38_LasCases_SH

identifiant38_LasCases_SH
fait partie deSainte-Hélène
est validéoui
date1818/01/28 00:00
titreHortense de Beauharnais à Emmanuel de Las Cases
texte en markdown<h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>Las Cases_SH - 38</i> - </b> D’Hortense de Beauharnais à Emmanuel de Las Cases</h1> <h2 data-kind="letter-context" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Augsbourg, 28 janvier 1818</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je reçois votre lettre, Monsieur le comte, et vous devez penser tout l'intérêt qu'inspire votre dévouement et votre conduite, et combien j'aurais de plaisir à vous voir et à savoir de vous tous les petits détails qui ne peuvent m’être indifférents. Passez donc ici si vous le pouvez, et si cela ne peut vous nuire, car vous ignorez peut-être que malgré mon caractère tranquille, et mes habitudes uniformes, je n'ai pu parvenir à ôter aux divers gouvernements la méfiance qu'ils se plaisent à concevoir sur moi. Vous me demandez des détails sur moi et mes enfants ? Seulement depuis quelques mois je suis tranquille en Bavière, et je vous assure que je jouis de ce bien-être. Auparavant, le moindre mécontentement en France était selon des hommes puissants, suscité par moi, et le calme dont je fais tant de cas se trouvait troublé pour des griefs imaginaires. Si d'avoir pu soigner les derniers moments de l'Empereur m’a donné cette trop grande célébrité, je ne m'en plains plus car je me ferais toujours gloire d'avoir été près de lui dans ces tristes moments[^1]. Si quelque chose pouvait m'étonner dans ce siècle ci, ce serait d'apprendre qu'on vous tourmente, tandis que tout le monde devrait vous applaudir et vous protéger ; mais l'expérience apprend qu'il ne faut chercher qu'à être content de soi-même car le suffrage des hommes est trop léger ou trop injuste pour pouvoir être ambitionné. Je m'occupe de l'éducation de mon fils cadet[^2] dont la santé est toujours assez délicate. L’aîné[^3] est venu de Worms passer deux mois avec moi, il a de l'esprit, de l'élévation, et l'on peut déjà causer avec lui. Tout mon temps se passe à cultiver quelques talents, et j'ai été témoin de tant d'ingratitudes et de tant d'injustices, que je supporte plus facilement que je ne l'avais cru possible, l'éloignement où je suis de mon pays et de mes amis. Il est des malheurs qui élèvent l'âme, et le seul sentiment qui ait pu m'atteindre dans les divers tourments qu'on m'a fait éprouver, est de plaindre ceux qui font souffrir les autres. Ils ne savent pas jouir du bonheur que la providence leur réservait, et ce n'est pas leur sort que je puis envier. D'après votre demande, en peu de lignes je vous ai parlé en détail de ma position, même de mes impressions, et je n'ai pas besoin d'y ajouter les sentiments que je vous ai voués, et dont je suis bien aise de vous renouveler l'assurance.[^4]</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Hortense</i></h3> [^1]: Lors de la seconde abdication, Hortense était auprès de Napoléon à l’Élysée. [^2]: Louis Napoléon Le futur Napoléon III. [^3]: Napoléon Louis. [^4]: Expédition, collection privée.