| identifiant | maret_38 |
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| fait partie de | Maret_Napoleon |
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| est validé | oui |
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| date | 1807/11/18 00:00 |
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| titre | Maret à Napoléon |
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| texte en markdown | <body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>MARET</i> - 38 - </b> MARET, MINISTRE-SECRÉTAIRE D’ÉTAT, À NAPOLÉON</h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> À Paris, le 18 novembre 1807</h2>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Sire, je me fais remettre des bulletins par la même personne qui m’en envoyait à l’armée. Je les adresserai à Votre Majesté.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Les détails que contient le n° 1<sup>er</sup> ne se débitent pas seulement dans les salons, mais dans les cafés et autres lieux publics. Cette rumeur est générale, et on y met une telle croyance que le doute même n’est point admis. </p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i> Hugues B. Maret </i></h3>
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<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><b>BULLETIN N° 1<b></p>
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<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">La grande nouvelle de Paris est toujours le divorce de l’Empereur, c’est du moins le sujet de toutes les conversations, quoiqu’on dise qu’elles ne sont pas sans quelque danger. On prétend en savoir là plus que ceux qui approchent Leurs Majestés et qui soutiennent qu’il n’en est rien ; on dit que c’est le mot convenu auquel on ne doit pas se fier. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">D’après cette nouvelle, le royaume d’Italie serait donné à l’Impératrice et passerait ensuite à son fils et à ses descendants. Si l’Impératrice eut accompagné l’Empereur, on eut dit, il va la placer lui-même sur ce trône ; elle ne l’accompagne pas, on dit, il va le lui préparer, tant on paraît résolu à ne pas se détacher de cette idée : on a remarqué, dans les derniers jours, surtout de Fontainebleau, un air mal déguisé d’embarras et de tristesse sur le visage de l’Impératrice. On a surpris, dit-on, des larmes secrètes et abondantes, non qu’Elle se refuse, ajoute-t-on, à ce grand sacrifice s’il est jugé nécessaire, mais il est triste de déchoir ; et puis elle croit voir dans cette décadence l’accomplissement commencé de la bizarre prophétie qui lui fut faite il y a plus de 20 ans à la Martinique, et dont elle s’entretenait alors avec gaieté et comme d’une folie. On regarde comme certains que le ministre Fouché a parlé en termes positifs de divorce à cette princesse. L’Empereur de Russie, dont on suppose que notre Empereur épouserait la sœur, y attache, à ce qu’on assure, le plus grand intérêt. Ce resserrement d’alliance avec le souverain du nord, et surtout ce que promet de stabilité à l’Empire français l’espoir d’une descendance directe que des fictions ne peuvent remplacer, paraît avoir fait hausser les effets publics ces jours derniers, car nulle autre cause, disent les clairvoyants en ce genre, n’a pu exercer cette influence. Au reste, dans la supposition faite, ce serait l’Impératrice qui demanderait elle-même le divorce : elle immolerait à la prospérité publique, et par là au bonheur de son époux, ses sentiments les plus chers. Elle emporterait d’honorables regrets et ceux surtout qui relèveraient le plus la grandeur de son sacrifice, etc. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je ne sais si c’est un roman, mais on le conduit jusqu’à la fin et vous voyez que rien n’y manque. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Ce qui vient de se passer en Espagne inspire horreur et dégoût. La proclamation du Roi a paru marquée au coin de la stupidité et de la turpitude, et maintenant les lettres du fils qui demande grâce d’une manière si misérable achèvent de rendre tout ce tableau hideux. On ne pouvait se défendre de quelque intérêt pour ce jeune prince ; il s’est pressé de l’anéantir si toutefois ces plates lettres sont de lui. On pense que le prince de la Paix ne jouira pas des fruits de ces complots ténébreux. La famille régnante se précipite honteusement vers sa ruine, mais lui ne paraît pas destiné à rester longtemps debout. C’est ce qu’on dit généralement. Les circonstances actuelles sont trop fortes pour lui. Il les complique de toutes ces horreurs. Son rôle ne tardera pas à finir. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">On raconte un trait qui fait honneur au duc de l’Infantado ; il est ami du prince des Asturies. Il venait en France et déjà il était sur le territoire français lorsqu’il a appris que ce prince était arrêté. À l’instant, il est retourné en hâte à Madrid pour partager noblement tous ses dangers. Mais n’aura-t-il pas été dénoncé par le prince lui-même pour prix d’un si généreux dévouement ? </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Les lettres particulières de Lisbonne des premiers jours de novembre annoncent une grande sécurité. Tout le monde y croit à la paix avec la France depuis la fermeture des ports. C’est M. de Lima qui paraît avoir donné cette assurance. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">On croit être sûrs à Paris que le 31 octobre, un vaisseau parlementaire anglais s’est présenté devant le port de Lisbonne, qu’il a annoncé qu’une flotte anglaise était partie le 19 et qu’elle venait chercher le Prince royal pour le conduire lui et les siens dans le Brésil. On présume que cette flotte n’aura pas pu arriver avant le 5 novembre, mais nos troupes seront-elles alors dans le Portugal ? On croit bien que le général Junot a reçu l’ordre de forcer sa marche. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">On dit que l’Empereur destine le Portugal à la reine d’Étrurie dont les états actuels seront ajoutés au royaume d’Italie. Il est moins question du pape et de Rome, mais on s’attend qu’on en reparlera bientôt. On assure que l’Empereur a arrêté et ordonné la confection d’un canal qui communique de Venise à Gênes en passant sous les Apennins. Cette entreprise presque fabuleuse eut suffi pour immortaliser jadis un empereur de Rome. Elle n’est aujourd’hui qu’un amusement du nôtre, et ce qu’on remarque surtout, c’est que ses amusements ne sont jamais des distractions. L’oisiveté publique, la malignité et la vivacité se sont exercées sur la nomination des trois ministres sans département. Pourquoi de tels ministres ? Pourquoi ceux-là ? Et surtout pourquoi pas moi ? Voilà ce que disaient ou signifiaient les petits propos d’hier. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le voyage de l’archichancelier fournit déjà, dit-on, quelques petites anecdotes. Je vais tâcher de les recueillir pour vous en faire part.[^1] </p>
[^1]: Archives nationales, AFIV 1042.
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