53_LasCases_SH

identifiant53_LasCases_SH
fait partie deSainte-Hélène
est validéoui
date1818/03/05 00:00
titreJérôme Bonaparte à Emmanuel de Las Cases
texte en markdown<body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>Las Cases_SH - 53.</i> - </b> De Jérôme Bonaparte à Emmanuel de Las Cases</h1> <h2 data-kind="letter-context" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Schönau, 5 mars 1818[^1]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Monsieur le comte Las Cases, votre lettre du 18 février me fait éprouver un bonheur qui depuis bien longtemps m’était étranger !!! Que j'aime à retrouver en vous les sentiments qui m'animent pour mon respectable et malheureux frère !!! Combien de fois ma femme et moi aurions épanché notre cœur dans le sien si les conditions imposées à notre correspondance ne nous paraissaient contre le respect que nous devons à l'Empereur. Il n'appartient qu'à vous, Monsieur le comte, de nous dire quel serait le moyen de pouvoir déposer au pied de S.M. l'expression de notre dévouement et de notre éternelle reconnaissance. Ces sentiments professés par moi et ma femme sont autres que des mots.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je suis heureux d'avoir eu la même pensée que vous pour le soulagement de l'Empereur. Je n'attends que la réponse des différents membres de la famille pour la mettre à exécution. J'attends également l'avis de quelques personnes dévouées sur une démarche que je veux faire auprès des souverains alliés. Elle prouvera que lord Bathurst nous a sans doute jugés d'après lui lorsqu'il a pensé que les malheurs de l'Empereur pouvaient altérer et notre reconnaissance et notre dévouement : … le misérable !!! Son cœur n'est pas fait pour éprouver les élans d'une âme généreuse, ni pour comprendre que les souffrances donnent des forces aux sentiments nobles et élevés !!!</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je crois pouvoir répondre de chacun des membres de la famille, mais dans tous les cas pour ceux qui me regardent ainsi que ma femme, aucun sacrifice ne nous paraîtra tel, s'il peut avoir pour résultat de soulager celui que nous regarderons éternellement comme notre second père. Si la situation de l'Empereur n'est pas changée l'année prochaine, notre intention est de faire les démarches nécessaires pour obtenir la faculté d'aller passer un an auprès de lui, et lui présenter notre fils, qui partage avec lui et notre chère France nos plus tendres affections. Nous espérons qu’à cette époque il n'existera aucune objection raisonnable contre un pareil voyage. L'Empereur est assez malheureux (même aux yeux de ses plus cruels ennemis) pour qu'on ne lui envoie pas ainsi qu'à nous la seule consolation qui puisse adoucir nos maux, d'autant plus que la politique est étrangère à nos pensées comme à toutes nos actions.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je vous prie, Monsieur le comte, de me parler longuement de l'Empereur. Rien, absolument rien de ce qui le touche n’est d'un petit intérêt pour nous. Je suis encore à trouver les raisons qui ont pu porter nos ennemis à vous séparer de celui qui doit vous aimer comme un fils, puisque je sens pour vous l'amitié d'un frère ! La Reine[^2] veut absolument que je vous exprime les sentiments de reconnaissance qu'elle vous porte pour tout l'attachement que vous avez voué à l'Empereur. Elle me répète souvent que si le sort l'avait privé de son époux et de son fils, c'est auprès de son second père qu'elle aurait été finir ses jours.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Si le mauvais état de vos yeux ne vous permet pas d'écrire longtemps, et que votre intéressant enfant ne puisse vous remplacer, je connais une personne dans votre voisinage qui sera heureuse de vous servir de secrétaire, et qui est animée de ce feu sacré que rien ne peut éteindre ; je vous recommande particulièrement le baron Félix Desportes[^3]. En disposant de tout ce que je puis, et (si vous ne pouviez exécuter votre premier projet) en venant partager avec votre famille ma maison et mon existence, ce n'est pas vous qui me devrez de la reconnaissance. Croyez à ma constante amitié et au bonheur que j'éprouverai de vous en donner des preuves.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Votre affectionné,[^4]</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Jérôme</i></h3> [^1]: Mention « reçu 13 mars 1818 ». [^2]: Catherine de Wurtemberg. [^3]: Félix Desportes (1763-1849), préfet et baron de l’Empire, exilé lors de la Seconde Restauration. [^4]: Expédition, collection privée. </body>