| identifiant | 60_LasCases_SH |
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| fait partie de | Sainte-Hélène |
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| est validé | oui |
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| date | 1818/10/14 00:00 |
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| titre | Jérôme Bonaparte à Emmanuel de Las Cases |
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| texte en markdown | <body>
<h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>Las Cases_SH - 60.</i> - </b> De Jérôme Bonaparte à Emmanuel de Las Cases</h1>
<h2 data-kind="letter-context" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Schönau, 14 octobre 1818[^1]</h2>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Monsieur le comte Las Cases,</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Vous êtes sans doute étonné de ne recevoir aucune réponse à vos dernières lettres que j'ai reçues ainsi que celle de votre excellent fils. Mais comme elles me sont parvenues ouvertes et par l'intermédiaire de la Chancellerie d'État, j'ai voulu en savoir les raisons. Et ce n'est que depuis peu de jours que j'ai appris que l'on avait ouvert le paquet de Messieurs les frères Mulhens[^2] et qu'on en avait distrait vos lettres.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">J'ai fait toutes les démarches qui dépendaient de moi, et dans peu je saurai les renouveler à propos. J'ignore ce que l'on fait à Rome, n'en recevant aucune nouvelle, et suis toujours dans l'attente d'une communication de Madame. Vous trouverez ci-joint copie de deux lettres que ma femme écrivit dans le temps à son père, et sous peu, je vous enverrai deux portraits qui j'espère vous feront plaisir.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Recevez, Monsieur le comte, l'expression de mon tendre et constant attachement.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Votre affectionné,</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Jérôme</i></h3>
<b>Annexe</b>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Correspondance de Sa Majesté la reine de Westphalie avec Sa Majesté le Roi de Wurtemberg Son Père</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">N° 1</p>
De Catherine Bonaparte à son père, Frédéric de Wurtemberg
<h2 data-kind="letter-context" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 17 avril 1814</h2>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Mon très cher Père !</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je viens de recevoir la lettre du 12 avril que vous avez bien voulu m'écrire, elle m'est parvenue le lendemain du jour où M. de Wintzingerode[^3] m'avait fait faire les ouvertures dont vous l'avez chargé. Mes précédentes lettres ont dû vous prouver qu’elles étaient mes irrévocables résolutions. Quelqu’ait été toute ma vie, mon cher Père, ma tendresse et ma soumission à la moindre de vos volontés, vous ne pourrez vous-même me blâmer si dans une circonstance aussi importante je me vois obligée de n'écouter que ce que le devoir et l'honneur me dictent. Unie à mon époux par des liens qu’a d'abord formés la politique, je ne veux pas rappeler ici le bonheur que je lui ai dû pendant 7 ans, mais eût-il été pour moi le plus mauvais des époux, si vous ne consultez mon cher Père que ce que les vrais principes d'honneur me commandent, vous me direz-vous même que je ne puis l'abandonner lorsqu'il devient malheureux et surtout lorsqu'il n'est pas cause de son malheur. Ma première idée, mon premier mouvement ont été d'aller me jeter dans vos bras ; mais avec lui, avec le père de mon enfant, je comptais trouver en vous toutes les consolations que me promettent dans votre lettre vos sentiments paternels ; mais seule je ne puis songer à chercher un asile sûr. Où serait d'ailleurs ma tranquillité si je ne la partageais avec celui auquel je dois aujourd'hui plus que jamais mes soins et mes consolations. Mon cher Père, je me jette à vos genoux, et vous supplie de considérer ma position et les devoirs qu'elle m'impose. Ne consultez point la politique, mais seulement les devoirs les plus sacrés de père et ceux d'une épouse et d'une mère, et voyez si en manquant à mes premiers devoirs je serai capable de respecter les autres. Considérez tous ces motifs, et veuillez-vous pénétrer que les principes les plus sacrés peuvent seuls m'engager à refuser toute offre de grandeur et de fortune que je dois à vos bontés, et qui m’empêcheraient aujourd'hui de remplir mes devoirs de femme et de mère. J'ai dû vous faire connaître ici de Paris, où vous ne pouvez supposer l'influence de mon mari, cette irrévocable décision. Au désespoir d'encourir par-là peut-être votre disgrâce, je puise mon courage dans la conviction de me rendre du moins plus digne encore de votre estime, persuadée qu'avec le temps vous me rendrez justice, que vous vous direz intérieurement que je n'ai pu agir autrement sans me manquer à moi-même, et que les devoirs de fille tendre et soumise que j'ai remplis toute ma vie devraient être pour vous la garantie que je remplirai également ceux d'épouse et de mère. Veuillez, mon cher Père, accorder votre bénédiction du moins aux intentions pures qui me dirigent ; songez que le rêve du bonheur est fini pour moi et que je ne puisse plus trouver de consolation ni de dédommagement que dans l'affection et la tendresse des miens. Que Dieu que j'implore veille sur vos jours et les rendent heureux, mais si un jour ils étaient altérés par l'infortune, vous me verriez mon cher père à vos pieds, tâchez de l'adoucir, et vous porter d'aussi grands sacrifices que ceux que je fais maintenant pour mon époux. Je suis etc.</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Signé Catherine</i></h3>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">N° 2</p>
De Catherine Bonaparte à son père, Frédéric de Wurtemberg
<h2 data-kind="letter-context" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Berne, [9] mai 1814</h2>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Mon très cher Père !</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">M. de Linden[^4] m'a remis à son passage à Neufchâtel votre lettre du 16 avril et de plus, il m'a transmis verbalement vos intentions. Je ne vous cacherai pas que c'est avec un chagrin bien sensible que j'ai vu, dans une conversation d'une heure et demie, que vous persistiez dans votre désir de me séparer de mon mari, chose que je ne puis concevoir, et qui ne peut pas plus entrer dans ma tête que dans mon cœur. Forcée par la politique d'épouser le Roi mon époux, le sort a voulu que je me trouvasse la femme la plus heureuse qui puisse exister. Je porte à mon mari tous les sentiments réunis, amour, tendresse, estime. Comment le meilleur des pères voudrait-il détruire mon bonheur intérieur ? Le seul qui me reste. J'ose vous le dire, mon cher Père, vous et toute ma famille méconnaissez le Roi mon époux ; un temps viendra j'espère où vous serez convaincu que vous l'avez mal jugé et alors, vous retrouverez toujours en lui comme en moi, les enfants les plus respectueux les plus tendres.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">L'événement affreux auquel j'ai été exposée[^5] n'a heureusement point influé sur ma santé, mais les secousses fréquentes que j'ai essuyées et surtout la proposition de me séparer de mon époux, m’ont non seulement mise au désespoir mais ont presque compromis l'existence de l'enfant que je porte dans mon sein. M. de Linden en a été le témoin et peut vous l'assurer. J'ose me jeter à vos genoux le meilleur des pères ! Et vous conjurer de vous désister de cette idée, car ma résolution et mes principes sont invariables à ce sujet, et je n'aspire qu'à la tranquillité et au repos, et il me serait cruel de devoir encore entrer dans des contestations vis-à-vis d'un père que je chéris et que je respecte plus que ma vie. C'est dans ces sentiments que je vous supplie d'agréer etc.[^6]</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Signé Catherine</i></h3>
[^1]: Mention « reçu le 24 ».
[^2]: Banquiers à Francfort.
[^3]: Ferdinand von Wintzingerode (1770-1818), général allemand, joua un rôle important lors de la campagne de France en 1814.
[^4]: Ex-ambassadeur du royaume de Westphalie à Berlin.
[^5]: L’agression et le vol des bijoux de Catherine par Maubreuil.
[^6]: Expédition, collection privée.
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