06_LasCases_SH

identifiant06_LasCases_SH
fait partie deSainte-Hélène
est validéoui
date1824/08/01 00:00
titreJoseph Bonaparte à Emmanuel de Las Cases
texte en markdown<body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b>Las Cases_SH - 6- </b>Joseph Bonaparte à Emmanuel de Las Cases</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Point Breeze, 1<sup>er</sup> août 1824</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Duplicata</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Monsieur, j’ai reçu les 8 volumes de votre ouvrage, je le connaissais déjà en partie, je regrette de ne l’avoir pas connu en manuscrit. Il y a quelques faits qui me sont personnels que j’aurais pu rectifier. Des témoins qui existent encore auraient pu joindre leur témoignage au mien. Ma mère, le cardinal Fesch qui étaient, ainsi que la plupart de mes frères et sœurs, présents aux derniers moments de notre grand-oncle[^1] auraient pu vous dire, pour l’intérêt de la vérité, qu’en prophétisant que Napoléon (qui n’était alors que simple lieutenant d’artillerie) serait un grand homme, un ommone[^2] avait dit auparavant, en m’adressant la parole : « je meurs content puisque j’ai assez vécu pour voir l’aîné des enfants de mon neveu[^3] non seulement en état de me remplacer comme chef de notre famille, mais que je le vois encore à la tête de l’administration de notre pays. » (J’étais membre du directoire de notre département).</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">L’article où il est question des moments qui ont précédé la mort de mon père qui eut lieu à Montpellier n’est pas exact non plus ; le cardinal Fesch, les docteurs Sabatier et La Mure, Mme de Permon[^4] étaient présents, mon père m’adressant la parole me dit qu’il désirait avoir l’assurance que je renoncerai à l’état militaire qui m’isolait trop de la famille, et que je retournerai dans notre département pour le remplacer me nommant nominativement l’un après l’autre ses sept enfants, et recevant de moi la promesse formelle que je leur servirais de père autant que mon jeune âge me le permettrais. J’avais alors 16 ans, j’ai tenu ma parole le mieux que j’ai pu.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Il est beaucoup d’articles dans les discours de l’Empereur qui ne sont propres qu’à lui faire des ennemis, et qui, eussent-ils été exactement retenus, n’avaient pas dans sa manière vive et rapide de s’exprimer, la signification que l’amour-propre blessé des uns, et la malignité des autres leur prêtent. Les pensées énoncées dans la confiance avant même d’être entièrement formées doivent-elles être transmises à la postérité comme des actes législatifs ! Où en serions-nous tous tant que nous sommes s’il en était ainsi ?</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je m’occuperai plus tard de disposer de la balance qui reste entre vos mains, n’ayant aucun fonds à Paris. Je m’en servirai lorsque l’occasion s’en présentera.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je vous prie, Monsieur, de croire que je ne doute pas de vos bonnes intentions, et j’oublie et j’excuse facilement ce qui m’est personnel en songeant au dévouement que vous avez montré à l’homme que j’ai le plus aimé.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Veuillez, Monsieur, agréer mon intérêt et ma considération distinguée.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Votre affectionné serviteur,</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Joseph, comte de Survilliers</i></h3> [^1]: Lucien Bonaparte (1718-1791), archidiacre de la ville d’Ajaccio. [^2]: Un grand homme. [^3]: Charles Bonaparte (1746-1785). [^4]: La mère de Laure Junot, duchesse d’Abrantès. M. de Permon avait occupé un poste de financier à Ajaccio et s’y était lié avec les Bonaparte. [^5]: Expédition, collection privée. </body>