78_LasCases_SH

identifiant78_LasCases_SH
fait partie deSainte-Hélène
est validéoui
date1818/02/22 00:00
titreLouise de Rigaud de Vaudreuil à Emmanuel de Las Cases
texte en markdown<body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>Las Cases_SH - 78.</i> - </b> De Louise de Rigaud de Vaudreuil[^1] à Emmanuel de Las Cases</h1> <h2 data-kind="letter-context" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Karlsruhe, 22 février 1818[^2]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Qu'aura pensé le petit ami, en ne recevant point de réponse à la lettre qu'il m'a écrite de Francfort ? Des choses tout à fait injurieuses à mon caractère ; il aura pensé que, ne partageant pas toutes ses affections, j'avais renoncé à celle que j'avais eue pour lui, et qui était fondée sur des motifs que ne changent point les convulsions politiques.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Voici, mon cher monsieur, la raison de mon silence ; vous m'écrivîtes à Francfort que vous ignoriez quelle serait votre sort et la durée de votre séjour à Francfort. Je ne voulus pas hasarder de réponse. Dans ce même temps, les journaux vous firent partir pour Egra, mais comme ils ne vous y firent point arriver, j'écrivis à Paris pour savoir où vous étiez établi. On paressa, on négligea de m’en instruire. C'est hier seulement que j'ai appris de ma sœur que vous étiez à Francfort, et que vous y restiez.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je n'ai jamais reçu votre lettre d'Afrique, et l’on a vu par les feuilles anglaises qu'elle avait été interceptée avant votre retour en Europe. Clara me fit écrire pour que je vous ménageasse une retraite douce et agréable dans le grand-duché de Bade. Je fis dans cette circonstance tout ce que l'humanité jointe à l'amitié me prescrivait, tout ce que j'aurais attendu de vous en pareil cas. Je fus repoussée avec perte, mais avec procédés. Je le fus par des considérations toutes prises dans l'intérêt de la grande-duchesse[^3] : il n'y avait rien à dire à cela. J'écrivis à Clara (alors à Londres) le mauvais succès de ma négociation. Je suis affligée de n'avoir pas réussi, j'aurais soigné votre pauvre tête que ma sœur me dit être affectée de violentes douleurs nerveuses, telles que je vous en ai vues à Plombières de burlesque mémoire. La grande-duchesse est très fâchée que les choses soient de manière à la priver de la société d'un homme comme vous dont elle avait la longue habitude de m'entendre faire l'éloge : elle me charge de vous le dire.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je sais que votre bonne, sage et courageuse femme vous a rejoint, quitté, pour vous rejoindre encore au mois de mai. Si avec ce trésor inestimable vous avez conservé de l’aisance, des jours heureux vous sont encore réservés. Que le petit ami me donne de ses nouvelles ; j'espère qu'il a près de lui ce fortin si propre à lui donner des soins, et qui était réellement touchant dans ceux qu'il rendait aux enfants. J'espère aussi que la santé de sa gentille petite fille s'est fortifiée et que celle de Madame de Las Cases n'a pas été trop altérée par les chagrins de tous les genres, et les inquiétudes qu'elle a éprouvées depuis 3 ans. Bonne et respectable femme !</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Si l'ami à qui j'envoie ma lettre à Francfort la porte lui-même, recevez-le bien à ma considération. C'est un homme de bien à qui je dois de la reconnaissance et pour lequel j'ai beaucoup d'estime et d'amitié. Adieu petit ami, si vous m'avez méconnue ne me le dites pas, mais frappez-vous la poitrine.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je dois me borner à vous assurer de mon attachement dont il m’eut été doux de vous donner des preuves.[^4]</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Louise Ve Walsh</i></h3> [^1]: Louise de Rigaud de Vaudreuil (1779-1831), épouse Antoine Walsh de Serrant en secondes noces. Amie d’enfance de Las Cases, elle le soutient dans la mise au point de son *Atlas* à Londres. Dame du palais de Joséphine et attachée à la maison de la princesse Stéphanie, elle obtient pour Las Cases sa place de chambellan (1810). [^2]: Mention « reçue 26 ». [^3]: Stéphanie de Beauharnais (1789-1860). [^4]: Expédition, collection privée. </body>