CS_Jourdain_42.md

identifiantCS_Jourdain_42.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1803/03/09 00:00
titreLaurent Jourdain à Sophie
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-JOURDAIN</i> - 42 - </b> Laurent Jourdain à Sophie, sœur d’un général allemand</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">28 ventôse an XI [19 mars 1803]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mademoiselle, par l’effet d’une circonstance, nous avons été instruits l’un et l’autre d’une estime particulière réciproquement accordée. Ce sentiment dont il ne dépendait peut-être pas de nous de régler les mouvements, prend chaque jour de nouvelles formes. Enfin le moment est venu pour moi de m’expliquer avec franchise, à répondre loyalement à la confiance que vous m’avez témoignée, l’honneur devant lequel toute autre considération se tait m’en fait un devoir et j’ai mieux aimé le faire par écrit, parce que la raison n’est pas aussi bien écoutée dans un entretien avec une personne qui vous touche.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Vous avez eu la bonté de me faire entrevoir comme possible le don de votre main. Je sens comme je le dois tout le prix d’une offre aussi précieuse. Les avantages de votre personne, ces qualités de l’esprit et du cœur qui dans votre famille semblent un caractère distinctif, tout cela a fait sur moi une vive impression. Mais je dois à cette même famille, à vous surtout, et à moi-même de vous mettre à portée de juger si cette union vous convient réellement, si elle peut obtenir l’approbation des personnes qui vous touchent de plus près.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Né de parents honnêtes, mais dont <u>l’état a été bien au-dessous du votre</u>, le peu de fortune que j’en pouvais espérer a été presqu’entièrement détruit par des circonstances malheureuses. Un second mariage contracté par ma mère, des malheurs survenus à mon beau-frère, ont fourni des motifs ou des prétextes pour ne pas me rendre des comptes auxquels j’avais droit de prétendre. J’ai embrassé l’état militaire pour m’éloigner de parents dont je pouvais accuser l’injustice, et lancé sans appui dans une carrière pour laquelle je n’avais pas d’abord un goût décidé, j’ai dû la parcourir bien lentement. J’y ai trouvé à la vérité des personnes qui m’ont accordé leur estime et leur intérêt. Il en est un surtout dans cette ville dont je n’oublierai jamais les services, dont le plus grand à mes yeux est de m’avoir fait connaître le général votre frère.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Quelques améliorations légères sont cependant survenues dans ma situation. J’ai fait conjointement avec ma sœur un petit héritage dont je lui laisse l’entière jouissance, ce qui suffit à peine à son existence et à celle de sa fille. Je suis aujourd’hui l’unique soutien de cette enfant, à laquelle j’ai voué le plus tendre attachement et promis de lui assurer un état honnête, autant que cela dépendrait de moi. Une grande disproportion d’âge, une parenté aussi intime ne permettrait guère de songer à la possibilité de m’unir un jour à vous. Cependant, je trahirais la vérité si je n’avouais que cette idée s’est quelquefois présentée de loin à mon imagination, et que j’y trouvais même quelques douceurs.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> À l’égard de ma mère, je puis toujours régler mes intérêts avec elle, mais je ne puis me dissimuler que si j’exerçais mes droits, je lui causerais beaucoup de gêne, tandis que dans ma situation actuelle je puis demeurer tranquille, avec la pensée satisfaisante de faire quelque bien à des personnes qui doivent m’être chères, mais dont les procédés n’ont pas toujours été avec moi tels qu’ils auraient pu être.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Voilà Mademoiselle, le tableau fidèle de ma position et si je la compare avec la vôtre, si je considère vos avantages personnels, le rang que votre famille occupe dans la société, et les espérances qui doivent en résulter pour vous d’un établissement vraiment convenable. Dois-je y voir pour nous deux la possibilité d’une union bien assortie, d’une union dont la durée exige tant de conditions, pour être heureuse. Je sais que la délicatesse de vos sentiments ne fait consister le bonheur que dans l’honnêteté et la conformité des cœurs. Je suis trop honoré, trop pénétré Mademoiselle de l’estime que vous avez bien voulue me témoigner pour entreprendre d’altérer ces idées, qui ne sont aux yeux de beaucoup de personnes, qu’une belle illusion. Si vous avez déposé votre secret dans le sein d’une amie, vous en recevrez, j’en suis sûr des conseils salutaires.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je désire, Mademoiselle, que vous ne voyez dans la communication que je prends la liberté de vous faire, que l’expression d’une âme honnête et la preuve de mon profond respect.[^1]</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Jourdain</h3> [^1]: Archives municipales de Châtillon-sur-Seine, dépôt famille Ponsignon, 3Z.</body>
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