maret_74

identifiantmaret_74
fait partie deMaret_Napoleon
est validéoui
date1812/10/29 00:00
titreMaret à Napoléon
texte en markdown<body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>MARET</i> - 74 - </b> MARET, MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES À NAPOLÉON</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Vilna, le 29 octobre 1812</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Sire, votre Majesté en m’écrivant le 9 que « promettre et ne pas tenir est 100 fois pire que la certitude qu’on n’a rien », m’a dicté le devoir de différer de lui répondre. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je lui ai rendu compte, il y a plusieurs mois des mesures qui avaient été prises pour imposer à chaque feu une contribution volontaire en grains, légumes, foin et paille, dans des proportions jugées alors suffisantes pour les magasins de réserve. Les ordres avaient été donnés et on me garantissait chaque jour leur prompte exécution. Elle a été différée et quoique je ne puisse me dissimuler que jusqu’après la rentrée des récoltes et la fin des travaux de la campagne et que même au-delà de ce terme, dans un grand nombre de districts, les transports ont éprouvé des difficultés presque insurmontables. Je ne lui présenterais point aujourd’hui des considérations qui me justifieraient parfois à ses yeux. Peu lui importe de savoir comment on n’a pas réussi, c’est le succès qu’Elle avait le droit d’exiger. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Lorsque le décret rendu par Votre Majesté est parvenu à M. le gouverneur général, on a été obligé d’ajouter à la répartition qui avait été faite pour arriver aux quantités nouvellement demandées : une nouvelle répartition a été arrêtée, de nouveaux ordres ont été donnés, des commissaires ont été envoyés et ces commissaires ont rencontré les mêmes difficultés pour les transports. Les pertes de chevaux que le pays a faites n’expliquaient pas suffisamment ces difficultés, mais les sous-préfets n’avaient point assez de force pour lutter contre la tendance des fermiers à différer les livraisons jusqu’au moment où leurs moyens de transport seraient disponibles et où le traînage les rendraient plus faciles. On ne prévoyait pas les nouveaux mouvements de l’armée et d’ailleurs la commission du gouvernement ne savait pas dans quels lieux l’administration française voulait que les magasins fussent établis. Les lettres de M. le commandant Dumas n’étaient point parvenues ni au gouvernement, ni à l’ordonnateur, ni au commissaire M. Ris, ni à moi. Elles ont sans doute été perdues, puisqu’il paraîtrait, d’après le rapport que M. le commandant Dumas a fait à Votre Majesté le 8 de ce mois, qu’il m’en a écrit plusieurs. Ce défaut d’instructions sur un point important favorisait la lenteur naturelle aux gens du pays. Je n’ai lu que récemment une lettre de M. le commandant Dumas datée du 22 septembre. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Lorsque que j’ai vu le rapport et la lettre de Votre Majesté, je n’ai point hésité à considérer comme officiellement autorisée la répartition qui n’était que proposée. J’ai demandé que les ordres les plus pressants fussent donnés et tous les moyens pris pour les rendre efficaces. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ces ordres ont été expédiés, mais n’en voyant point encore l’effet et agité par la plus vive sollicitude, j’ai proposé les mesures suivantes, et j’ai exigé qu’elles fussent mises sur-le-champ en usage. J’ai demandé à M. le gouverneur général de mettre à la disposition de la commission un petit nombre d’hommes d’infanterie pour chaque district, sous le commandement d’un officier polonais parlant français et […]. Cette exécution militaire a été envoyée aux deux […] en leur ordonnant de la faire accompagner par quatre gentilshommes de leur district pour aller dans tous les villages mettre en mouvement devant eux, et diriger sur les magasins toutes les denrées à livrer. Les soldats et les officiers ont été expédiés sur des voitures, et en priorité. Des lettres très fortes ont été écrites aux autorités. J’ai cru pouvoir me sortir de la route commune dans une circonstance aussi urgente et écris moi-même aux commissions administratives. On a annoncé partout que les petits détachements envoyés n’étaient qu’une sorte d’avant-garde de troupes plus considérables, qui, s’il y avait ainsi le moindre retard, mettrait sévèrement la […]. Je serais bien malheureux, Sire, si je ne croyais pas que ces mesures produiraient leur effet. Les denrées existent partout ; les quantités à livrer sont frappées d’une sorte de saisie chez tous les fermiers et comme il n’y a réellement que de l’inertie à vaincre, on peut s’attendre qu’elle sera vaincue. Si l’on n’obtient pas d’abord les livraisons complètes de ce qui est admis par les décrets de Votre Majesté, on obtiendra du moins assez pour attendre le complément. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> La saison n’apporte point de difficultés aux moulins. J’ai été surpris de la raison qu’on m’en a donnée depuis longtemps lorsque je manifestais mes sollicitudes à cet égard, et j’ai tout fait pour m’en convaincre. Elle tient à la construction des moulins, qui assure-t-on ne chôment jamais. Les cours d’eau ne frappent pas comme en France la partie inférieure des roues ; ils sont soutenus et dirigés dans une prolongation de leur lit qui est faite en bois et d’où les eaux, dont la surface seule est gelée à une certaine profondeur, coulent librement sur la glace et tombent perpendiculairement sur les […]. J’ai vu beaucoup de moulins qui ont tous cette construction ; j’ai interrogé tout le monde et ce fait étant attesté par tous, je n’ai pas cru qu’il put être révoqué en doute. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Votre Majesté m’avait ordonné de faire passer sur-le-champ des marchés pour l’acquisition de cent mille quintaux de farine de réserve. Il a fallu quelque temps pour trouver des fournisseurs : ceux qui se sont présentés voulaient des prix exorbitants. L’ordonnateur a profité de la concurrence de plusieurs d’entre eux pour faire diminuer leurs prétentions. Il trouvait encore les prix tels, qu’il craignait de compromettre sa responsabilité en les acceptant, mais une autre difficulté existait et paraissant impossible à surmonter, à moins qu’on n’attendit de riches fournisseurs de Breslau qui ont des capitaux [immenses] et dont l’arrivée était annoncée de jour en jour, cet obstacle consistait dans l’impossibilité d’accorder les avoirs signés comme condition sine qua non pour tous les fournisseurs, l’ordonnateur n’ayant point de crédits. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Votre Majesté m’a mis dans le cas de lever cette difficulté en me faisant envoyer le décret du 18 octobre. J’ai cru que je ne pourrais trouver une circonstance où l’urgence fût plus réelle ; j’ai aussitôt prescrit à l’ordonnateur de passer par-delà tous les obstacles. Je l’ai engagé à ne rien négliger pour avoir les meilleurs prix possibles, mais je l’ai autorisé à traiter au dernier prix qu’il pourrait obtenir. Je lui ai ouvert, pour les avoirs exigés, un crédit de 150 000 francs. Le marché a été arrêté dans les 24 heures. Je n’en aurai que demain la rédaction définitive. Un seul fournisseur, qui se trouve être le plus solide, a consenti à se charger de toute l’opération avec un rabais de 85 centimes par quintal de seigle et 25 centimes par quintal de froment et par sac, sur les prix les plus faibles de ceux qui étaient proposés par les concurrents. C’est le sieur Léopold Samuel. Ces prix sont encore bien forts, puisque le quintal de farine de seigle en sacs coûtera à Votre Majesté 8,60 francs et le quintal de farine de froment 15,75 francs, les sacs compris. La farine sera blutée. Le fournisseur se charge de tous les frais de mouture, manutention et transport dans les magasins que l’ordonnateur désignera. Il versera 6 000 quintaux tous les 10 jours, à raison de 2 000 quintaux à Vilna, 2 000 à Minsk et 2 000 à Orcha. Il n’a voulu se charger à aucun prix de faire des versements à [Shlowtska], encore moins à Polotsk. Pour me rapprocher autant que possible des instructions de Votre Majesté, j’ai fait augmenter de 1 000 quintaux les fournitures faites à Minsk et à Orcha. Si cette augmentation n’entre pas dans les vues de Votre Majesté, le fournisseur sera seul engagé et les versements sur chacun de ces deux points seront réduits à 20 000 quintaux. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Votre Majesté avait estimé la fourniture de tous les points à 6 ou 700 000 francs. Cette dépense s’élèvera beaucoup plus haut pour 80 000 quintaux seulement. Elle sera de 831 000 francs, compris les frais qui seraient seuls, une dépense de près de 100 000 francs. Je crois pouvoir assurer que nous étions dans l’impossibilité de faire un marché moins désavantageux. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> J’ai cru devoir prendre, à raison de l’extrême urgence des circonstances, une autre disposition contraire aux intentions que Votre Majesté m’avait précédemment manifestées. Elle voulait que les effets d’habillement fussent prêts, chargés sur les voitures de l’entreprise de transport et qu’on ne transporte plus de subsistances ; mais alors Votre Majesté ne croyait peut-être pas qu’un si grand nombre de troupes se rapprocherait de Smolensk, ou même Elle pensait que les magasins du pays étaient fermés. J’ai eu à choisir entre deux nécessités presqu’également pressantes. La plus urgente m’a paru cette fois viser l’armée ou du moins de pourvoir aux besoins des grands mouvements. J’ai modifié l’ordre que j’avais donné de ne plus transporter que des effets d’habillement et j’ai autorisé à conduire de Minsk à Smolensk jusqu’à nouvel ordre la moitié des chargements en effets d’habillement et l’autre moitié en farine et biscuits. [^1]</p> [^1]: Minute, Archives nationales, AFIV 1647-1. </body>