CS_Jourdain_40.md

identifiantCS_Jourdain_40.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1802/11/22 00:00
titreSophie à Laurent Jourdain
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-JOURDAIN</i> - 40 - </b> Sophie, sœur d’un général allemand, à Laurent Jourdain</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">1 frimaire an XI [22 novembre 1802]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Elle est enfin arrivée, cher ami, cette charmante lettre, aimable souvenir de ta tendresse, faible dédommagement de ton absence. Si tu avais été témoin, mon ami, de la joie que j’ai eue en prenant le papier que tes mains avaient touché, je l’ai baisé mille fois et relu autant ; j’ai dévoré chaque lettre, il me semblait que chacune d’elles me disait : « ton ami t’aime, il pense à toi, il pense à faire le bonheur de sa chère amie ». Arroser ta lettre de mes larmes, la serrer contre mon cœur, était toute ma réponse.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Que tu sais bien cher ami calmer les tourments de l’absence par cette charmante phrase de ta lettre : « espérons donc et que l’espoir nous donne le courage et la patience ». Elle m’a rendu à moi-même, à mes amis et à la société.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> L’état où m’avait jeté notre cruelle séparation m’avait mis dans un état de léthargie dont rien ne pouvait me faire sortir que ta lettre. Je m’ennuyais partout, excepté dans la société où tout nommait le nom, l’objet de toute ma tendresse. Alors mon cœur battait de joie, d’amour et je disais plus de tristesse causée par la contrainte où il était de ne pouvoir pas dire à la personne qui parlait de toi : « C’est mon ami, c’est celui qui doit faire mon bonheur ». Sans le dire cher ami, tout le monde le lisait dans mes yeux tant il est vrai que l’amour a bien de la peine à se déguiser ; quelle jouissance pour un cœur d’être aimé de l’homme le plus vertueux, le plus aimable de tout ce qui existe ; mais aussi quel tourment d’être séparé de ce tendre ami, il faut espérer que cette absence sera l’accomplissement de nos vœux.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> À peine, cher ami, ai-je lu ta lettre que j’en désire encore une autre, tu le sais cher ami que tes vertus ont allumé dans mon cœur un feu que rien ne pourra jamais éteindre et que l’espoir où je suis d’être un jour ton épouse ne fait qu’augmenter de plus en plus. Si le contraire venait par malheur à arriver, ma seule consolation serait de penser que j’étais aimée de toi, que je t’aimais et qu’il n’a pas tenu qu’à moi que je t’appartins. Tu le vois, cher ami, où m’entrainent mes réflexions. Quand tu étais à la maison, je venais verser dans ton sein mes peines et mon cœur était soulagé. Il ne sortait jamais d’avec toi que content, un de tes baisers me rendait la joie. Il reviendra cet heureux temps ; ils reviendront ces délicieux moments que nous avons passés dans le charmant bosquet. Je n’ai pas eu le courage d’y retourner depuis ; d’ailleurs, il ne m’offre dans ce moment-ci qu’un tableau de tristesse propre à nourrir une réflexion que je suis bien aise de chasser pour me livrer à l’espérance la plus douce.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je suis bien aise cher ami que ton voyage ait été heureux et que tu sois arrivé en bonne santé au milieu de ta famille qui aura eu autant de plaisir à te revoir que moi de peine et de chagrin à te quitter. J’espère que ta première lettre me donnera des détails sur tout ce qui nous intéresse. Les nouvelles viennent de nous apprendre l’arrivée du Premier consul. Tout cela ranime mes espérances, ajouter à cela la bonté de mon frère dont mon cœur est chaque jour de plus en plus pénétré de reconnaissance. Il faut avouer cher ami que c’est le meilleur de tous les frères. C’est un père pour sa famille, il est toujours occupé à nous témoigner son attachement ainsi qu’une personne qui l’entoure. Quelle reconnaissance nous lui devrons un jour ainsi qu’à sa charmante épouse qui me fait passer des moments bien agréables.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Merci mon ami de l’intérêt que tu prends à ma santé, elle est très bonne, même meilleure depuis que nous sommes rentrés en ville. J’espère que tu me trouveras aussi grasse que toi, ce n’est pas peu dire ; ma prochaine lettre te donnera des détails sur notre manière de passer notre temps et les petites histoires de la ville que tu aimes beaucoup savoir. Cette lettre-ci est toute pour mon ami, pour celui qui occupe toutes mes pensées. Tu voudras bien présenter mes respects à la chère maman et compliments et civilités à la chère sœur et frère. Dis-leur combien je désire leur appartenir. Dis-leur que mon plus grand bonheur sera de les en assurer de vive voix un jour. Pour toi mon ami, je te souhaite bien du plaisir. Je pense qu’il ne faut pas déjà tant vous y engager, tout nous y porte dans le pays. Tu voudras bien penser quelquefois à ta chère Sophie qui t’aime et t’embrasse de tout son cœur. Donne-moi de suite de tes chères nouvelles. Je suis comme une folle à toujours regarder quand on sonne pour voir si on n’apporte pas une lettre de mon ami. Je ne respecte pas même les défenses du brave Cholet. J’ouvre cette lettre. Il m’a dit l’autre jour que j’étais comme une malade à qui il fallait passer toutes ses fantaisies pour obtenir sa guérison. Je ne crois pas que cela soit un remède pour moi ; en tout cas s’il est bon pour le guérir, il en prend comme il faut, il va tous les jours voir [la Roberteau] sous le prétexte de faire travailler le jardinier. Nous savons bien à quoi nous en tenir ; ma sœur m’a déjà demandé dix fois ce que je pouvais te manquer. Je lui ai dit que je te dirai que je préférais la bonté à l’éloquence, que je te dirai que je t’aimais, que c’est une chose que j’aime tant à te répéter, que je ne me lassais pas de te le dire, tu le vois, cher ami, chacun cherche à me tourmenter. Je viens me réfugier près de toi cher ami pour te répéter que je t’aime, que je t’aimerai éternellement, que toi seul seras l’objet de ma tendresse.[^1]</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Sophie</h3> [^1]: Archives municipales de Châtillon-sur-Seine, dépôt famille Ponsignon, 3Z.</body>
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