| identifiant | CS_Gros_01.md |
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| fait partie de | lettres_soldats |
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| est validé | oui |
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| date | 1808/10/30 00:00 |
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| titre | Carnet de route de Jacques Gros |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>JG01</i> </b> Carnet de route de Jacques Gros </h1>
Ce cahier appartient à Jacques Gros, volontaire de la 5<sup>e</sup> demi-brigade du 3<sup>e</sup> bataillon de la 1<sup>re</sup> compagnie.
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Fait le 26 du mois de brumaire l’an sixième de la République française [16 novembre 1797].</h2>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i> Jacques Gros </i></h3>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">J'habitais la maison de mon père. Le 18 août 1793, voici l'état de tous les logements que j'ai faits. Le premier a été à Voreppe le 18 du même mois, le 19 à Grenoble, le 24 nous avons été organisés, nous sommes partis de suite pour nous rendre au Touvet où nous y avons gardé l'hôpital jusqu’au 15 de brumaire [an II][^1] . Nous avons reçu l’ordre de nous rendre à Grenoble, où nous y avons fait le service de place. Le 15 de nivôse, on nous a amalgamés[^2] , nous y avons fait le service de place. Le 10 germinal, nous avons reçu l’ordre pour nous rendre à Saint-Pierre d'Albigny, nous y avons fait le service de place et du château[^3] . Le 14 floréal, nous avons reçu l’ordre pour nous rendre à Moûtiers, où nous sommes [<i>sic</i>] été en garnison. Le 24 du même mois, nous avons reçu l’ordre pour nous rendre à Champagny[^4] .</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 1<sup>er</sup> prairial, nous sommes partis pour le Saint-Bernard[^5] et Moûtiers, le 2 au Bourg[^6] , le 3 à Saint-Didier[^7] , le 4 séjour, le 5 à Morgex où nous y avons fait le service des avant-postes. Le 10, les Piémontais ont attaqué nos avant-postes au-dessus de La Salle, le feu a duré jusqu'à 4 heures du soir. Le 11, nous bivouaquâmes en avant de Morgex, le 12, nous avons battu en retraite jusqu'à Saint-Didier. Le 13, l'ennemi a attaqué nos avant-postes à 3 heures du matin. Nous ripostâmes vigoureusement ; notre perte était d'environ 7 à 8 hommes blessés. Tous les jours l'ennemi attaquait les avant-postes, nous avons été obligés de battre en retraite jusqu'au Saint-Bernard. Notre bataillon a reçu l’ordre de se rendre à [Oulx] joindre 4 de nos compagnies qui étaient parties de la vallée d'Aoste pour prendre le [...] après avoir pris les fortifications de la hauteur et des montagnes, ils s’y tiennent rendu dans la vallée d’[Oulx]. Le 27 prairial, nous avons couché au Bourg Maurice, le 28, à Moûtiers. Le 29, croyant de continuer notre route, après avoir fait une lieue de marche, nous avons reçu contre ordre pour retourner au Saint-Bernard. Le même jour nous avons couché à Séez. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 1<sup>er</sup> messidor, nous nous sommes rendus au Miroir où nous avons fait le service des avant-postes. Le 10, l'ennemi nous repousse du Miroir jusqu'à Villaret. De là, nous avons été en détachement pour renforcer le Mont Valezan que les Piémontais avaient attaqué en grande foule pour pouvoir pénétrer jusqu'au fort Mont Bernard malgré la supériorité en monde, car ils étaient bien 15 000 hommes contre 1 000 hommes. Le feu a duré jusqu'à 10 heures du soir, que nous étions tous pêle-mêle. La perte de l'ennemi s'est évaluée d'environ 100 hommes morts, 400 de blessés, autant de prisonniers. Le 18 du même mois, nous avons reçu l'ordre pour nous rendre dans la vallée d’Oulx. Le 19, nous avons logé au Bourg, le 20 à Moûtiers, le 21 à Saint-Martin[^8] , le 22 à Valloire, le 23 à Monêtier[^9] , le 24 à Nevache, le 25 à Oulx où nous avons fait le service d’avant-poste. Le 1<sup>er</sup> messidor, nous avons reçu l’ordre pour nous rendre au Grand Puy et où nous [devions] faire le service d’avant-poste. Le 12 thermidor, nous avons reçu l’ordre pour nous rendre au […] toujours [à l’avant] dans cette vallée. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 4 brumaire [an III] [^10] , nous avons reçu l’ordre pour nous rendre au [Joire] [^11] faisant le service des avant-postes. Le 8 frimaire, nous reçûmes l’ordre pour nous rendre à Annecy en Savoie, où nous ferons le service de place, le 9 à Saint-Martin, le 10 au Ravin, le 11 à Embrun, le 12 à Chorge, le 13 à Gap, le 14 séjour, le 15 à Bonnet Libre[^12] , le 16 à Corps, le 17 à La Mûre. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">HISTORIQUE OU ACTIONS, MARCHES, POSITIONS DE LA 5<sup>E</sup> DEMI-BRIGADE D’INFANTERIE DE BATAILLE[^13] DANS LES COMPAGNIES DE L’ARMÉE FRANÇAISE EN ITALIE AN V DE LA RÉPUBLIQUE, UNE ET INDIVISIBLE. [^14] </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">La 5<sup>e</sup> demi-brigade d’infanterie de bataille, qui faisait partie de l’armée en Italie, s’est mise en marche le 1<sup>er</sup> prairial quatrième année, traversa les Alpes par le Mont Saint-Bernard, la vallée d’Aoste, de là le Piémont et arriva le 13 prairial à Milan où elle fit le service de la place, bloquant en même temps le château. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 1<sup>er</sup> messidor, 2 de ses bataillons ouvrirent la tranchée, sous les ordres du général de division Despinoy, restant sous les murs du château jusqu’au 11 du même mois, jour de sa reddition. L’autre bataillon avait reçu l’ordre pour se rendre au lac de Côme, garder les frontières des Grisons et protéger la démolition du Fort Fuante. Les soldats travaillèrent à la tranchée et aux batteries avec un zèle qui leur mérita des éloges de la part des généraux de brigade Davin et Bertin, et du général d’artillerie qui présidait à ces travaux. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">On y joignit une gratification pécuniaire de 5 livres par homme, une cinquantaine des soldats de la demi-brigade furent attachés à l’artillerie pendant le siège. À cette expédition, le corps perdit environ 20 hommes dont 6 tués et le reste de blessés. Un bataillon prit les positions du château dont il fit le service, un autre faisant le service de la ville. Le 16 du même mois, les 2 bataillons reçurent l’ordre de se rendre à Peschiera où on les employa à réparer les fortifications, l’autre bataillon vint les rejoindre. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 11 thermidor, la demi-brigade se porta sur la route de Peschiera à Vérone pour arrêter l’ennemi. Elle garda différents passages, partit le lendemain, retournant sur ses pas, traversa Peschiera et longea le lac de Garde où elle reçut différentes bordées des barques canonnières ennemies. Nous établîmes sur la route 2 pièces qui ripostèrent vigoureusement et leur firent gagner le large. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 13 thermidor, nous nous portâmes sur Lonato dont l’ennemi semblait vouloir s’emparer. Effectivement, il y entra et vint nous attaquer dans une position que nous occupions en arrière de cette ville. Nous gagnâmes les hauteurs de droite et de gauche, fîmes pendant une heure un feu de mousqueterie très vif, et ébranlâmes l’ennemi, qui se reploya dans la ville. Le talonnant, nous y arrivâmes presqu’aussitôt, quoique obligés d’en briser les portes. On se bâtit dans les rues que nous traversâmes sous un feu qui partait de tous les points, par les portes, les croisées et [vitres]. L’ennemi, embusqué à la dernière porte de la ville, faisait un feu d’enfer pour nous arrêter et donner à sa colonne le temps de filer. Il abandonna à la valeur de nos soldats qui, bravant tous dangers, parvinrent à les déloger et les poursuivre, secondés par une partie de la demi-brigade qui avait filé sur les hauteurs de droite pour le tourner. Le combat s’engagea de nouveau, dura 3 heures et l’ennemi nous abandonna le champ de bataille. La demi-brigade fit, ce jour-là, plus de 400 prisonniers, tua à l’ennemi 120 hommes et en blessa 150 ; de notre côté la perte s’évalua à 30 de tués, 90 de blessés et 10 prisonniers. De ce nombre fut le citoyen Thomas, capitaine commandant le 2<sup>e</sup> bataillon. Cet officier s’était signalé par la plus rare intrépidité en se présentant le premier dans la rue et à portée de pistolet. Sous un feu qui ne laissait aucun vide, sa mort était certaine mais il fallait donner l’exemple qui fut bientôt suivi et par le sentiment de l’honneur et par les désirs de la vengeance et pour venger. Cet homme estimable emporte tous nos regrets. Les citoyen Neron, lieutenant, et le citoyen Le Broc, sous-lieutenant des grenadiers, furent blessés gravement. Le premier mourut de sa blessure. Cette affaire fut dirigée et commandée par les généraux Despinoy, de division, et Bertin, de brigade. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 14 du même mois, la demi-brigade se mit en marche, se dirigeant sur Brescia d’où elle repartit pour rejoindre l’ennemi qui s’était retiré à Gaverdo. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 16 au matin, nos éclaireurs rencontrèrent l’ennemi, le fusillèrent et le firent reployer. Sur les 9 heures, nous marchâmes à l’ennemi par le flanc, seule disposition prise par le général de division Despinoy. Cette opération assez mal combinée, ou plutôt sans combinaison de la part du général, devait avoir une fâcheuse issue. En effet peu d’hommes pouvant donner à la fois, c'est-à-dire la tête seule de cette colonne marchant par le flanc, l’ennemi gagna des hauteurs que nous eussions dû couper et nous força à la retraite, au lieu d’une victoire qu’eussent rendu certaine de plus sages dispositions. Encore, ce ne fut qu’une supériorité majeure qui nous y décida, une opiniâtreté mal entendue dans ce moment, sur un terrain qui ne permettait aucun changement de manœuvre, nous mettait tout entièrement au pouvoir de l'ennemi. Le général de brigade Bertin par son courage essaya, mais en vain, de réparer les torts du divisionnaire. Cependant, après une demi-heure d'une retraite en désordre, une partie de la troupe ralliée par la fermeté, l'activité, et le courage du citoyen Gaillard, chef de bataillon, tandis que sur un autre point le général Bertin ramenait avec autant d'ardeur les soldats dans les rangs, on marcha de nouveau à l'ennemi et dans le plus bel ordre, mais il n'engagea rien, et alla reprendre ses positions. Nous fîmes quelques prisonniers de tous grades. Cette journée nous valut la perte de 12 à 15 hommes faits prisonniers, 10 tués et 30 de blessés, au nombre desquels fut le citoyen Vandierre, sous-lieutenant. Le même jour nous reprîmes notre position devant Brescia. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 17, toujours sous les ordres du général Despinoy, nous nous mîmes en marche, à 8 heures du soir, marchant toute la nuit et arrivâmes à Castiglione. Le lendemain 18 thermidor, sur les 9 heures du matin, nous fûmes placés au centre de la ligne de bataille établie en avant de cette ville. À peine arrivée, toute la ligne se mit en mouvement, la bataille s'engagea jusqu'à 4 heures du soir. La demi-brigade, toujours parfaitement en ordre et à son rang de bataille, se battit avec courage. Parmi les nombreux prisonniers faits à l'ennemi, dans cette action, nous emmenâmes à notre part, environ 400, prîmes 2 pièces de canon et 3 caissons. Nous eûmes de notre côté 5 à 6 prisonniers. Le général en chef commanda cette demi-journée. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 19, la demi-brigade se porta sur les bords du Mincio pour passer le fleuve et pénétrer à Borghetto où l'ennemi s'était retranché. Mais comme il avait coupé le pont qui y conduisait et le fleuve [n'étant qu'établi] sur aucun point, nous restâmes en bataille environ une heure, essuyâmes un feu d'artillerie assez vif, tandis que les nôtres ripostaient aussi vigoureusement. Nous prîmes ensuite une position où nous passâmes la nuit. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le lendemain 20, 300 hommes de notre demi-brigade faisant le service de Peschiera, bloqués par l'ennemi, se trouvèrent dans la sortie que firent nos troupes. Cette sortie fut commandée par le général Guillaume. Le détachement de la 5<sup>e</sup> demi-brigade se battit avec chaleur, 8 furent faits prisonniers et 5 blessés. De ce nombre fut le citoyen Rognon, lieutenant atteint gravement. Le 20 au soir, nous traversâmes Peschiera débloquée, tant part la division de Masséna que par cette sortie de la garnison. Nous laissâmes ce même détachement pour faire le service de place et fûmes bivouaquer à deux lieues en avant de la ville. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 21, destinés à harceler l'ennemi dans sa retraite, nous entrâmes dans Vérone, nous allâmes prendre positions à deux lieues en avant de la route du Tyrol. Nous occupâmes cette position depuis le 12 thermidor jusqu'au 15 fructidor suivant, faisant le double service des avant-postes et de la ville, pendant tout le temps, et nous fîmes partie de la division Augereau. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 16 fructidor, toute la division se mit en marche pour pénétrer dans le Tyrol, à la poursuite de l'ennemi. Notre demi-brigade parcourut pendant 3 jours les montagnes et fit des reconnaissances sur tous les points, même les plus inaccessibles. Notre seul but était de couper l'ennemi dans sa retraite. Ne l'ayant pas rencontré sur les hauteurs dont il abandonnait chaque position à notre approche et n'ayant pu l'atteindre, nous en fûmes quitte pour 4 jours de marche forcée, de privations et de fatigues incalculables. Nous redescendîmes dans la gorge, par là nous dûmes bivouaquer près de Roveredo et le jour suivant près de Trente. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 20, abandonnant entièrement les hauteurs, nous filâmes jusqu’à Borgo par la gorge qui conduit de Trente à Bassano sans interruption ni repos dans notre marche. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 21, la division dont nous faisions partie rencontra l’ennemi près d’un fort qui faisait la limite du Tyrol et du pays de Venise. La tête seule de la colonne donna, dont une de nos compagnies de grenadiers, envoyée sur la hauteur de gauche à la poursuite de l’ennemi, ramena une trentaine de prisonniers. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 22 fructidor, nous joignîmes les Autrichiens qui venaient de recevoir un renfort nombreux, avaient pris des positions pour nous disputer Bassano. En effet ils s’étaient retranchés et avaient établi de fortes et nombreuses batteries sur les rives de la Brenta, plongeant une chaîne de défense depuis la rivière jusque sur les sommets montagneux de droite et de gauche. La division l’attaqua en même temps sur tous les différents points. La 5<sup>e</sup> demi-brigade qui occupait la gauche eut à soutenir sur son point un feu des plus violent qui lui valut la perte de 20 hommes tués et 30 blessés mais à force de constance, de courage et d’audace, elle renversa tout ce qui était sur son front et a contribué puissamment à la gloire de cette journée où l’ennemi fut battu sur tous les points, perdit environ 100 hommes restés sur le champ de bataille, laissa 6 000 prisonniers, abandonna presque totalement son parc d’artillerie, ses munitions de guerre et de boulets, enfin essuya une déroute complète. Toutes les troupes qui composaient la division ayant eu part à ce brillant succès, la 5<sup>e</sup> demi-brigade se distingua ou plutôt fit comme les autres, car c’était tous des Français. Le général de division Augereau commandait cette affaire et déploya des talents et du courage. Le général de brigade Bertin se battit vaillamment. Parmi nos blessés furent les citoyens Lachat, Laroque, lieutenant, Rivière, sous-lieutenant. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 23, nous bivouaquâmes à trois ou quatre milles en avant de Bassano, le 24 près de Padoue, et les 25 et 26 toujours en marche à la poursuite de l’ennemi, nous primes une position sous les murs de Legnago, dont on formait le blocus. Jamais marche ne fut plus pénible. Pour y arriver nous fîmes au moins une lieue ayant de l’eau jusqu’à la ceinture ; un bataillon fut renvoyé à Ronco pour garder le passage de l’Adige sur ce point. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 29, les deux autres bataillons se postèrent sur Mantoue où l’ennemi s’était jeté. Le même jour, le bataillon qui était détaché à Ronco vint rejoindre la demi-brigade. Le 28, la 5<sup>e</sup> demi-brigade fut placée en observation entre Mantoue et Vérone, et elle ne s’égara pas en route, comme nous l’avons lu sur les papiers publics. Ayant un général à sa tête, elle ne pouvait qu’exécuter ses ordres et s’il eut été vrai que nous nous fussions égarés, c’eut été la faute du général et non celle de la demi-brigade. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 29 fructidor, les troupes firent un mouvement général pour attaquer l’ennemi sous Mantoue. Notre demi-brigade, sous les ordres des généraux Bertin et Pigeon, le rencontra et l’attaqua près de La Favorite où il nous attendait, retranché derrière les haies et dans les forêts, ce qui rendait sa position respectable et des plus difficiles à enlever. En effet le combat dura depuis 11 heures du matin jusqu’à la nuit. Jamais affaire ne fut plus vive et sanglante que sur le point qu’occupait la 5<sup>e</sup> demi-brigade. L’ennemi intéressé à conserver sa position montra une opiniâtreté que la persévérance et le courage seuls des Français pouvaient surmonter. Les officiers et sous-officiers donnaient l’exemple et les soldats se battaient avec acharnement. La terre jonchée de nos braves camarades tués ou mutilés ne faisait que redoubler l’ardeur de la demi-brigade résolue à venger leur mort par une victoire éclatante. Elle la remporta complète, força l’ennemi à se jeter à la hâte dans Mantoue, ce qui était d’autant plus difficile que le local offrait continuellement à l’ennemi, à mesure qu’il perdait du terrain, des positions plus avantageuses les unes que les autres, c’étaient des fossés, des haies où il s’embusquait, des fermes où il se retranchait et qu’il fallait prendre d’assaut. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Malgré l’avantage des positions, il laissa un nombre considérable de morts sur le terrain et beaucoup de prisonniers. Nous lui enlevâmes au pas de charge et sous une grêle de mitraille une pièce de 13 et trois de moindre calibre, différents caissons et des chevaux, une entière pièce tombée entre les mains de quelques-uns de nos soldats qui, dans leur ardeur à poursuivre l’ennemi, la lui enleva sous les feux de ses palissades et les canons de la ville. Cette journée glorieuse nous coûta un peu cher, par la perte d’environ 60 hommes restés sur le champ de bataille, 150 blessés et une vingtaine de prisonniers. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Au nombre des morts fut le capitaine Blandin. Les regrets, on peut même direr les larmes de ses camarades, et de la demi-brigade et de la compagnie qu’il commandait, valurent l’oraison funèbre la plus touchante. Qu’il nous soit permis ici de jeter une feuille de laurier sur sa tombe. Nous eûmes aussi à regretter la perte d’autres camarades bien estimables par leur valeur et par leur courage. Ce sont les citoyens Gattaud lieutenant, et les citoyens Carabin sous-lieutenant, Desgiron capitaine, Harville capitaine, Devaise, Valtat, Vernard, Anquetin, Morissot, Noubert sous-lieutenants, Girardelet lieutenant et Debauve capitaine, furent tous blessés gravement. Ces quatre derniers sont morts à la suite de leurs blessures. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le général Bertin fut blessé en combattant vaillamment. Les chefs de bataillon Martin et Gaillard donnèrent pendant toute l’action des preuves d’intelligence et l’exemple du plus mâle courage, aussi furent-ils secondés par les officiers, sous-officiers et soldats, les uns et les autres ne pouvant être plus braves et plus ardents. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le même soir, nous prîmes à peu près la position que nous devions prendre pour le blocus. Le 30, on disputa les différents postes gardant les routes avec les pièces enlevées à l’ennemi, on tint cette position environ 8 jours. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 9 vendémiaire, nous occupâmes le château de La Favorite après avoir occupé les chemins, fait des abatis, et établi nos postes sur les points les plus avantageux, tout fut tranquille jusqu’au 15. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 16 vendémiaire, l’ennemi fit une sortie de Mantoue, du côté de Prada, força la ligne du blocus sur ce point, cherchant à pénétrer plus en avant dans la double intention de faire du fourrage et de nous prendre à revers. Une partie de la demi-brigade fut employée pour les faire rentrer, on y réussit. Notre détachement lui fit à sa part 50 prisonniers, lui enleva 7 voitures de fourrage et 14 bœufs. Nous eûmes 3 hommes blessés et 1 tué. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">L’ennemi repoussé dans Mantoue, nous reprîmes nos positions. Jusqu’au 8 frimaire, il ne se passa rien de remarquable, un de nos bataillons occupait le château de Prada, un autre la ville de Soave, le troisième Bancole. Le 3 frimaire, les Autrichiens qui éprouvaient déjà les horreurs des besoins dans Mantoue, firent une sortie sur les 3 points de La Favorite, Saint-Antoine et Prada. Elle fut annoncée de grand matin par le canon de la citadelle qui fit pendant une heure ou deux un feu des plus vifs et des plus soutenus pour détruire nos ouvrages et donner à leurs troupes plus de moyens de pénétrer. La sortie fut plus vigoureuse, un nombre conséquent et décuplé de celui des assiégeants. La résistance fut des plus opiniâtres. Ce ne fut qu’après quatre ou cinq heures de combat qu’ils purent enlever le château de Prada, Saint-Antoine et les postes qui les avoisinaient. Il y eut tant d’acharnement dans la défense que presque tous les chefs de postes furent blessés ou prisonniers et par conséquent un grand nombre de soldats forcés de céder au nombre. Nous disputâmes le terrain pied à pied et quoique faibles en hommes, nous occupâmes si bien l’ennemi qu’il échoua dans son projet. C’était de faire entrer des vivres et du fourrage dans Mantoue. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Un de nos bataillons arrêtait pendant ce temps une colonne qui se dirigeait sur Bancole, lui prit 2 pièces de canon, lui tua quelques hommes et fit des prisonniers. Les deux autres bataillons en étaient toujours aux presses, lorsque la nouvelle de quelques troupes de renfort ranimant les forces presque épuisées de nos soldats, ils demandaient qu’on battit la charge sur tous les points. Elle se fit entendre aussitôt. Cette marche toujours effrayante pour l’ennemi et le passage si subit de la défense à l’offensive l’intimidèrent au point qu’il abandonna dans un clin d’œil le terrain qu’il n’avait pu gagner qu’avec 8 heures de combat. Il entra à la hâte principalement et sans ordre dans ses murs, laissa plus de 100 morts, à peu près autant de blessés et 40 prisonniers. La perte de la demi-brigade fut d’environ 60 hommes, autant tués que blessés. Du nombre fut les lieutenants Rousset et Vernart qui tombèrent au pouvoir de l’ennemi, et moururent à Mantoue à la suite de leurs blessures. Ces deux officiers, reconnus braves dans toutes les actions, ont emporté nos regrets. Les citoyens Toublanc et Brûlé, lieutenants, furent blessés gravement, Quatrevaux lieutenant et Piot capitaine furent aussi blessés. L’ennemi nous fit environ 100 prisonniers parmi lesquels 11 officiers. Ces braves gens ne durent leur captivité qu’à trop de résistance. L’adjudant général Raimbault qui nous commandait fit preuve du plus rare courage, le chef de bataillon Martin se conduisit avec sa bravoure accoutumée. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le lendemain et jours suivants furent employés à réparer les ouvrages, retranchements, détruits par l’ennemi, couper les chemins et multiplier les abatis. Cette dernière sortie de l’ennemi ne l’ayant pas encouragé, il resta dans ses murs jusqu’au 26, cherchant seulement à incommoder nos différents postes par le feu de la citadelle. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 27 nivôse, à 4 heures du matin, la 5<sup>e</sup> demi-brigade se rendit sur la route de Saint-Antoine à Mantoue, prit la droite d’une des colonnes que devait commander ce jour l’adjudant général Raimbault. Il s’agissait d’arrêter le général Autrichien Provera qui, ayant passé l’Adige près de Legnago, était déjà sous les murs de Saint-Georges avec environ 9 à 10 000 hommes. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">La colonne s’ébranla une heure avant le jour et traversa La Favorite où ses éclaireurs se fusillèrent avec quelques avant-postes ennemis. Cela n’arrêta pas la marche de la colonne. À 300 ou 400 pas de là, nous rencontrâmes un parti d’Autrichiens qui voulut nous disputer le passage. Une fusillade très vive s’engagea. L’adjudant général Raimbault fut blessé gravement aux premières décharges. À la tête des grenadiers, le chef de bataillon Martin prit le commandement. Il détacha quelques compagnies qui donnèrent la chasse à ce corps d’ennemis, lui en tuèrent quelques-uns, firent 50 prisonniers et s’emparèrent de 2 pièces de canon du calibre de 3. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Nous attendions le jour avec impatience, nous dirigeant cependant sur le gros de l’armée ennemie. Un brouillard des plus épais, succédant à la nuit, sembla la remplacer pendant 2 ou 3 heures. L’obscurité retarda le moment de notre attaque, les éclaireurs furent envoyés sur tous les points de notre position, s’assurer plus parfaitement de celle de l’ennemi. Il occupait dans un front très étendu des fossés, des haies et différentes fermes qui se trouvèrent sur la ligne. Le brouillard moins épais nous découvrirent les uns aux autres. Nous attaquâmes l’ennemi avec vivacité, il répondit vigoureusement, nous tua quelques hommes et nous força même de nous ployer à deux reprises consécutives. Le chef de la colonne, le citoyen Martin[^15] , et tous les officiers qui sentaient l’importance cette journée, seule espérance de Wurmser dans Mantoue, ramenèrent de nouveau par leur discours, leur exemple, quelques changements de disposition dans l’attaque, les soldats à la charge. Alors on ne calcule plus le nombre de l’ennemi, ni l’avantage de ses positions. Il ne doit plus y avoir de part rétrograde, les soldats ont juré de vaincre, la baïonnette en avant, et sans s’amuser plus longtemps à une fusillade inutile, ils essuient celle de l’ennemi qui ne les intimide pas plus que le feu de son artillerie. On le serre, on le presse, on l’environne de toute part. Tout ce qui fait résistance trouve la mort, 3 ou 4 000 Autrichiens mettent bas les armes devant la 5<sup>e</sup> demi-brigade, dont 2 escadrons de cavalerie, 22 pièces de canon de différents calibres, des caissons en proportion et environ 80 chariots de farine attelés à 10 bœufs. Chacun fut pour la République le fruit de cette victoire. 4 à 5 000 hommes, reste de la colonne de Provera, se battaient encore sous Saint-Georges, nous nous y portâmes. Lorsque le feu cessant tout à coup, nous apprîmes qu’ils venaient d’éprouver le même sort. Une affaire aussi chaude nécessitait la perte de beaucoup de nos braves, elle ne s’élevait pas cependant si haut qu’on devait le craindre. Nous perdîmes environ 15 hommes, restés sur le champ de bataille, nous eûmes 40 blessés. Les citoyen Bazard, Prost, Landon et Mathieu, lieutenant et sous-lieutenant, furent de ce nombre ainsi que le citoyen Dufourd, capitaine des grenadiers. Le général Dumas commandait la division, le chef de l’état-major, le général Berthier, était à cette affaire. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le même soir, chacun de nos bataillons alla reprendre sa position respective, on y resta jusqu’à la reddition de Mantoue, sous les murs. La 5<sup>e</sup> demi-brigade était employée sans interruption pendant tout le blocus. Le même jour, les postes de la 5<sup>e</sup> demi-brigade qui étaient restés à Prado se battirent vigoureusement contre la garnison de Mantoue qui fit une sortie et ne put enlever les postes. Le 14 nivôse, la demi-brigade reçut les ordres de se rendre à Porto di Legnago sur l’Adige. Elle y arriva le lendemain, ayant marché toute la nuit. Elle fit le service dans cette place jusqu’au 30 pluviôse. Le 1<sup>er</sup> ventôse, elle partit de Legnago et se rendit à Vérone, le 3 à Chiusa, le 4 à Ala, le 5 à Rovereto où resta un bataillon, les deux autres dans les villages environnants. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 7, deux bataillons furent envoyés un à Torbole, l’autre à Nago, à l’extrémité du lac de Garde, où ils restèrent jusqu’au 12. Le 13, toute la demi-brigade se réunit à Rovereto, au bataillon qui y restait. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 14, toute la demi-brigade partit pour Trente, et sans s’y arrêter, se rendit à Pergine, où restèrent deux bataillons. Quelques compagnies furent envoyées dans le château qui domine le village, un autre bataillon à Caldonazzo. Nous garantissions ces villages des Autrichiens, qui occupaient derrière les montagnes et dans une vallée parallèle. Des positions respectables étaient multipliées autour de cette ville et nos compagnies de grenadiers faisaient de continuelles reconnaissances sur les différents passages qui communiquaient d’une vallée à l’autre. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 29 ventôse, nous quittâmes Pergine, suivant la gorge dans la direction de Bassano. Nous occupâmes quelques jours la petite ville de Borgo, d’autres ordres nous remmenèrent dans des villages situés sur des montagnes à la droite de Pergine. À Trente, le projet était d’aller débusquer l’ennemi de ses positions sur l’Adige. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 30 ventôse, sous les ordres du général Baraguey, nous prîmes rang dans une colonne qui devait attaquer l’ennemi dans Cimbra. Protégés par une rivière des plus rapides et des positions que la nature devait rendre inexpugnables, nos grenadiers tentèrent le passage de cette rivière et y réussirent, ayant de l’eau jusqu’au cou, malgré son extrême rapidité, le feu de l’ennemi qui nous tuait en plongeant et roulait sur nous d’énormes quartiers de rochers. On enleva en un clin d’œil tous les premiers postes, les derniers devenaient d’autant plus difficiles à s’en emparer qu’ils s’accroissaient d’autres qui se reployaient continuellement sur eux. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Ces derniers postes enlevés, nous découvrîmes Cimbras et nous nous mettons à sa hauteur, tandis que différentes troupes attaquaient de front le village défendu de toute part par les troupes régulières autrichiennes et les paysans armés. Les grenadiers de notre demi-brigade gagnèrent sur la droite des hauteurs qui paraissaient inaccessibles, et fuyant les sommets à la faveur des bois dont elles étaient couvertes, tournèrent Cimbras. Par cette opération aisée à combiner mais de la plus difficile exécution. L’ennemi nombreux de 1 000 hommes environ, rangés en bataille dans une petite plaine en arrière du village, se trouvant attaqué de front et ayant abandonné le terrain, se sauve dans le plus grand désordre. Le citoyen Leféron, depuis peu notre chef de brigade, harcela l’ennemi dans sa retraite et ramena un nombre de prisonniers. Il justifia cette journée qu’il commandait devant l’ennemi, la réputation dont il jouissait dans la 63e demi-brigade où il servait auparavant. Dans cette action, la 5<sup>e</sup> demi-brigade fit à sa part plus de 300 prisonniers et s’empara de 2 pièces de canon, elle n’eut que 5 à 6 hommes de blessés. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Nous bivouaquâmes dans la petite plaine de Cimbras. Cette expédition fut commandée par les généraux Dumas et Baraguey, le premier général sous les ordres de l’adjudant général Liébault. Nous partîmes de Cimbras sans nous arrêter, traversâmes des montagnes de neige et de glace, et vînmes coucher à l’entrée de la nuit près de Castello où l’ennemi opposa quelque résistance contre la tête de notre colonne. On lui enleva quelques postes, on fit des prisonniers et nous passâmes sur une petite montagne de neige cette nuit, qu’une extrême rigueur du froid nous rendit bien longue. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le lendemain, poursuivant l’ennemi qui fuyait devant nous, nous nous rejoignîmes sur l’Adige aux troupes qui étaient venues de Trente par Saint-Michel et qui battirent l’ennemi. Quoique exténués de fatigue, nous repartîmes au bout de quelques heures et allâmes bivouaquer à Bronzolo. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le lendemain 4 germinal, nous arrivâmes à Bolzano. Un bataillon fut détaché sur la gauche où il resta, les 2 autres prirent la route d’Innsbruck. Ils s’arrêtèrent 2 ou 3 jours sous Bressanone, on conduisit jusqu’aux portes de Mittelbach, sans y entrer, on retourna sur nos pas en changeant de direction. Cette journée fut employée à fouler les montagnes sur lesquelles on bivouaqua. Le lendemain, nous prîmes la route d’Innsbruck. Nous occupâmes pendant deux jours des positions dans un bois en arrière du village. Nos grenadiers furent envoyés à l’avant-poste à un mille en avant de ce village. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Depuis notre départ de Bolzano, les paysans armés de tous côtés faisaient des tentatives et hostilités contre nos troupes peu nombreuses. Nos deux bataillons reçurent l’ordre de tourner à Bolzano pour renforcer ce point. Nous y arrivâmes le 10 après deux jours de marche. Nous nous rendîmes à un de nos bataillons que nous y avions laissé et qui ce jour eut un choc assez vif avec les troupes de Laudon auxquelles il empêcha de pénétrer Bolzano. Nous perdîmes dans cette affaire 4 à 5 hommes tués et eûmes une dizaine de blessés, nous en blessâmes ou tuâmes quelques-uns à l’ennemi et lui fîmes une trentaine de prisonniers. De suite nous fûmes disséminés dans différents villages autour de Bolzano. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 13, les soldats de Laudon, général autrichien, et les paysans armés qui auparavant occupaient les hauteurs les plus reculées s’étaient rapprochés et presque mis à côté des montagnes. Ce trop près voisinage, ne laissant pas de donner quelque inquiétude à l’ennemi ayant attaqué nos avant-postes, on envoya nos compagnies de grenadiers qui leur firent gagner les hauteurs. Un front étendu et bien garni de monde ne laissait aucun passage à les tourner. L’ardeur ordinaire de nos soldats, d’ailleurs peu nombreux, les ayant portés trop loin, occasionna la perte de quelques-uns, tués soit par le feu des carabines, soit par les rochers qu’ils détachaient sur eux. Cette troupe de braves fut forcée à la retraite. Il en était temps, l’ennemi qui, plus qu’eux, connaissait les endroits et tous les passages et défilés praticables, commençait à les cerner. Le parti le plus sage, et même la seule ressource, fut de se jeter dans un château qui présentait quelques moyens de défense. Deux compagnies de grenadiers et deux du centre seulement s’y trouvèrent réunies. En un instant, 3 ou 4 000 paysans entourant le château font dessus un feu d’enfer et à différentes reprises s’approchant en hurlant, menacent de l’assaut, et de tout égorger si on ne se rendait pas. La petite garnison ne répond aux menaces que par des coups de fusils ménagés et tirés à propos par les fenêtres et créneaux. Chaque décharge fait tomber des soldats de Laudon ou des paysans. Ils se retirent puis reviennent à la charge, nos soldats les reçoivent toujours de même. Enfin, tout à fait arrivés à ces barricades et disposés à périr tous ensemble plutôt que de capituler avec des cruels et lâches paysans, on fait des amas de pierres pour écraser les assaillants par les croisées s’ils se présentaient à l’assaut. La moitié de la nuit se passe sur le qui-vive lorsqu’arrivent deux de nos bataillons que le général Monnier envoie pour nous débloquer. Ils y réussirent. L’ennemi leur ouvrit le passage et se retira en silence, à mesure qu’ils avançaient. Le courage et la fermeté de la compagnie à se défendre dans le château mérita des éloges de la part du général. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Ce même jour, une 3<sup>e</sup> compagnie de nos grenadiers se battit sur la gauche pendant 4 ou 5 heures et repoussa l’ennemi qui descendait sur la ville. Cette compagnie fit du mal à l’ennemi, elle perdit elle-même 3 ou 4 hommes et en eut 5 à 6 de blessés parmi lesquels le lieutenant Eckendorf. Le lendemain matin 14 germinal, le général Monnier fit partir 2 bataillons et les 3 compagnies de grenadiers de la 5<sup>e</sup> demi-brigade, avec ordre de s’emparer de la sommité des montagnes à gauche de la route de Bolzano à Brixen (Bressanone). À mesure que nous montions, nous fîmes reployer tous les postes établis en échelon les uns sur les autres. Parvenu à la cime, notre chef de brigade Le Féron prit des dispositions pour nous maintenir contre une nuée de paysans forcenés, qui vinrent nous attaquer avec fureur en hurlant. Notre but était de garder seulement la position. Nous ne les chargeâmes pas et nous nous contentâmes de les faire rebrousser en leur tuant quelques hommes et leur en blesser beaucoup. Nous n’en perdîmes qu’un, écrasé par un rocher, et eûmes 2 officiers blessés par leur carabine. Ce furent les citoyens Peuthat, capitaine et Miachon, lieutenant de grenadiers. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Pendant que nous nous battîmes sur ces points, notre autre bataillon resté dans le bas avec le fort de la division se battit tout le jour et contribua avec les autres à empêcher l’ennemi de pénétrer dans Bolzano. Il perdit 4 hommes, eut quelques blessés parmi lesquels le citoyen Chevrau, sous-lieutenant, resté au pouvoir de l’ennemi ; il est mort dans cette ville à la suite de sa blessure. Nous le regrettons. </p>
Les deux autres bataillons dont nous avons parlé bivouaquèrent dans leurs positions, une partie de la nuit. Ils se mirent en marche avant le jour, et descendirent à Bolzano. La demi-brigade évacuée de suite ainsi que toutes les divisions prenant la route de Brixen. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Nous marchâmes une quinzaine de jours, faisant partie de la division Delmas, quittâmes les gorges du Tyrol, entrâmes dans celle de Salzbourg à l’extrémité de cette province, traversâmes une partie de la Carinthie par Villach, et nous rabattîmes dans le Frioul où nous occupâmes jusqu’au cantonnement d’Osoppo dont nous gardions les postes. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 22, nous reçûmes ordre de nous rendre à Vérone. Nous étions à Vicence qui en est à une journée de marche, lorsqu’on eut contre-ordre, nous ramenant sur nos pas à Trévise. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le lendemain nous vînmes occuper la ville de Marghera sur le bord du golfe de Venise. Nos compagnies de grenadiers s’emparèrent d’une petite ville entre Marghera et Venise pour empêcher toute communication de cette ville avec la terre ferme. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 26 floréal, à 10 heures du soir, nous nous embarquâmes pour Venise, où nous arrivâmes le lendemain à la pointe du jour. Depuis ce temps, nous y faisons le service dans la place. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Nous ne citons aucune action particulière, le grand nombre de ceux qui ont eu occasion de se signaler se trouvant assez heureux que le hasard des positions leur ait fourni ce moyen plutôt qu’à leurs camarades qui en eussent fait autant. </p>
<p style="text-indent: 3cm; margin-top: 0cm">Venise le 28 prairial 5<sup>e</sup> [16 juin 1797]année républicaine. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le 16 thermidor [an V][^17], nous avons reçu l’ordre pour nous rendre à Alexandrie, le 17 à Mestre, le 18 à Padoue, le 19 à Este, le 20 à Legnago, le 21 séjour, le 22 à Mantoue, le 23 à Bozzolo, le 24 à Crémone, le 25 à Pizzighettone nous avons eu séjour, le 26 à San Pietro, le 27 à Plaisance, le 28 à Voghera, le 29 à Tortone, le 30 à Alexandrie où nous faisons le service du château. Le 7 du mois de nivôse, le 3e bataillon est parti pour se rendre à Tortone. Le 14, il est monté au fort pour relever le second qui est parti pour Gênes où il est resté jusqu’au 1<sup>er</sup> pluviôse. Il s’est rendu à Alexandrie. Le 12 du même mois, le 3e bataillon est parti de Tortone pour relever le second qui était à Alexandrie, d’où il est parti le lendemain pour se rendre à Tortone. Le 13 germinal, la demi-brigade est partie de Tortone pour se rendre à Mantoue, passant par Voghera, San Pietro, Plaisance, Pizzighetttone, Crema, Bozzolo. Elle a reçu contre-ordre pour se rendre à Goito, où nous avons été détachés dans les villages jusqu’au trente. Le 1<sup>er</sup> floréal, la demi-brigade est partie pour Rome, passant par Borgoforte, Mirandola, Crevalcore, Bologne, Imola, Forli, Rimini, Pesaro, Senigallia, Ancône, Torrette, Macerata où nous avons reçu contre ordre pour Mantoue. Retournant sur nos pas, passant par les mêmes logements, sinon que nous avons logés à Cesano. Arrivé à Bologne, nous avons ordre pour nous rendre à Ferrare. Le 5 nivôse, la demi-brigade a reçu ordre pour se rendre à Bologne. Le 8 du même mois, nous sommes partis pour Modène, où nous reçûmes ordre pour nous rendre à Livourne, passant par des montagnes inhabitables. Le 2<sup>e</sup> jour de marche, nous reçûmes ordre pour nous retourner sur nos pas, venant à Modène. Le 23 du même mois, nous reçûmes ordre pour nous rendre à Ferrare. Le 24 pluviôse [VI][^18], un bataillon est parti pour aller en détachement le long du Pô.[^19]</p>
[^1]: 5 novembre 1793.
[^2]: Les volontaires sont amalgamés dans la 146e demi-brigade de bataille.
[^3]: Château de Miolans.
[^4]: Champagny en Vanoise.
[^5]: Col du Petit-Saint-Bernard.
[^6]: Bourg-Saint-Maurice.
[^7]: Le Pré-Saint-Didier.
[^8]: Saint-Martin-de-la-Porte.
[^9]: Le Monêtier-les-Bains.
[^10]: 25 octobre 1794.
[^11]: Probablement l’actuel Saint-Joire en Italie.
[^12]: Saint-Bonnet-en Champsaur.
[^13]: La 5<sup>e</sup> demi brigade de bataille de seconde formation a été formée le 19 et 20 février 1796 des 146e et 193e demi-brigade de première formation.
[^14]: Jacques Gros Balthazar recopie ici <i>mutatis mutandis</i> la relation officielle de la campagne de la 5<sup>e</sup> demi-brigade en 1796-1797 rédigée par le chef de brigade Le Féron. Le 18 frimaire an V [8 décembre 1796] Bonaparte demanda à Berthier de faire rédiger par les chef de brigade « l’historique des affaires auxquelles chacune d’elles s’était trouvées depuis le commencement de la campagne » <a href=" https://www.napoleonica.org/fr/collections/correspondance/CG1-1114.md" target="_blank"> CG1-1114 </a>. Pour la 5<sup>e</sup> demi-brigade, il fut rédigé à Venise et envoyé le 16 juin 1797. L’original est actuellement conservé au Service historique de la Défense (Notes Brahaut, historiques des corps de troupe, 5<sup>e</sup>-8<sup>e</sup> de ligne, GR 1M 1830). Il a été publié notamment par G. Fabry, <i>Rapports historiques des régiments de l’armée d’Italie pendant la campagne de 1796-1797</i>, Paris, Librairie militaire R. Chapelot, 1905, p. 22-34. Cette copie comble quelques lacunes présent sur l’original.
[^15]: Héros du siège de Mantoue avec la 5<sup>e</sup>, il meurt en Italie en 1799.
[^16]: Ici s’arrête la copie de la relation officielle.
[^17]: 23 août 1797, ici reprend la rédaction des étapes par Jacques Gros.
[^18]: 12 février 1798.
[^19]: Carnet autographe, collection privée.
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