| identifiant | maret_96 |
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| fait partie de | Maret_Napoleon |
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| est validé | oui |
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| date | 1812/12/02 00:00 |
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| titre | Maret à Napoléon |
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| texte en markdown | <body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>MARET</i> - 96 - </b> MARET, MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES À NAPOLÉON</h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Vilna, le 2 décembre 1812</h2>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Sire, je reçois, par le sous-lieutenant Romain, courrier des Relations extérieures, la lettre que Votre Majesté a daigné m’écrire de Zanivki le 29 novembre. Je n’ai point parlé à Votre Majesté des affaires de France et d’Espagne parce que j’écrivais tous les jours par les estafettes et que je croyais qu’elles finiraient par passer ; mais surtout parce que je ne pouvais me livrer à d’autres pensées qu’à celles relatives à la situation où Votre Majesté se trouvait et à l’anxiété que me causait la fausse direction des mouvements du prince de Schwarzenberg. Je n’ai rien négligé pour prévenir Votre Majesté de ce qu’il lui importait de savoir sous ce rapport. Ce premier intérêt absorbait tous les autres. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Paris et la France sont parfaitement tranquilles. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Les affaires d’Espagne paraissent en bonne situation. L’armée du Portugal et celle du Nord ont marché en avant. Wellington a levé le siège de Burgos le 23 octobre et s’est retiré. On croyait qu’il marchait dans la direction de Madrid, inquiet de la réunion de l’armée du Centre et de celle d’Andalousie. Le général Decaen a eu des heurts en Catalogne contre le général Lacy. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Les ordres sont donnés pour envoyer sans délai des ouvriers, des outils et des officiers du Génie à Vileïka afin de réparer les ponts et d’en construire de nouveaux. Le général Chambarlhiac doit tout expédier dans la nuit. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Le général de Wrede a reçu le 29 l’ordre que le prince de Neufchâtel lui a adressé de Zanivki le 28, pour qu’il se porte à Vileïka, qu’il y réunisse des vivres et qu’il assure les ponts. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> L’ordre vient d’être expédié à l’adjudant-commandant d’Albignac et au colonel Slokowski commandant le 10<sup>e</sup> régiment de marche de cavalerie de se porter sur-le-champ à Vileïka où ils se mettront sous les ordres du général de Wrede. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Votre Majesté n’a rien ordonné à l’égard de la 34<sup>e</sup> division et de la cavalerie napolitaine, qui se trouvent ici. Nous avons dû nous décider entre deux considérations : ou conserver ici ces troupes pour les maintenir intactes et éviter les pertes que quelques jours de marche peuvent leur faire éprouver, ou renforcer le point de Vileïka pour assurer d’autant mieux la conservation des ponts. Ce dernier parti nous a paru devoir l’emporter sur l’autre, d’autant plus que Votre Majesté pouvant être prévenue promptement, sera en mesure d’arrêter à temps le mouvement de ces troupes fraîches si Elle désapprouve ce que nous avons fait. Si au contraire, et comme nous avons dû le juger possible, l’ordre de les faire marcher nous arrive demain ou après, elles auront déjà gagné du terrain. On fournira ici à la 34<sup>e</sup> division l’artillerie dont elle aura besoin. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> J’accélère par tous les moyens le rassemblement des approvisionnements. Les difficultés sont grandes et c’est là ma peine la plus vive. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Votre Majesté daigne me demander mon avis sur la question de savoir si, dans l’état des choses, sa présence est nécessaire à Paris, pour la France, pour l’Empire, pour l’armée même. Je ne crois pas, Sire, que l’intérêt de la France et de l’Empire l’exige. Tout est tranquille, tout se maintiendra longtemps encore dans l’ordre pour l’ascendant de votre pouvoir et pour la confiance si profondément gravée dans tous les esprits que la présence de Votre Majesté dans son armée suffira pour tout surmonter. Je l’y crois nécessaire, Sire, pour contenir l’Allemagne et la conduite en paraîtrait moins assurée si les vastes pays et surtout la Prusse se trouvent entre Votre Majesté et son armée. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je n’ai pas eu le temps de réfléchir profondément sur une question aussi importante, mais je me livre à mon opinion de premier mouvement et comme par une sorte de pressentiment dans l’état où se trouve l’avenir de Votre Majesté, sa présence peut être la seule force réelle et plus probablement encore la seule force d’opinion qui lui reste. Je ne la considérerai pas sans effroi abandonnée à elle-même. Votre Majesté conservant son attitude imposera à la Prusse, et peut forcer l’Autriche à de véritables efforts ; mais cette dernière question, Sire, il ne faut pas se le dissimuler, ne sera pas seulement une question de sentiment ou de politique, il s’y mêlera une question d’argent. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Votre Majesté ne m’a point envoyé d’instructions pour le prince de Schwarzenberg. La lettre ci-jointe du général Reynier lui fait connaître où l’armée alliée se trouve. Mes efforts constants pour presser le prince de Schwarzenberg d’aller en avant auront peut-être réussi, mais trop tard. Il convenait qu’il fut prévenu. Je viens de lui écrire ; je n’ai pas osé émettre une opinion positive sur ce qu’il devait faire dans les circonstances actuelles, mais je n’ai pu m’empêcher de lui donner à comprendre qu’il pourrait être utile qu’il s’approchât du Haut-Niémen pour couvrir le flanc droit de l’armée et être en mesure d’opposer avec elle. S’il le fait et si j’ai eu tort de lui inspirer cette détermination, un contrordre de Votre Majesté peut toujours lui arriver à temps. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Le général Reynier pencherait pour une invasion en Volhynie. Le succès en serait certain et cette province assurerait des ressources nouvelles lorsque celles de la Lituanie s’épuisent, mais ce serait peut-être éloigner beaucoup une partie devenue précieuse des envois dont Votre Majesté dispose et ne convient-il pas d’ailleurs, pour des motifs trop apparents que l’armée autrichienne soit dans votre main et sous votre action immédiate ? </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je me suis hâté d’avertir M. le maréchal de Tarente de ce qui se passe, afin qu’il soit prévenu à tout événement. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> On ne sait rien ici, nous ferons bonne contenance et tout est calme. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je persuaderai demain aux ministres et agents étrangers de partir pour Varsovie. Je leur dirai que je dois m’y rendre et que s’ils diffèrent de partir jusqu’à l’arrivée du quartier général, ils en divisent différemment les moyens. Les ministres de Prusse et des États nous sont un peu indisposés.[^1]</p>
[^1]: Minute, Archives nationales, AFIV 1647-1.
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