout quand on le mange dans la casa patria ! Oh combien de soupirs j'ai déjà envoyés au-delà du Rhin !</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je n'aime point votre projet d'aller en Angleterre. Il m'est impossible de renoncer tout à fait au charme de vous revoir, et si une fois vous allez outre-mer, c'est fini. J'appelle toutes les bénédictions du ciel sur votre pauvre tête. J'ai connu les peines, toutes je crois, une bonne santé unie à un peu de sagesse domine toutes choses d'un monde où l'on sait bien qu'on trouve le bout de tout. À ce bout, je suis sûr d'avoir encore une pensée pour le petit ami qui voudra bien m'accuser réception de ma médaille, souvenir d'amitié, grand ordre de la ganacherie.[^4]</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Louise Ve Walsh</i></h3>
[^1]: Louise de Rigaud de Vaudreuil (1779-1831), épouse Antoine Walsh de Serrant en secondes noces. Amie d’enfance de Las Cases, elle le soutient dans la mise au point de son *Atlas* à Londres. Dame du palais de Joséphine et attachée à la maison de la princesse Stéphanie, elle obtient pour Las Cases sa place de chambellan (1810).
[^2]: Mention « reçue le 9 ».
[^3]: Stéphanie de Beauharnais (1789-1860).
[^4]: Expédition, collection privée.
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